Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LYDOL ET SON FARDEAU: SURVIVRE, CHANTER, EXISTER, LE PARI RISQUE DE LA STAR DU SLAM

 

Lydol essaie par tous les moyens de prouver que sa vie ne s’est pas déchirée. « J’ai reçu des menaces de mort, mais avant de mourir, je vais vivre », dit-elle dans sa vidéo de ce jour. Lydol, artiste adulée et pourtant conspuée, se trouve aujourd’hui au centre d’un tumulte dont elle n’avait peut-être pas mesuré l’ampleur. Sa douleur, exposée dans ses vidéos et ponctuée de gestes mystérieux, ces fameux signes de l’œil qu’elle brandit comme un langage codé, alimente autant la compassion que la méfiance. Nous savons tous de quoi il s’agit lorsqu’elle ferme un œil de la main. Elle pense que le public ne comprend pas ce qu’elle tente de dire à travers ces symboles, mais ce malentendu ne saurait effacer la part de responsabilité qu’elle porte dans le destin qui est désormais le sien. Elle est entrée dans un cercle où un sacrifice devait être fait, et celui-ci s’est matérialisé par la personne de son père. Car au-delà de ce que son père a accompli publiquement, c’est lui que les esprits voulaient prendre. Et tout a bien été reçu. Lydol sait ce qui s’est passé, d’où la colère du peuple. Avant de mourir, elle a choisi de vivre. Et ce choix, aussi simple qu’il puisse paraître, est à la fois une victoire intime et une provocation aux yeux de ceux qui, dans la tragédie qui entoure sa famille, voient une offense à la mémoire d’un enfant arraché à la vie.

Ses détracteurs le lui rappellent avec dureté : « On ne t’a pas empêchée de vivre. On t’a simplement demandé de rester dans l’ombre un temps, de t’effacer un instant pour accompagner la douleur de ceux dont la vie a été bouleversée par les actes de ton père. Était-ce trop demander ? » Derrière cette injonction, une réalité implacable : Lydol n’est pas coupable des crimes de son géniteur, mais elle en porte malgré elle l’ombre. Et ses choix artistiques, sa volonté d’apparaître, de chanter et de briller malgré la tempête, sont perçus par certains comme une insensibilité, un refus de partager la peine des victimes. Pourtant, d’autres voix s’élèvent, pleines de tendresse et de soutien. « Tu es une survivante, Lydol, alors vis. Ne regarde pas en arrière. Tu es née pour la scène, pour les mots, pour les étoiles. Dieu ne te condamne pas, alors personne n’a ce droit. » Dans ce concert dissonant d’opinions, certains voient en elle non pas une coupable mais une âme blessée, un être en quête de lumière au milieu des ténèbres. Ce débat souligne la complexité de sa situation : victime par ricochet, coupable par filiation, artiste par vocation. Elle n’est pas responsable des fautes de son père, mais elle est tenue pour responsable de ses propres choix : celui de s’exposer, de répondre à la haine par la création, et d’affirmer une volonté de vivre quand tant d’autres l’auraient condamnée au silence. Il faut dire que Lydol cristallise, à travers sa personne, des tensions qui dépassent son histoire individuelle.

Elle est le miroir des blessures sociales et spirituelles d’une communauté qui cherche des coupables, des explications, parfois même des exutoires. Ses vidéos, loin d’apaiser, attisent la flamme des rancunes. Mais elles rappellent aussi que l’art, même incompris, peut être un refuge. « Vivre, c’est tout ce qui reste à faire », dit-elle. Et cette phrase, en apparence banale, résonne comme un acte de résistance. La vie, si éphémère et fragile, mérite d’être vécue pleinement, sans attendre que les circonstances deviennent idéales. Ses fans le lui rappellent avec ferveur : « Avec les mots, recommence. Avec les mots, revis. Avec les mots, soigne tes maux. » Alors, Lydol porte sans doute une part de responsabilité dans ce qui lui arrive, non parce qu’elle est l’héritière des fautes de son père, mais parce qu’elle refuse l’invisibilité que beaucoup auraient jugée plus digne, plus respectueuse. Elle a choisi la scène, les mots, le regard du public, même hostile. Et ce choix est à la fois sa faute et sa grandeur. La tempête passera, comme toutes les tempêtes. Resteront les cicatrices, les colères, mais aussi cette vérité indépassable : vivre est un droit, et parfois même un devoir.

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