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Donald Trump est arrivé devant l’Assemblée générale des Nations unies avec un discours qui ressemblait moins à une profession de foi multilatérale qu’à une démonstration de puissance. Pendant près de quarante minutes, le président américain a défendu une conception du monde dans laquelle les États-Unis doivent reprendre l’initiative, imposer leurs intérêts et utiliser sans hésitation leur puissance économique, diplomatique et militaire lorsque leurs objectifs sont en jeu. Son intervention du 22 septembre 2026 a ainsi donné à voir une vision profondément nationale de l’ordre international, dans laquelle la coopération avec les autres États sera subordonnée aux intérêts américains. Trump a d’abord voulu présenter son retour au pouvoir comme le début d’un nouvel âge pour les États-Unis. Il a opposé ce qu’il décrit comme les années de déclin de l’administration précédente à une période nouvelle qu’il présente comme un « âge d’or ». Cette manière de raconter l’histoire américaine constitue l’un des ressorts essentiels de son discours. Le monde est présenté à travers une opposition permanente entre une Amérique qui aurait perdu sa puissance et une Amérique désormais décidée à la récupérer. Le président américain se pose ainsi en restaurateur d’une souveraineté qu’il estime avoir été affaiblie par les politiques antérieures.

Cette logique apparaît avec encore plus de force dans sa manière d’aborder les conflits internationaux. Trump s’est attribué le mérite d’avoir mis fin à plusieurs guerres et a présenté la puissance américaine comme l’instrument permettant de résoudre des crises que les dirigeants précédents auraient été incapables de régler. Mais son discours sur l’Iran révèle surtout une conception de la paix fondée sur le rapport de force. Il affirme avoir proposé à Téhéran une coopération économique en échange de concessions sur son programme nucléaire et son soutien à des groupes armés, tout en avertissant que les États-Unis disposent de la capacité d’anéantir la République islamique si aucun accord n’est trouvé. Cette contradiction apparente entre la volonté affichée de faire la paix et la menace d’une destruction militaire constitue l’un des éléments les plus révélateurs de sa vision diplomatique. Pour Trump, la paix ne semble pas d’abord être le résultat d’un équilibre négocié entre partenaires égaux. Elle doit être obtenue lorsque la puissance américaine rend le refus trop coûteux. La diplomatie devient alors l’une des composantes d’une stratégie de coercition plus large. Le même raisonnement apparaît dans son discours sur les cartels et l’Amérique latine. Trump assimile la lutte contre les organisations criminelles à une guerre contre des ennemis stratégiques et revendique une réponse américaine beaucoup plus musclée.

Le Mexique, Cuba et le Venezuela sont évoqués dans un cadre où sécurité, immigration, criminalité, énergie et idéologie sont étroitement liés. Cette approche traduit une volonté de redéfinir la frontière entre politique étrangère et politique intérieure. Pour Trump, les menaces extérieures deviennent directement des problèmes de sécurité nationale américaine. Son discours sur Cuba est également révélateur de cette grille de lecture. Le régime cubain est présenté comme l’expression d’un système idéologique hostile, associé à des réseaux politiques américains que Trump considère comme relevant de la mouvance radicale. Là encore, le monde est décrit selon une opposition entre ceux qui défendent l’ordre américain et ceux qui chercheraient à l’affaiblir de l’intérieur ou de l’extérieur. La question du Groenland permet d’observer une autre dimension de cette vision. Trump a affirmé que les États-Unis devaient disposer d’un contrôle durable sur la sécurité du territoire et a annoncé une présence militaire américaine accrue. Dans le même temps, Washington, Copenhague et Nuuk ont conclu un accord permettant une extension de la présence militaire américaine au Groenland tout en maintenant la souveraineté danoise et l’autonomie groenlandaise.

Le gouvernement danois a insisté sur le fait que la souveraineté du territoire n’était pas remise en cause. Cette séquence montre une caractéristique importante de la politique internationale défendue par Trump. Les alliances et les institutions ne disparaissent pas nécessairement, mais elles sont réinterprétées à travers le prisme des intérêts stratégiques américains. Le Groenland est ainsi envisagé avant tout comme un espace géopolitique majeur dans la compétition avec la Russie et la Chine, et non uniquement comme un territoire relevant d’une relation historique entre le Danemark et le Groenland. Le président américain s’est également attaqué frontalement à la Cour pénale internationale, qu’il a présentée comme une institution hostile aux États-Unis et a appelé les pays membres à quitter. Cette position illustre sa défiance plus générale envers certaines institutions internationales lorsque celles-ci peuvent imposer des contraintes à la puissance américaine. Cette critique du multilatéralisme traverse d’ailleurs l’ensemble du discours. Trump ne rejette pas complètement les organisations internationales. Il veut plutôt les voir fonctionner selon une logique différente, avec moins de contraintes pour les États-Unis et davantage de contrôle sur les sujets considérés comme relevant de leur souveraineté. Sa conception du monde n’est donc pas celle d’un retrait américain de la scène internationale.

C’est au contraire celle d’une présence américaine très forte, mais beaucoup moins disposée à accepter des règles qui limiteraient sa liberté d’action. La question de l’intelligence artificielle a fourni un autre exemple de cette philosophie. Trump a annoncé que le gouvernement américain utiliserait désormais l’expression « super-intelligence » dans ses documents officiels et a rejeté les appels à une réglementation qu’il considère comme susceptible de ralentir l’innovation. Reuters rapporte qu’il a néanmoins indiqué que le département de la Justice pourrait intervenir si certaines entreprises du secteur posaient problème. Derrière cette déclaration se dessine une conviction plus large, celle que la compétition technologique constitue désormais un élément majeur de la puissance mondiale. Pour Trump, les États-Unis ne doivent pas prendre le risque de se laisser distancer par leurs concurrents en imposant trop rapidement des contraintes à leurs entreprises. La technologie devient ainsi une extension de la compétition géopolitique. Sur le climat, Trump a également repris une rhétorique ancienne de son mouvement politique en contestant les avertissements liés au réchauffement climatique et en dénonçant ce qu’il considère comme des prédictions catastrophistes. Cette position tranche avec celle du secrétaire général de l’ONU António Guterres, qui a placé dans son propre discours l’intelligence artificielle, les guerres et le changement climatique parmi les défis nécessitant davantage de coopération internationale. La différence entre les deux visions est particulièrement nette. D’un côté, le secrétaire général défend une réponse collective à des problèmes qui dépassent les frontières nationales. De l’autre, Trump privilégie la souveraineté, la puissance nationale et la capacité de chaque État à défendre ses propres intérêts. Le contraste dépasse donc la personnalité des deux hommes. Il renvoie à deux conceptions différentes de l’ordre international.

Le discours de Trump est aussi profondément marqué par son opposition à ce qu’il appelle les « mondialistes ». Il associe l’immigration massive à une menace contre les cultures nationales et le patrimoine des peuples. Cette lecture du monde repose sur l’idée que la mondialisation aurait progressivement affaibli les frontières, les identités et la capacité des nations à décider de leur propre avenir. Sa réponse consiste à réhabiliter la frontière, la souveraineté et l’intérêt national. Cette conception ne signifie pas que Trump souhaite isoler les États-Unis. Elle suggère plutôt qu’il veut redéfinir les conditions de leur engagement international. L’Amérique doit commercer, négocier, faire la guerre si nécessaire, conclure des alliances et développer ses technologies, mais toujours à partir d’une question centrale, celle de savoir ce que les États-Unis obtiennent en retour. C’est probablement là que se situe le cœur idéologique de ce discours. Le président américain ne propose pas véritablement un monde sans relations internationales. Il défend un monde dans lequel les rapports entre États sont avant tout des rapports de puissance. La paix devient une transaction, l’alliance devient un instrument stratégique, le commerce devient un moyen de renforcer la puissance nationale, la technologie devient un champ de compétition et les institutions internationales sont acceptées lorsqu’elles servent les intérêts américains, contestées lorsqu’elles sont perçues comme une contrainte.

À l’ONU, Trump n’a donc pas seulement parlé de l’Amérique. Il a exposé une certaine idée du monde. Un monde dans lequel les États-Unis entendent rester la principale puissance, mais où ils refusent de se considérer comme liés par les mêmes contraintes que les autres. Un monde où la souveraineté nationale prime sur les ambitions universalistes du multilatéralisme et où la capacité de coercition demeure un instrument central de la diplomatie. Cette vision est loin de correspondre à celle portée par les responsables de l’ONU qui continuent de défendre le dialogue, le droit international et les mécanismes collectifs. Le président de la 81e session de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a lui-même placé la coopération et le dialogue au cœur de son approche de l’Organisation. Le discours de Donald Trump apparaît ainsi comme le reflet d’une transformation plus profonde des relations internationales. Il ne proclame pas la fin du multilatéralisme, mais il en conteste clairement les fondements lorsqu’ils entrent en contradiction avec la liberté d’action américaine. Sa vision repose sur une idée simple et constante, celle d’une Amérique qui ne demande plus seulement à être entendue dans le monde, mais qui entend fixer elle-même les conditions dans lesquelles le monde doit composer avec elle.

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