Quand la nuit devient passagère et littérature
Le 30 octobre 2025, sous les voûtes solennelles de l’Institut de France, la littérature a salué une voix rare : Yanick Lahens, écrivaine haïtienne au souffle poétique et à la plume indomptable, s’est vue décerner le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour son œuvre magistrale Passagères de nuit. Ce roman, déjà célébré par la critique et les lecteurs, transcende les frontières de l’imaginaire pour se poser en miroir de l’âme humaine, entre mémoire et lumière, entre douleur et renaissance. Bien que Passagères de nuit n’ait plus concouru pour le Prix Goncourt, c’est une autre reconnaissance, plus intemporelle peut-être qui a choisi de l’honorer. Une consécration venue de la plus haute institution littéraire française, saluant non seulement l’écriture d’une femme, mais la résilience d’un peuple et la force d’une mémoire insulaire. « Cette distinction me conforte dans l’idée que la littérature est encore dotée d’un pouvoir immense, celui de transcender le temps et l’espace », a confié Yanick Lahens dans un message lu par son éditrice, Sabine Wespieser.
La voix d’une île et d’un monde
Yanick Lahens, c’est Haïti dans toute sa profondeur ; une terre de contrastes, de blessures et de beauté, où chaque mot semble chargé d’histoire. Avec Passagères de nuit, elle nous offre une traversée intime, celle des êtres et des peuples pris dans les flux du temps, cherchant leur port d’attache. Son roman, à la fois choral et poétique, s’attarde sur ces femmes de l’ombre, héritières du silence et gardiennes de la mémoire. On y retrouve ce que Lahens a toujours su dire avec grâce : la nécessité de sortir de l’imaginaire colonial, de reprendre possession du récit pour en faire une parole libératrice. Lors de sa séance de dédicace à Miami, le 1er novembre 2025, elle déclarait avec conviction : « Il faut sortir de l’imaginaire colonial. » Ces mots résonnent comme un manifeste. Car Lahens n’écrit pas seulement pour raconter : elle écrit pour guérir et transmettre.

Une littérature de l’exigence et de la profondeur
Contactée par Le Nouvelliste quelques heures après l’annonce du prix, Yanick Lahens a partagé avec humilité quelques conseils aux jeunes écrivains : « Il faut lire beaucoup, apprendre et en savoir davantage. Il faut se poser des questions, entreprendre un travail intérieur. Surtout, il ne faut pas céder à la tendance actuelle qui consiste à se montrer sur les réseaux sociaux. Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui feront de vous un bon écrivain ou un bon musicien. Il faut d’abord travailler. » Cette exigence, presque spirituelle, traduit la conception noble qu’elle a de la littérature : un lieu d’élévation et de silence, loin des vanités du monde.
Une fierté haïtienne, un éclat universel
De Port-au-Prince à Paris, les voix se sont unies pour célébrer cette victoire. La Librairie Delamain, au cœur de la capitale française, a récemment accueilli Yanick Lahens pour le lancement de Passagères de nuit. Le public, nombreux et ému, a pu écouter la douceur de sa parole, la justesse de son regard. Journalistes, comédiens, chercheurs et lecteurs ont salué en elle l’ambassadrice lumineuse d’une pensée afro-caribéenne nourrie des métissages du monde nouveau et des traumas de l’histoire. « Merci Yanick pour la beauté et la justesse de tes mots. » Darline Gilles, Jeanne Elsa Chéry, Roberson Alphonse et tant d’autres voix reconnaissantes. Épilogue Quand la nuit s’éclaire. Avec Passagères de nuit, Yanick Lahens inscrit une nouvelle page glorieuse dans l’histoire littéraire d’Haïti. Ce Grand Prix du Roman 2025 de l’Académie française n’est pas seulement une récompense : c’est une reconnaissance du génie haïtien, de cette langue créole et française qui sait dire le monde avec une beauté déchirante. À travers elle, c’est toute une nation de mots, de blessures et d’espérances qui entre, une fois de plus, dans la lumière. Et cette lumière, désormais, porte un nom : Yanick Lahens.
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