Mag-Afriksurseine-Mars-2024

FEUILLETON PRESIDENTIEL AU CAMEROUN : LE CARNAVAL DES CANDIDATS UBUESQUES ET LOUFOQUES

Cameroun, 21 juillet 2025.

Ce jour restera gravé dans l’histoire comme celui où la République a vu défiler, non pas des aspirants à la magistrature suprême, mais une véritable troupe de théâtre tragico-comique, surgie des coulisses de l’improbable. Elecam a vu des personnages burlesques déposés leur candidatures comme s’il achetaient leur billet pour attendre un bal des vampires. Des candidats comme tombés du ciel  vêtus des costumes froissés, haleines fortes mais prêt pour des  ambitions  suprêmes. Ils arrivaient, l’air solennel, le pas décidé, comme des zombies récemment libérés d’un mauvais rêve ou, pire, d’un long séjour dans un cachot de province. On aurait dit que le casting avait été confié à un réalisateur de film d’horreur fauché : visages ravagés par les années, les privations ou des passions inconnues, mines fatiguées, profondément  grotesques, comme des miraculés. Des mâchoires crispées, des sourcils qui fuient, des crânes tantôt brillants de cicatrices, tels de nouveaux fous du roi. Mais la grande surprise ils  tenaient des dossiers complets. Oui, complets ! Comme si une armée invisible de secrétaires fantômes leur avait prêté main-forte, à l’insu du bon sens. Bien qu’ils soient ce qu’on pense, dans cet  air perdu,  ils ont dit vouloir  le pouvoir : nous sommes donas l’irréalité la plus totale, 2025 est devenue un casting en folie.

Les agents d’Elecam, d’ordinaire stoïques, en ont perdu leur latin administratif. Ils avaient l’air de charbonniers à qui on aurait annoncé, d’un coup sec, un divorce et une inspection fiscale. Bouche bée, yeux écarquillés, mains tremblantes sur les tampons officiels.  Élection ou émission de téléréalité ?  Le Cameroun recherche un  nouveau président désespérément. L’un des candidats, visiblement pressé de partir  ou d’aller se rincer le gosier,  exhalait une senteur houblonnée si intense qu’elle aurait pu faire tomber un membre du bureau. Un autre portait un costume à mi-chemin entre un aventurier du désert   en crise de route  et l’uniforme du dernier survivant d’un western oublié. Assis côte à côte, dans une atmosphère d’enterrement de première classe, ils attendaient sagement leur tour.

Déguenillés, hirsutes, comme des prophètes sans public, ils semblaient à la fois convaincus de leur destin et totalement étrangers à la réalité. Et pourtant, ils étaient là. Bien présents. Déposant leur candidature, comme on jouerait sa dernière carte au casino du destin. Le peuple, lui, regarde et se demande : est-ce un spectacle ? Un miracle ? Ou simplement la politique dans toute sa… splendeur tropicale ? Pour ma part la réponse est simple. C’est la République en mode théâtre : casting présidentiel, saison tragico-comique ». Si les noms de ces aspirants à l’Olympe républicain restent encore cachés dans les couloirs mystérieux d’Elecam, une chose est déjà sûre : cette cuvée 2025 sera d’un millésime délirant. Le Cameroun, fidèle à sa capacité légendaire de transformer la tragédie en comédie, semble avoir puisé dans ses recoins les plus improbables pour choisir ses champions. Des candidats à l’image du pays,  burlesques, hirsutes, pantouflards, mais pleins de… confiance.

Mais la question qui hante les esprits n’est pas tant « qui sont-ils ? » que « qui les finance ? »

Car, il faut le dire : 30 millions de francs CFA, ce n’est pas le genre de somme qu’on trouve sous un matelas ou dans une boîte de sardines vide. On parle bien de la caution présidentielle. Une somme que certains déposent avec le sourire du joueur de loto persuadé que le destin lui doit un tour de magie. Et pourtant, les voilà, venus fièrement déposer leur dossier, jambe croisée, regard de chef d’État, comme s’ils sortaient tout droit d’un séminaire de stratégie géopolitique. Avec des aplombs quelquefois  admirable. On dirait même que c’est eux qui vont prêter de l’argent à l’État.

Mais d’où vient vraiment  cette soudaine folie ?

Est-ce la chaleur ? Le prix du pain ? Ou une hallucination collective provoquée par les réseaux sociaux et les groupes WhatsApp où chacun se sent président entre deux stickers malicieux ? Certains murmurent que des mécènes de l’ombre, avides de distraction ou de confusion, arrosent ces vaillants gladiateurs du ridicule. D’autres soupçonnent des tontines obscures, prêtes à financer le rêve présidentiel d’un cousin un peu trop sûr de lui. En attendant, le peuple regarde, mi-amusé, mi-hagard. Car pendant qu’on pleure la galère, il y en a qui jettent 30 millions dans le vide, comme on arroserait du sable. Et puis, après l’échec, viendront les pleurs, les appels au secours, les discours sur la trahison des élites, les directs Facebook la larme à l’œil. Ce n’est plus une élection, c’est une comédie nationale, un théâtre de l’absurde avec pour scène les bureaux d’Elecam et pour rideau final… un bulletin de vote.

Loading

Tendances

A Lire aussi