Mag-Afriksurseine-Mars-2024

JOSEPH ANTOINE BELL CONTRE ETO’O FILS : LA BATAILLE POUR L’AME DE LA FECAFOOT

 

À l’approche du 29 novembre, date annoncée pour l’élection du nouveau bureau exécutif de la Fecafoot, le Cameroun retient son souffle. Ce rendez-vous, très attendu par tous les acteurs du football national, pourrait en effet devenir le théâtre d’un nouvel affrontement entre deux institutions qui, depuis des années, se disputent la légitimité de guider ce sport emblématique. D’un côté, le ministère des Sports exige des clarifications essentielles au respect des règles et de la transparence ; de l’autre, Samuel Eto’o Fils persiste dans une posture d’entêtement qui laisse présager un bras de fer institutionnel aux conséquences incertaines. Ainsi, la date du scrutin, loin d’être un simple moment administratif, s’annonce comme un révélateur des tensions profondes qui minent aujourd’hui la gouvernance du football camerounais. Cette élection n’aura pas lieu, disent certains, car l’État ne peut plus laisser se prolonger un désordre institutionnel qui fragilise tout un secteur déjà éprouvé. Depuis quatre ans, l’impression d’un vide, d’une gouvernance imprévisible et d’un mépris latent pour les règles établies nourrit une indignation grandissante.

 

Bell aime dire les choses calmement et fermement ; son bon sens lui confère une lucidité et un sens des responsabilités qui devraient primer dans la gestion du football camerounais. On peut répéter autant qu’on veut que la bonne volonté suffit, que la motivation suffit, mais la vérité est simple ; diriger une organisation comme la Fecafoot n’a rien à voir avec courir derrière un ballon. La Fecafoot est une institution, une structure collective, et l’on ne peut ni attribuer ses réussites ni excuser ses échecs en glorifiant un seul individu. Ceux qui lui reprochent de parler devraient commencer par accepter cette réalité élémentaire de la gouvernance : un dirigeant ne s’évalue pas sur ses souvenirs glorieux, mais sur la qualité de sa gestion. L’homme n’a ni haine ni jalousie envers qui que ce soit ; il porte simplement l’exigence que mérite un pays qui se respecte. Et si certains estiment qu’il faut « laisser le football aux gens que nous n’avons jamais vus jouer », qu’ils se souviennent que le talent sportif n’est pas une compétence managériale.

 

C’est d’ailleurs pour cela qu’il dit depuis longtemps que, si l’institution s’égare au point de devenir ingérable, il vaudrait mieux envisager une restructuration profonde, voire confier temporairement le football au ministère des Sports pour remettre de l’ordre, comme cela a été fait ailleurs, y compris dans d’autres disciplines. Le Cameroun n’a pas besoin qu’on flatte son ego, mais qu’on protège ses institutions. Ceux qui l’intiment de se taire oublient que la critique n’est pas une agression, mais un devoir citoyen. Admirer le « grand 9 » pour sa carrière, oui, mais prétendre que cette carrière lui confère automatiquement les aptitudes d’un grand président, non. Quatre années de crises, de polémiques, d’opacité et de divisions imposent un constat que nul slogan ne peut effacer. On ne dirige pas une fédération avec des réflexes de vestiaire ni avec la nostalgie du passé ; on la dirige avec méthode, transparence, sens de l’État et respect strict des textes. Voilà ce qu’il affirme, voilà ce qu’il défend. Le Cameroun mérite un football géré avec rigueur, pas un culte de la personnalité. Si ses paroles dérangent, c’est parce qu’elles ne frappent pas l’homme, mais son bilan, et un bilan, lui, n’a ni émotions ni excuses. Continuons.

Lorsque le Président de la République lui-même rappelle que « l’ordre règnera », c’est bien le signe que la Nation n’acceptera pas que l’on joue indéfiniment avec ses institutions, ni que l’on ridiculise un peuple dont la patience a trop longtemps été sollicitée. La légitimité ne se décrète pas à coups de communication ou d’audace personnelle ; elle se construit dans le respect du droit, dans la fidélité aux textes et dans la dignité de l’exercice du pouvoir. Car au-delà des tensions autour du scrutin, une réalité s’impose : le sport camerounais souffre. Depuis quatre ans, ce qui devrait être un espace de rayonnement national est devenu le théâtre de crises à répétition, de ruptures internes, d’alliances fragiles et de polémiques incessantes. Notre pays, qui a porté tant de gloires sur les scènes africaines et mondiales, mérite bien mieux que ce climat de chaos administratif et de conflits exposés en plein jour. Le Cameroun attend de ses dirigeants de l’élégance, une loyauté totale envers les institutions, et une capacité à honorer la mission qui leur est confiée. Diriger un sport national, c’est porter l’honneur d’une nation ; cela exige de la rigueur, de la hauteur et un sens aigu de la responsabilité.

 

Le football n’est pas une scène où l’on impose sa volonté, mais un patrimoine partagé qui demande de la sobriété, de la transparence et une culture du consensus. L’émotion ne peut plus servir d’alibi à l’anarchie. Depuis son accession à la tête de la Fecafoot, Samuel Eto’o a multiplié les décisions controversées qui ont plongé le football camerounais dans une turbulence permanente. Les conflits ouverts avec les entraîneurs, les tensions répétées avec les clubs, l’opacité dénoncée par plusieurs acteurs, les interventions intempestives dans la vie sportive ont fragilisé l’institution au lieu de l’élever. La question n’est pas d’aimer ou de détester un homme, mais de constater que la gouvernance actuelle divise, crispe, détourne les énergies essentielles à la construction d’un projet solide. Lorsqu’un dirigeant devient, presque chaque semaine, le centre d’une nouvelle polémique, c’est qu’il y a un problème de méthode, de vision et de rapport au pouvoir. Dans ce contexte, Joseph Antoine Bell apporte une analyse d’une remarquable clarté, fondée sur la rigueur conceptuelle et la précision linguistique. Il rappelle que l’expérience ne se confond pas avec la durée, mais se construit à partir des leçons réellement apprises. Le fait d’avoir été footballeur, dit-il, ne confère pas automatiquement les compétences pour gérer des institutions complexes ou analyser les dynamiques sociales qui entourent un sport. Sa comparaison, « tous les élèves sortants d’un lycée ne peuvent pas gérer ce lycée » éclaire d’un trait la logique qu’il défend ; gérer requiert un métier, une formation de l’esprit, un apprentissage des responsabilités. Son recours insistant à la négation « vous ne pouvez pas », « non » marque le refus d’un pouvoir fondé sur la notoriété plutôt que sur la compétence.

Le parallèle qu’il établit entre les rôles, footballeur, entraîneur, dirigeant, rappelle que chaque fonction exige une expertise spécifique, un recul, une maturité que quatre années de crise n’ont cessé de mettre en défaut. Bell prend d’ailleurs une dimension critique plus sociale lorsqu’il évoque le problème du tripatouillage des âges, révélant l’ambiguïté de ceux qui, en ayant profité de certaines pratiques, peinent ensuite à les condamner fermement. À sa suite, d’autres voix s’élèvent. Théophile Awana parle sans détour d’un « affaissement du football », d’un échec total qui marquerait durablement la mémoire du Cameroun. Ces paroles, aussi sévères soient-elles, traduisent un malaise profond, partagé aujourd’hui par une large partie des acteurs et des amoureux du football. Elles témoignent moins d’une hostilité personnelle que d’un désespoir face à quatre années d’instabilité, d’échecs accumulés et d’occasions manquées. Ainsi se dessine un constat qui n’est plus possible d’ignorer ; Samuel Eto’o, légende du terrain, peine à être un dirigeant capable d’apaiser, de rassembler et de faire progresser le football camerounais. L’heure n’est plus aux passions, mais à la lucidité. Le Cameroun mérite une gouvernance exemplaire, une Fecafoot forte, respectée, transparente et tournée vers l’avenir. Et c’est au nom de ce pays, de sa jeunesse sportive et de son prestige, que se lève aujourd’hui cette exigence de renouveau.

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