A l’approche du choc de ce soir face au Cameroun, les Panthères du Gabon avancent dans un climat mêlé d’espoir, de questionnements et de réalisme. Comme souvent avant les grands rendez-vous, le peuple gabonais se divise entre ferveur patriotique et lucidité sportive. Une chose, cependant, fait consensus : on ne s’avoue jamais vaincu avant d’avoir mis la main à la patte. Derrière leurs joueurs, les supporters savent que, quelles que soient les limites actuelles, l’honneur du maillot impose de se battre jusqu’au bout. Sur le plan de la préparation, les Panthères ont travaillé sans bruit, loin de l’agitation médiatique. Le groupe reste fidèle à un noyau de joueurs déjà connus, ce qui rassure certains mais inquiète d’autres, lassés de voir « les mêmes visages chaque année ». Des choix de sélection font débat, notamment la présence de joueurs peu ou pas utilisés durant les qualifications, au détriment de ceux qui ont porté l’équipe dans la douleur. Ces frustrations nourrissent un scepticisme ambiant ; beaucoup appellent à arrêter de rêver trop vite et à viser d’abord un objectif clair et réaliste, comme dépasser enfin le cap des quarts de finale. Le moral, lui, oscille. Il y a ceux qui refusent de « mettre leurs organes » émotionnellement, échaudés par les désillusions passées, et ceux qui continuent de croire que le football n’obéit pas toujours à la logique. Tous reconnaissent cependant une vérité difficile ; le Gabon n’investit pas encore suffisamment dans le sport pour prétendre sereinement aux sommets continentaux. Gagner une CAN ne se décrète pas, cela se construit. Et dans un contexte où les fêtes approchent, certains supporters avouent même ne pas vouloir se laisser gâcher l’ambiance par une désillusion de plus. En coulisses, la question de l’équipementier a également animé les discussions.

La FEGAFOOT a retenu la marque marocaine AB Sport pour équiper les Panthères sur une période de six mois. Un choix accueilli avec curiosité et espoir, notamment pour une meilleure considération des supporters. Certains regrettent toutefois que l’offre de Macron, jugée intéressante pour toutes les catégories et les fans, n’ait pas été retenue. Quant à la marque locale Gaboma, beaucoup estiment qu’elle gagnerait d’abord à s’ancrer dans le football national, en soutenant les clubs du National Foot, avant de viser la sélection A. Face au Cameroun, la tension monte aussi sur le terrain symbolique. Des provocations ont émergé sur les réseaux, parfois excessives, parfois irrespectueuses. Pourtant, du côté des Panthères, l’heure devrait être à la concentration plutôt qu’à la moquerie. Le Cameroun, même traversé par des difficultés extra-sportives depuis des années, reste une référence continentale, capable de gagner une CAN n’importe où et de se qualifier régulièrement pour les grandes compétitions. Le mépriser serait une erreur stratégique autant qu’émotionnelle. Il faut enfin rappeler une réalité souvent passée sous silence ; plusieurs joueurs d’origine camerounaise ont, ces dernières années, porté le maillot gabonais avec engagement, contribuant au développement de l’équipe. Preuve que le football, au-delà des rivalités, reste un espace de circulation des talents et de destins croisés en Afrique centrale.

Ce soir, les Panthères du Gabon n’arrivent ni en favorites ni en victimes. Elles arrivent avec leurs limites, leurs doutes, mais aussi avec une fierté intacte. Face aux Lions Indomptables, il ne s’agira pas seulement de gagner, mais de montrer un visage combatif, digne, et tourné vers l’avenir. Car parfois, dans le football africain, le véritable progrès commence par la lucidité… et par le courage de se battre ensemble. Ainsi, au-delà des débats, des doutes et des frustrations, ce Cameroun-Gabon se jouera aussi dans les têtes. Les Camerounais eux-mêmes savent que le Gabon est un pays de surprise, capable de frapper là où on ne l’attend pas, surtout face à un adversaire historique. Contre les Lions Indomptables, les Panthères ont souvent cette capacité à se dédoubler, à transcender leurs limites, portées par une détermination brute. C’est peut-être là que réside la différence : quand le Cameroun arrive parfois avec le poids – et l’illusion – des gloires passées, abordant le match avec une certaine suffisance, le Gabon, lui, se présente avec une seule idée claire, simple et dangereuse : gagner. Et dans le football, cette détermination peut suffire à faire basculer l’histoire.

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