Ce que l’on fait vivre à Marc Brys est une honte nationale pour des camerounais qui ont des personnes à l’étranger. Le Cameroun traverse une nouvelle zone de turbulences, mais cette fois, ce n’est pas sur le terrain que se joue la confusion : c’est dans les coulisses du football national que l’absurde atteint son apogée. Ce que l’on fait vivre à Marc Brys, sélectionneur des Lions Indomptables, est non seulement inadmissible, mais profondément honteux. Une nation qui prétend vouloir se hisser sur le toit du football mondial ne peut, en toute logique, tolérer un tel spectacle. Depuis sa nomination, Brys semble marcher sur des braises. À chaque pas, des embûches, des obstacles politiques, des conflits d’ego. Comment peut-on exiger des résultats dans un climat aussi toxique ? Quel entraîneur digne de ce nom peut exercer sereinement dans une telle atmosphère de défiance et d’ingérence permanente ? Cette mascarade, exposée au grand jour, ternit l’image du Cameroun bien au-delà de ses frontières. Et pourtant, l’histoire est patiente. Elle finira toujours par donner raison à celui qui agit avec rigueur, professionnalisme et loyauté. Si le football camerounais ne cesse de vaciller, c’est parce qu’il est livré à des luttes intestines où le bon sens est la première victime.

La mise à l’écart de Joachim Mununga : un symptôme du mal
Plus absurde encore, l’exclusion de Joachim Mununga du banc de touche. Pourtant, c’est lui qui travaille au quotidien avec Marc Brys. C’est lui qui prépare les entraînements. Que lui reproche-t-on ? De faire correctement son travail ? De ne pas plier le genou devant une institution qui préfère le contrôle à la compétence ? Il faut avoir le courage de le dire : empêcher un assistant coach d’être au banc, alors qu’il est un maillon essentiel du dispositif technique, est un sabotage déguisé. On se demande alors : que valent les adjoints, si ce n’est pour assister, conseiller, guider aux côtés de l’entraîneur principal ? Et si c’est bien à ce dernier de choisir ses collaborateurs, pourquoi lui imposer qui doit s’asseoir à ses côtés ? Le paradoxe est flagrant et profondément malsain.
Quand l’orgueil devient poison
Dans cette affaire, l’orgueil prend le pas sur le bon sens. Certains semblent plus préoccupés par leur image et leur autorité que par le destin d’une équipe nationale. Et lorsque la Fédération, censée incarner l’intérêt collectif, devient un champ clos où se jouent des conflits personnels, le football meurt à petit feu. Il est temps que les Camerounais retrouvent un peu d’orgueil – le vrai. Celui qui refuse l’humiliation silencieuse, celui qui dit non à la soumission face à des intérêts particuliers, celui qui place la compétence au-dessus de la loyauté aveugle. Le Cameroun n’a pas à plier devant les caprices d’un homme, fût-il ancien footballeur glorieux ou président élu d’une institution sportive. Le culte de la personnalité n’a jamais fait gagner un seul match.
Une image dégradée… et un avenir incertain
Ce désordre, exposé aux yeux du monde, est indigne d’une grande nation. Et c’est exactement ce qui nourrit la caricature selon laquelle l’Afrique n’avance que sous la poigne de la dictature. À force de vouloir tout contrôler, d’éliminer toute voix discordante, nous nous condamnons nous-mêmes à régresser. Quand des voix comme celle de Joseph-Antoine Bell, qui a porté haut les couleurs du Cameroun, dénoncent avec lucidité ce système fermé, il serait temps de les écouter. Car à force de vouloir réduire le football à un royaume personnel, à force d’étouffer les compétences, d’écarter ceux qui pensent autrement, nous finirons par enterrer ce qu’il reste encore de notre grandeur.
Vers quelle issue ?
Le football camerounais n’a pas besoin de nouvelles querelles d’ego. Il a besoin de structure, de vision, d’unité. Il a besoin que chacun reste à sa place et respecte les lignes de responsabilité. L’entraîneur entraîne. L’institution encadre. Les résultats parlent. Et si la Fecafoot persiste à semer le chaos, elle récoltera tôt ou tard l’échec. Il ne suffira pas de décréter des victoires : il faudra les mériter. Et cela commence par la paix des vestiaires et la confiance donnée aux hommes de terrain.