L’annonce de l’assassinat de Sa Majesté Ondoua Nkou, chef supérieur de Fifinda, dans la région du Sud, ancien directeur général adjoint de la BICEC, plonge une nouvelle fois le Cameroun dans l’effroi. Ce drame, dont les circonstances exactes restent à établir, soulève une question fondamentale sur la sécurité des citoyens, la protection des autorités traditionnelles et la responsabilité de l’État face à la multiplication des violences. Voici une nouvelle qui glace le sang, une tragédie qui laisse sans voix car la seule évocation de ce crime donne le sentiment que notre société a franchi un seuil supplémentaire dans l’horreur. L’annonce de la mort violente de Sa Majesté Ondoua Nkou, chef supérieur de Fifinda, dans la région du Sud du Cameroun, est un drame qui bouleverse profondément la conscience. Selon les premières informations qui circulent, ce souverain traditionnel aurait été sauvagement assassiné dans sa résidence par des individus encore non identifiés. Des récits particulièrement macabres évoquent une décapitation et la disparition de sa tête, des éléments dont la confirmation par les autorités compétentes demeure indispensable.
Si ces circonstances sont établies, nous serions devant un acte d’une barbarie difficilement imaginable, une violence qui porte atteinte non seulement à la vie d’un homme, mais également à la dignité humaine et à la valeur symbolique d’une institution traditionnelle. Car derrière la personne de Sa Majesté Ondoua Nkou se trouvait un homme, un père pour les siens, un responsable communautaire et une autorité dont la disparition laisse une population dans la consternation. Des témoignages le présentent comme un homme profondément attaché au développement de Fifinda, une personnalité qui aurait consacré une partie de ses ressources à l’embellissement de son village et à l’amélioration des conditions de vie de sa communauté. Si ces témoignages reflètent fidèlement son engagement, ils rendent sa disparition encore plus douloureuse. Comment comprendre qu’un homme qui aurait œuvré à construire et à améliorer son environnement puisse connaître une fin aussi tragique dans ce même lieu où il espérait probablement vivre en paix ?
Mais au-delà de l’émotion légitime que suscite cette disparition, il faut avoir le courage de regarder notre pays en face. Que devient le Cameroun lorsque la mort violente s’invite jusque dans les résidences de ceux qui incarnent l’autorité traditionnelle ? Que devient une nation lorsque ses citoyens commencent à redouter leur propre environnement, lorsque les familles vivent dans l’angoisse et lorsque chaque nouveau crime vient réveiller les blessures laissées par les précédents ?
Depuis une vingtaine d’années, le sentiment d’insécurité semble s’être progressivement installé dans la conscience de nombreux Camerounais. Les récits d’assassinats, de disparitions inquiétantes, d’agressions et de violences criminelles alimentent une inquiétude profonde. Certaines affaires ont profondément marqué l’opinion publique, tandis que d’autres semblent avoir disparu de l’actualité sans que les familles aient toujours obtenu les réponses qu’elles attendaient. Cette accumulation de drames et de questions sans réponse nourrit une défiance dangereuse envers les institutions chargées de protéger les citoyens.
Il serait imprudent d’affirmer que tous ces crimes demeurent impunis ou que toutes les enquêtes sont restées sans résultat. Mais une chose paraît incontestable dans le ressenti d’une partie de la population, la peur de ne jamais connaître la vérité ajoute à la souffrance des victimes une seconde injustice, celle de l’incertitude.
Aujourd’hui, on a parfois l’impression que chaque famille camerounaise a déjà reçu une balle dans le dos, non nécessairement celle d’une arme à feu, mais celle du malheur, du deuil, de l’injustice ou de la violence. Il existe des familles qui n’ont jamais retrouvé un enfant disparu, des parents qui attendent encore des explications, des veuves qui portent silencieusement leur douleur et des orphelins qui grandissent avec une question à laquelle personne ne semble pouvoir répondre. Pourquoi a-t-on arraché à leur affection un être qui ne demandait qu’à vivre ?
Notre pays souffre déjà suffisamment de la pauvreté, du chômage, des inégalités sociales et des difficultés quotidiennes pour que ses habitants aient encore à supporter la peur permanente d’être agressés ou assassinés. Un peuple peut apprendre à vivre modestement, à patienter devant les difficultés économiques et à espérer des lendemains meilleurs. Mais comment lui demander de continuer à espérer lorsqu’il ne se sent même plus en sécurité dans sa maison, dans son village ou sur les routes de son propre pays ?
La pauvreté prive parfois l’homme du confort matériel. La violence criminelle, elle, lui arrache jusqu’à la certitude de revoir les siens au coucher du soleil. Elle transforme les maisons en lieux de deuil, les villages en espaces de suspicion et les familles en communautés de souffrance. Elle installe dans les foyers une lueur ténébreuse, celle d’un lendemain que l’on n’ose plus imaginer. L’assassinat annoncé du chef supérieur de Fifinda soulève également des interrogations sur les conditions de sécurité entourant les autorités traditionnelles. Comment les auteurs présumés ont-ils pu accéder à sa résidence ? Le chef bénéficiait-il d’un dispositif de protection ? Était-il seul au moment des faits ? Existait-il des menaces antérieures ? Des indices permettent-ils de déterminer les circonstances exactes de cette intrusion et les motivations de ses auteurs ?
Ces questions sont légitimes et doivent trouver des réponses dans une enquête sérieuse, indépendante et méthodique. En revanche, il serait profondément injuste de désigner prématurément les notables, les proches du défunt, des responsables administratifs ou une quelconque communauté comme responsables de ce crime sans disposer de preuves. La douleur ne doit pas devenir le prétexte d’accusations hasardeuses. La recherche de la vérité exige de la rigueur, de la patience et le respect de la présomption d’innocence. L’enquête devra suivre toutes les pistes pertinentes, sans complaisance, sans intimidation et sans considération pour le rang social des personnes éventuellement impliquées. Les auteurs, leurs complices et leurs éventuels commanditaires, s’il en existe, devront répondre de leurs actes devant la justice. Aucune position sociale, aucune fortune et aucune influence ne devraient permettre d’échapper à la responsabilité pénale. Il faut également mesurer la portée culturelle d’un tel drame. Dans de nombreuses sociétés africaines, la chefferie traditionnelle constitue un lieu de mémoire, un espace de médiation sociale et un symbole de continuité entre les générations. Le chef représente une institution qui dépasse sa seule personne. Attenter à sa vie, c’est donc aussi ébranler une communauté qui se reconnaît dans son autorité et dans les traditions qu’il incarne.
Si la décapitation évoquée dans les premiers récits venait à être confirmée, cette circonstance ajouterait à l’assassinat une dimension particulièrement traumatisante pour la famille et pour les populations attachées aux rites funéraires traditionnels. Mais il appartient aux enquêteurs d’établir les faits et d’en déterminer la signification éventuelle, sans céder aux interprétations mystiques, ethniques ou politiques qui pourraient alimenter de nouvelles tensions. Le Cameroun ne doit pas devenir une terre où les rumeurs remplacent les enquêtes, où les soupçons tiennent lieu de preuves et où la justice se perd dans le bruit des réseaux sociaux. Nous avons besoin d’institutions capables de rassurer par leurs actes, de communiquer avec responsabilité et de rendre compte de l’avancement des procédures dans le respect du secret de l’instruction. La sécurité des populations n’est pas une faveur que les dirigeants accordent aux citoyens. Elle constitue l’une des premières obligations de l’État. Un gouvernement ne peut prétendre remplir pleinement sa mission si les habitants vivent dans la peur, si les familles perdent confiance dans les mécanismes de protection et si les victimes ont le sentiment que leur douleur finit par sombrer dans l’oubli.

Nos dirigeants doivent entendre cette inquiétude qui monte des villages, des quartiers et des familles. Ils doivent comprendre que derrière chaque crime se trouvent des vies brisées, des enfants privés d’affection, des parents condamnés à l’attente et des communautés dont la confiance dans l’avenir se fragilise. La grandeur d’un État ne se mesure pas seulement à ses édifices administratifs, à ses cérémonies officielles ou à ses discours solennels. Elle se mesure aussi à sa capacité de protéger les plus vulnérables, de prévenir les violences et de faire respecter la loi.
Il ne suffit pas de condamner les assassinats lorsqu’ils provoquent une émotion nationale. Il faut renforcer les moyens d’investigation, améliorer la prévention, protéger les témoins, garantir l’indépendance des procédures judiciaires et permettre aux familles de victimes d’obtenir des informations fiables. La lutte contre l’impunité doit être une exigence permanente et non une réaction passagère aux crimes les plus médiatisés. Le Cameroun se perdrait véritablement si nous finissions par considérer ces tragédies comme des événements ordinaires. Le jour où la mort violente d’un citoyen ne provoquerait plus aucune indignation, nous aurions perdu quelque chose d’essentiel, notre capacité collective à reconnaître la valeur sacrée de la vie humaine.
Nous refusons cette banalisation du malheur. Nous refusons qu’une famille soit condamnée à pleurer sans comprendre. Nous refusons que la peur devienne une manière de vivre et que l’indifférence se substitue à la solidarité nationale. La disparition tragique de Sa Majesté Ondoua Nkou doit interpeller les consciences et rappeler à tous que la sécurité d’une nation commence par celle de chacun de ses habitants. Qu’il s’agisse d’un chef traditionnel, d’un enseignant, d’un cultivateur, d’un commerçant ou d’un enfant, aucune vie ne devrait être considérée comme secondaire. A la famille éprouvée, aux populations de Fifinda et à tous ceux qui ont connu et estimé le défunt, nous adressons nos condoléances les plus attristées. Puisse la vérité être établie, puisse la justice suivre son cours et puisse la mémoire de cet homme être respectée dans la dignité. Un pays ne meurt pas seulement lorsque ses ressources s’épuisent. Il commence à perdre son âme lorsque ses enfants ne peuvent plus vivre sans craindre d’être assassinés. Le Cameroun mérite de retrouver la paix, et les Camerounais méritent de vivre sans peur sur la terre de leurs ancêtres.