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 Nous sommes au Nigéria, dans une arène où les cris du public rivalisaient avec les battements de cœur d’un homme, Kola Sucré, de son vrai nom Mathieu Aboya, comédien camerounais de 42 ans, montait sur le ring non pas pour faire rire, mais pour combattre. Un rêve fou, une quête symbolique : laver l’affront encaissé par le Cameroun lors de la défaite de Francis Ngannou face à Anthony Joshua. bien que cela ne soit pas la même discipline, il s’agit d’une question d’honneur, mais le rêve a tourné court. Très court. Face à lui, un jeune Nigérian de 18 ans à la force brute et à la technique affûtée : Philémon Brutus Jeb. Un nom de roman, le petit a  un regard d’acier, et des bras comme des chaînes. Dès les premières secondes du combat, l’écart de niveau est criant. Kola vacille, s’accroche, tente une feinte maladroite. Mais rien n’y fait. Le jeune guerrier nigérian lit dans ses gestes comme dans un livre ouvert. Puis vient la chute : Kola est à la  merci de Brutus. Ce dernier est silencieux, brutal, implacable. Le public nigérian crie Brutus cogne. Plus le public crie, plus il cogne.

  Le public camerounais qui suivait le combat sur les réseau est  partagé entre consternation et compassion, il regarde à distance la débâcle d’un homme qui n’a pas su jauger l’océan avant de s’y jeter. Car si le cœur y était, le souffle, lui, s’est vite échappé sous les bras verrouillés de son adversaire. Étouffé, littéralement, par l’ambition mal calibrée. La défaite n’est pas seulement physique. Elle est symbolique. Elle soulève la question que tout le monde se pose : peut-on à 42 ans débuter dans un sport aussi exigeant que le MMA, face à des professionnels, sans formation rigoureuse ni endurance acquise ? L’âge, dans ce sport, n’est pas qu’un chiffre. C’est un paramètre biologique, un mur que la volonté seule ne suffit pas à franchir. Beaucoup dénoncent une inspiration hasardeuse, voire une imitation déplacée de Francis Ngannou. Le parallèle est tentant, mais injuste. Ngannou, c’est des années de sueur, de sacrifices, de combats âpres. Kola Sucré, lui, arrive avec la candeur du rêveur, musclé certes, mais sans la technique ni la caisse.

Le MMA n’est pas un sketch, et la cage ne fait pas de cadeaux. Certains, avec tendresse, rappellent qu’il n’est jamais trop tard pour poursuivre ses passions. D’autres, plus acerbes, y voient un acte de débandade à la camerounaise  : cette obsession camerounaise de vouloir briller sans préparation, cette manie de se lancer dans l’arène sans avoir lu les règles du jeu. Mais au fond, n’est-ce pas là le charme tragique des rêveurs ? Ceux qui, malgré tout, montent sur le ring pour défier le destin ? À terre, Kola Sucré n’a pas seulement perdu un combat. Il a appris – douloureusement – que dans les sports de haut niveau, l’enthousiasme ne supplée pas l’expérience, que la passion ne remplace ni la technique ni la condition physique. Il reste un héros, à sa manière. Un homme qui a osé là où d’autres auraient ricané. Un homme tombé à quatre pattes, comme il le dit lui-même, mais qui se relèvera, on l’espère, avec humilité, et peut-être un meilleur coach.

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