Mag-Afriksurseine-Mars-2024

AFFAIRE BEBE MATHIS, UN AUTRE CRIME COMMIS CETTE FOIS-CI PAR LYDOL, L’ARTISTE SACRIFIE SON PERE

Cette famille est désormais perçue, dans l’imaginaire collectif, comme marquée par le crime. Après la mort de Mathis, acte irréparable imputé au père, c’est la fille qui, à son tour, accomplit un geste lourd de sens. Elle ne commet pas un crime au sens pénal, mais un sacrifice symbolique. Elle offre publiquement son père pour préserver sa propre survie sociale et poursuivre son existence. Avant de condamner ou d’absoudre, il convient pourtant de suspendre l’émotion et de mobiliser notre intelligence, afin de comprendre les mécanismes profonds à l’œuvre. Du moins, c’est ainsi que le récit s’est imposé dans l’imaginaire collectif.

 

Dans une vidéo récemment publiée, la slameuse, habituellement narratrice d’épopées et d’histoires symboliques, se fait cette fois chroniqueuse d’une tragédie réelle. Elle y retrace les faits, les gestes, les silences et les choix qui l’ont menée jusqu’à cette prise de parole. Rayonnante dans sa sobriété, elle apparaît sans artifice, loin des postures scéniques. Celle que l’on disait distante, parfois moqueuse envers son public, s’avance enfin pour condamner l’acte de son père. Mais la question demeure, cette condamnation est elle née d’un cœur libre ou d’un cœur contraint. Car certains soupçonnent l’ombre d’un pacte ancien, presque mythologique. Comme dans les récits de royauté déchue, le père, devenu figure monstrueuse, aurait demandé à sa fille de l’offrir en sacrifice public afin de sauver ce qui pouvait encore l’être. Sacrifie moi devant le peuple, poursuis ta route, fais vivre ton œuvre et que les fruits de ta carrière soulagent ma douleur. Ainsi se dessine le stratagème supposé, élaboré dans l’ombre par le cerbère et son enfant aimée.

 

Mais quoi qu’il en soit, le sang versé reste un mauvais sang. Et ce sang ne doit pas devenir une tache d’huile. Depuis longtemps déjà, elle tenait cette famille à distance, parfois même par dérision, à travers d’autres formes de prises de parole. Pourtant vient toujours le temps du remords. Elle l’a senti. Elle l’a traversé. Et il faudrait être aveugle pour ne pas percevoir la fatigue morale qui accompagne cette langueur presque romantique dans laquelle certains voudraient l’enfermer. Beaucoup lui adressent aujourd’hui du courage, saluant une parole jugée sage et mesurée. Car nul ne choisit ses parents, et nul ne saurait être tenu responsable des crimes commis par un autre, fût il de son sang. La justice appartient aux institutions, non à la foule. Justice pour le petit Mathis. Que la loi fasse son œuvre. Pensées profondes à la famille de cet enfant, prince fauché avant d’avoir pu écrire sa propre légende. Cette vidéo, disent certains, apaise les âmes. Elle calme la colère, elle rétablit une frontière entre la faute et l’héritage. D’autres reconnaissent avoir attendu cette sortie depuis longtemps, tout en admettant que le silence était peut-être nécessaire. Non pour fuir, mais pour respecter le temps du deuil. Mieux vaut tard que jamais.

Parler après le silence vaut parfois plus que mille mots prononcés trop tôt. Il ne s’agit pas de l’accuser du crime de son géniteur, mais d’attendre d’une figure publique une position claire, ferme et dénuée d’ambiguïté. Non par obligation morale absolue, mais parce que sa voix porte. Parce qu’elle incarne, malgré elle, une part de l’opinion. Beaucoup estiment qu’une phrase aurait suffi, que mon père soit puni à la hauteur de son crime. Une phrase simple, mais lourde de sens, qui aurait pu épargner bien des spéculations et bien des souffrances. Pourtant, malgré les maladresses, la douleur est visible. La pression psychologique est immense. Être désignée comme coupable par procuration est une violence en soi. On cherche souvent un bouc émissaire lorsque la réalité est insoutenable. Mais être l’enfant d’un criminel ne fait pas de vous un complice. La filiation n’est pas une condamnation. La perte d’un enfant de six ans est une blessure irréparable. Rien ne la guérira. Et pour honorer sa mémoire, une seule chose importe réellement, que la vérité soit dite et que la justice aille jusqu’au bout, sans confusion des rôles, sans haine aveugle, sans sacrifice inutile. Cette prise de parole, sobre et sincère, marque une rupture. Elle arrive après le silence du deuil, sans mise en scène, sans slam, sans ornement. Elle referme une période de polémiques et de violences symboliques qui n’auraient jamais dû exister. Elle rappelle l’essentiel, la mémoire de l’enfant et le respect dû à sa famille. Les voix les plus haineuses, celles qui voulaient venger un sang innocent en détruisant une autre vie, se retrouvent aujourd’hui face à leur propre excès.

 

Cette parole, frugale et authentique, met fin à une campagne de bashing dont l’objectif inavoué était de pousser une jeune femme à l’effondrement. Désormais, il ne reste qu’un chemin possible, avancer. Ne revenir sur cette affaire que si cela est nécessaire et utile à la famille endeuillée. Vivre. Créer. Se reconstruire. Car elle n’est coupable de rien. Absolument rien. On peut reconnaître sa souffrance tout en restant fermes sur un principe fondamental, la justice doit être rendue, sans pression, sans silence imposé, sans confusion morale. Laisser cette femme vivre en paix. Elle a déjà payé le prix de fautes qui ne sont pas les siennes. Nul ne choisit son père. Nul ne choisit une telle épreuve. Courage dans cette traversée. Pensées profondes pour la famille de l’enfant. Lorsque la justice accomplira son œuvre, peut-être alors chacun trouvera un fragment de paix. Mais, il nous nuancer, car, au-delà de l’émotion qu’elle suscite, la sortie de Lydol s’inscrit pleinement dans une logique sociétal  de gestion de crise. Elle ne relève pas uniquement du besoin intime de dire, mais d’une nécessité stratégique dictée par la pression de l’opinion, l’économie de l’attention et les codes d’un espace public devenu tribunal permanent. Cette prise de parole arrive non pas quand la vérité l’exige, mais lorsque le coût du silence devient politiquement et symboliquement trop élevé. Il serait naïf d’y voir un simple élan de sincérité. Ce discours s’apparente davantage à un exercice de dilatoire, une tentative de temporisation destinée à reprendre le contrôle d’un récit confisqué par la foule numérique.

 

Lydol n’invente pas une posture nouvelle, elle réactive une stratégie qu’elle avait jusque-là refusé d’assumer, celle que les professionnels de la santé mentale, du conseil en image et de la communication de crise recommandent dans les affaires où le lien familial devient une charge politique. Condamner publiquement pour se désolidariser, non par conviction première, mais par nécessité sociale. Dans cette configuration, le sacrifice du père prend une dimension hautement symbolique. Il ne s’agit plus seulement d’un rejet moral, mais d’un acte de purification publique. Comme dans les sociétés anciennes, il faut offrir une figure coupable pour restaurer l’ordre troublé. Le père devient l’offrande, et la fille, malgré elle, l’officiante d’un rituel exigé par la collectivité. Ce geste ne libère pas, il protège. Il permet à l’individu public de continuer à exister dans un système qui ne tolère ni l’ambiguïté ni le silence prolongé. Ce qui rend cette scène profondément troublante, c’est son caractère d’humour tragique. Non pas un humour volontaire, mais une ironie cruelle du système médiatique. On exige d’une artiste qu’elle performe la douleur, qu’elle mette en mots l’indicible, qu’elle transforme le deuil en contenu acceptable.

La tragédie devient spectacle, la condamnation devient un acte attendu, presque scénarisé, et la compassion, une variable d’ajustement de l’opinion. Cette affaire révèle surtout une violence structurelle plus large. Dans nos sociétés hyperconnectées, l’individu est sommé de répondre pour les crimes de son sang, de justifier son existence publique par des actes de contrition symbolique. La responsabilité pénale reste individuelle, mais la culpabilité morale devient collective, héréditaire et médiatique. Lydol ne paie pas pour le crime, elle paie pour le malaise social qu’il provoque. Cette prise de parole ne marque pas une rupture franche, mais une capitulation partielle face aux règles d’un jeu qu’elle n’a pas choisi. Elle n’éteint pas la tragédie, elle la rend administrable. Elle ne rend pas justice, elle restaure un équilibre médiatique. Et c’est précisément là que réside le malaise. Car lorsque la parole devient une obligation politique, elle cesse d’être un acte libre. Elle devient un outil de survie dans un système qui transforme la douleur en monnaie symbolique.

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