Mag-Afriksurseine-Mars-2024

SAMUEL ETO’O FILS VU PAR UN OBSERVATEUR EXTERIEUR

 

Lorsqu’un homme est entouré d’une armée de fanatiques prêts à justifier chacun de ses échecs, la question se pose naturellement ; pourquoi ferait-il encore l’effort de gagner ? A quoi bon se remettre en question quand l’échec est systématiquement maquillé en complot, en injustice ou en faute des autres ? Le football camerounais vit depuis trop longtemps sous ce régime de l’excuse permanente, où la responsabilité se dilue à mesure que le culte de la personnalité s’épaissit. Tout commence véritablement en 2009, lorsque le brassard de capitaine est arraché, après avoir pourtant juré ne jamais le toucher tant que le  » Phoenix Rigo  » serait encore dans l’équipe. Ce geste, loin d’être anodin, marque le début d’une fracture profonde au sein des Lions Indomptables. Le vestiaire se scinde en trois clans ; les partisans inconditionnels du nouveau leader, le groupe fidèle à Alex Song, et un troisième bloc de joueurs – Choupo-Moting, Matip, Assou-Ekotto – désorientés, spectateurs impuissants d’un chaos qu’ils n’avaient pas provoqué. Les résultats suivent la logique de la division ; deux Coupes d’Afrique des Nations manquées consécutivement, une élimination humiliante à domicile en 2012 à Kye-Ossi face au Cap-Vert, puis une nouvelle absence en 2013. Sur la scène mondiale, le naufrage est total : six matchs, six défaites aux Coupes du monde 2010 et 2014. À cela s’ajoute un épisode que beaucoup préfèrent oublier ; le rejet du drapeau national devant les autorités, le public et le pays tout entier.

 

La conséquence est immédiate et honteuse ; des bagarres entre joueurs en plein stade, une fuite précipitée après le premier match du Mondial, et une facture salée pour le contribuable camerounais – 56 millions multipliés par 23 joueurs – pour trois défaites et neuf buts encaissés. Suspendu après ce désastre, l’homme disparaît des radars. Pendant ce temps, sans lui, les Lions laminent la Côte d’Ivoire de Yaya Touré, quadruple Ballon d’Or africain, sur un score sans appel de 4-1 à Yaoundé. En 2017, alors que la guerre fait rage avec Tombi A Roko Sidiki, il est écarté des décisions de la tanière auxquelles il participait depuis plus de douze ans, sans résultats probants. Et, comme par ironie du sort, le Cameroun conquiert sa cinquième étoile avec une équipe sur laquelle personne n’osait miser. Une victoire collective, sans vedettes autoproclamées, sans égos démesurés, sans bruit inutile. Le retour en 2021, cette fois à la tête de la FECAFOOT, ouvre un nouveau chapitre dont le mot-clé est sans équivoque : division. Pour la première fois dans l’histoire du football camerounais, les supporters ont le sentiment d’avoir deux équipes nationales : celle du ministère des Sports et celle de la fédération. Pour la première fois, une fédération empêche l’équipe nationale de préparer sereinement ses matchs. Pour la première fois encore, des joueurs prennent publiquement fait et cause pour le MINSEP. Du jamais vu. Les fanatiques trouvent aussitôt un coupable : l’ingérence du ministère. Soit. Mais la question demeure entière.

 

En dehors des Lions A, huit autres équipes nationales relèvent exclusivement de la fédération. Depuis cette présidence, elles ont été engagées dans dix-huit compétitions. Le bilan est implacable : onze éliminations dès le tour préliminaire, un seul quart de finale – celui des Lionnes seniors à la CAN 2022 – et plus rien depuis. Dix-huit compétitions, un quart de finale. Est-ce encore la faute du ministère ? Pendant ce temps, le football jeune se meurt. Les visages qui occupent les plateaux de télévision sont ceux de commentateurs et de polémistes, pas ceux des acteurs du terrain. Gérard Ellé, Fidel Castro, Priscille Messene, Serge Tamba font l’actualité médiatique, pendant que les véritables talents disparaissent dans l’indifférence générale. Les enfants veulent jouer, progresser, rêver. Mais on leur ferme les portes au nom de querelles d’ego. Le football camerounais a tout donné à cet homme : la gloire, l’argent, la reconnaissance mondiale. En retour, il a récolté la division, l’appauvrissement du jeu et l’isolement institutionnel. Il est temps de se remettre en question, de s’éloigner de ceux qui chantent des louanges creuses et répètent qu’il est  » le plus beau « . La beauté n’a jamais gagné un match, ni formé un joueur, ni attiré un sponsor. La preuve est là. Lorsque les choses iront mal au Maroc, les mêmes fanatiques reviendront avec leurs refrains habituels : « Est-ce lui qui joue ? » Non, il ne joue pas. Mais pourquoi empêche-t-il les enfants de jouer ? Comment peut-on se satisfaire d’avoir brillé seul pendant que tout un système s’effondre ? Il suffit de comparer. Regardez la liste des sponsors de l’équipe nationale ivoirienne. Comptez-les. Puis comparez avec celle du Cameroun : cinq. Est-ce vraiment cela, la grandeur promise ? Le reste est prévisible. Les insultes remplaceront les arguments, comme toujours. Mais les faits, eux, restent têtus.

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