Mag-Afriksurseine-Mars-2024

HOMMAGE A SERGE BERTRAND POUTH : LA VOIX QUI SAVAIT LIRE LE MONDE LE CAMEROUN PLEURE.

La radio aussi. Et dans le silence qui s’étend, on croirait encore entendre cette voix chaude et posée, celle qui a bercé les matinées et les soirs des auditeurs de la FM 105 et de la CRTV. Serge Bertrand Pouth, journaliste éminent, homme de lettres et esprit lumineux, s’est éteint, laissant derrière lui un vide immense dans le paysage médiatique et culturel camerounais. Ce vendredi 7 novembre 2025, à la morgue de l’Hôpital général de Yaoundé, la cérémonie de levée de corps a rassemblé familles, collègues, amis et figures du monde médiatique. Le gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, accompagné de son épouse, était également présent pour saluer une dernière fois cet homme d’exception. Puis, à Beedi, dans l’arrondissement de Douala 5ᵉ, le peuple des ondes, les hommes de plume et les amoureux de la lecture se sont inclinés. Serge Bertrand Pouth n’était pas seulement un journaliste ; il était un lecteur du monde. Un de ces rares esprits pour qui la radio n’était pas un simple canal d’information, mais un espace d’élévation. Ses émissions, sa diction, ses analyses portaient la marque d’un homme habité par la culture, par la beauté du mot juste et par la rigueur de la pensée.  » Un journaliste qui lisait « , dira-t-on de lui, presque comme une rareté dans un monde où l’instantané triomphe du savoir.

Il pouvait citer ses lectures, illustrer ses propos d’un passage de roman, d’un vers, d’une idée universelle. Chez lui, la culture était  une respiration. Aux côtés de Moïse Mbanteke, Solange Aïcha, Yves Ardant, Léonard Châtelain et Tata Béa, il forma, dans les années 2000, ce qu’on appelait avec tendresse « le quatuor magique de la FM 105,7 ». Ils donnaient à la radio une âme, une chaleur, une humanisme rare. Chacun d’eux, par la voix, faisait vibrer la ville et le pays tout entier. La mort, ce dénominateur commun de l’humanité, a choisi son heure. Elle vient nous rappeler, une fois de plus, que nul n’échappe à ce voyage dont nul ne revient. Mais ceux qui ont su vivre pleinement leur mission ne meurent pas vraiment. Leurs voix continuent de flotter dans les mémoires, comme un écho qui ne s’éteint jamais. « Les ondes sont orphelines », a confié un collègue, la gorge serrée. Oui, elles le sont. Car elles perdent un homme dont la parole ne trahissait jamais la pensée. La littérature, elle aussi, perd un de ses défenseurs ; un homme qui savait faire aimer un texte rien qu’en le lisant, qui savait donner au verbe une chair et une émotion. À toi, Serge Bertrand Pouth, Sergio, comme t’appelaient les proches, va en paix. Repose-toi auprès de Moïse Mbanteke, ton confrère et ton frère d’antenne. Merci pour cette élégance du ton, cette fidélité au mot, cette foi dans la culture. Ta voix s’est tue, mais ton empreinte demeure. Et dans le bruissement des ondes, nous continuerons de t’écouter. Doux repos, très grand homme. Que la lumière sans déclin brille sur toi.

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