Mag-Afriksurseine-Mars-2024

MRC : 31 PRISONNIERS POLITIQUES LIBERES

 

Les portes se sont ouvertes sans fracas. Trente-et-un visages ont reparu à la lumière, comme si le jour lui-même hésitait à les accueillir. Trente-et-un militants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, arrêtés au gré des marches politiques – certains au cœur de l’action, d’autres happés sans raison – ont retrouvé l’air libre. Ils étaient là, alignés dans leurs tailleurs sobres, hommes et femmes mêlés dans une dignité retrouvée. Leurs traits semblaient heureux, mais d’un bonheur fragile, presque incrédule. On ne lisait ni triomphe ni revanche sur leurs visages, seulement la retenue de ceux qui reviennent de loin. Très loin. Car au Cameroun, nul n’ignore ce que signifie franchir les portes d’une prison. Il y a, dit-on, deux manières d’en sortir : malade, ou porté sur une civière. Eux sont revenus debout. C’est déjà une victoire minuscule dans une arène politique où l’on apprend vite que l’engagement se paie d’isolement. Derrière les murs, le militant découvre souvent la solitude, parfois l’oubli. Ceux pour qui il marchait continuent d’avancer ; le pouvoir, lui, transforme l’acte de libération en geste de magnanimité présidentielle. Les lendemains électoraux au Cameroun ont toujours un goût d’ombre. Dans cette lumière grise, les trente-et-un ont été reçus par leur président national, le professeur Maurice Kamto. Il les a accueillis personnellement.

 

Une poignée de main, une étreinte, une photographie prise ensemble – souvenir figé d’une résistance qui se voulait indomptable. Ce fut, pour beaucoup, le seul hommage tangible à leurs mois d’épreuve. Personne n’a prononcé de discours politique. Pas un mot plus haut que l’autre. Parce que ces hommes et ces femmes savent désormais le prix des slogans. Ils ont regagné leurs familles avec le calme grave de ceux qui ont vu de près la fragilité des causes humaines. Dans leurs regards passait autre chose que  le  soulagement, le reflet d’un temps suspendu, d’années peut-être perdues pour un combat que certains pensent  aujourd’hui qu’ils ont tous perdu. L’arène politique camerounaise broie les enthousiasmes tardifs et transforme les idéaux en épreuves intimes. Ceux qui y entrent sans en connaître les règles en ressortent souvent meurtris. Ils étaient trente-et-un. Trente-et-un destins ordinaires happés par le tumulte d’une nation en quête d’équilibre. Leur libération n’efface ni la détresse ni les interrogations.

 

Elle laisse seulement cette image,  des silhouettes dignes, vêtues de clair, debout dans une promesse  incertaine et l’écho d’un silence plus lourd que tous les discours. La démocratie aura le dessus, même si ils  enferment, il intimident, il brisent- croyant ainsi étouffer ce qui les dérange. Torturer un homme pour avoir dit ce qu’il estime juste n’est jamais un signe de force, c’est l’aveu d’une fragilité profonde, la peur qu’inspire une conscience libre. L’histoire l’a montré sans relâche ;  on peut contraindre les corps, mais on ne soumet pas durablement les idées par la brutalité. Car chaque injustice commise au nom de l’autorité grave dans la mémoire collective une accusation durable, et chaque voix réprimée devient, tôt ou tard, le miroir moral d’un pouvoir qui aura préféré la crainte à la justice

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