Mag-Afriksurseine-Mars-2024

FECAFOOT-MINISTERE : LE FOND DE LA PENSEE DE LA LETTRE DU MINISTRE AU PRESIDENT SAMUEL ETO’O

 

Dans un climat déjà tendu autour de la gouvernance du sport camerounais, la récente correspondance du ministre des Sports adressée à la Fecafoot s’impose comme un document politique d’une rare densité. Sous la forme apparemment banale d’une lettre administrative, c’est en réalité un texte chargé d’enjeux, où chaque formulation, chaque nuance lexicale traduit un désaccord procédural ;  il s’agit d’une bataille d’autorité, de légitimité et de contrôle. En décortiquant la structure, le ton et les choix discursifs du ministre, on découvre une écriture qui dépasse la technique bureaucratique pour révéler une volonté ferme de réaffirmer la primauté de l’État et de replacer la Fecafoot dans l’orbite de la Tutelle.  j’ai lu  pour vous cette lettre je me  propose de vous  déplier les tensions implicites, et  les sous-entendus littéraire qui confèrent à cette lettre sa portée singulière. La lettre a adopté  une organisation rigoureuse, caractéristique du style administratif camerounais, où chaque phrase semble pesée pour rappeler la verticalité du pouvoir. Sous une apparente neutralité, le ministre des Sports déploie une parole ferme, destinée à réaffirmer que l’État demeure le gardien ultime de l’ordre sportif. Dès les premières lignes, la solennité du ton ressuscite la rhétorique institutionnelle qui installe un rapport hiérarchique clair.

 

La structure chronologique, rappel des faits, annonce du refus, justification, mise en garde puis injonction qui  donne au texte la cadence d’un verdict. Les faits initiaux, la saisine du 12 novembre, conduisent au refus motivé par des « irrégularités » et une « défiance » attribuées à la Fecafoot, avant d’aboutir à la mention des risques de troubles à l’ordre public et à la demande de correction du processus électoral. Cette construction méthodique confère à la lettre une dimension quasi-juridique. Au-delà de la forme, l’intention du ministre se lit à travers trois axes : dé-légitimer le processus électoral conduit par la Fecafoot, réaffirmer l’autorité de l’État et assigner à la Tutelle un rôle incontestable. Les termes « irrégularités », « défiance », « processus frauduleux », « abondamment décriées » tissent un tableau sombre, où chaque mot ajoute une ombre à l’image de la fédération. L’usage répétitif du pronom « vous » agit comme un doigt accusateur, transformant la lettre en un face-à-face institutionnel où la Fecafoot apparaît comme une entité turbulente et récalcitrante. La majuscule à « Tutelle » renforce cette verticalité. Quant à l’expression « en vertu de mes prérogatives de garant de l’ordre public sportif », elle inscrit l’intervention ministérielle dans la légitimité d’une fonction supérieure, à l’abri de toute contestation personnelle. Lorsque le ministre écrit : « Je suis au regret de vous annoncer… », le ton feint le ménagement, mais prépare un refus ferme que soulignent des expressions chargées de connotations négatives? « contradiction flagrante », « irrégularités frauduleuses », « tensions, conflits, divisions », « vecteurs potentiels de troubles à l’ordre public ». Viennent ensuite des accumulations prescriptives propres au langage administratif? « mesures correctives, utiles et appropriées, promptes et adéquates », « processus électoral crédible, régulier, transparent et ouvert ».

 

La répétition insistante du « Vous » place le président de la Fecafoot dans une posture d’admonestation, tandis que le ministre, en rappelant ses prérogatives, s’autolégitime par les lois, règlements et dispositions statutaires. Le cœur du message apparaît dans la manière dont la lettre articule autorité et alarme. En évoquant des « vecteurs potentiels de troubles à l’ordre public », le ministre élève le débat au-delà du simple manquement administratif ; il inscrit son intervention dans la logique de la stabilité nationale. La lettre prend alors un ton d’avant-coureur, comme si le refus d’envoyer des représentants n’était que la première pierre d’un dispositif visant à prévenir un désordre futur. L’injonction finale, portée par une cascade d’adjectifs, sonne à la fois comme un ultimatum et comme la liturgie administrative d’un processus à réformer ;  transparent, conforme, irréprochable. Il apparaît clairement que la lettre du ministre dépasse  redéfinit  les rapports de force entre l’État et la Fecafoot. Par sa structure méthodique, ses rappels constants à l’ordre, à la loi et à la verticalité institutionnelle, le ministre impose un récit où l’autorité publique. Sa lettre conjugue fermeté, cette lettre s’inscrit déjà comme un jalon dans l’histoire mouvementée de ces deux institutions.  Il va sans dire que cette entreprise pourrait être de courte durée ; l’arrivée d’un nouveau gouvernement qui ne reconduirait pas le ministre Mouellé à son poste suffirait à briser son élan et à réduire à néant ses ambitions. Chacun peut constater la débâcle dans laquelle s’enlise le sport camerounais, et l’isolement d’un ministre forcé d’affronter seul les ténors du football national, lesquels se rangent- à tort- du côté de la Fecafoot. Triste spectacle.

 

La Fédération, quant à elle, agit comme si elle bénéficiait d’un soutien puissant, ce qui l’encourage à outrepasser les directives ministérielles. Son président jouit d’un prestige immense dans le pays ;  sa popularité, son amour affiché pour le sport et sa volonté de réforme ne font aucun doute. Pourtant, ses actions peinent encore à porter leurs fruits, et sa manière de s’y prendre laisse à désirer. Le jour de la prestation de serment, le chef de l’État lui a accordé quelques secondes d’attention, privilège que le ministre n’a pas reçu. Mais en politique, il faut se méfier : lorsqu’un homme d’une telle envergure t’embrasse ou t’adresse un sourire, rien ne dit que ce n’est pas pour mieux te mordre. Et, plus que tout, la politique est un art du silence. En tout cas l’un comme l’autre sert le Cameroun à sa façon. Pour finir revenons à notre lettre… Elle apparaît comme un acte de souveraineté. Chaque phrase, ciselée pour résonner avec gravité, affirme que l’État ne peut cautionner un processus qu’il estime vicié et qu’il se dressera en rempart contre toute dérive. C’est une écriture d’autorité, mais aussi de mise en garde, presque une fable politique où la Fecafoot est rappelée à l’ordre, tandis que le ministre s’érige en garant vigilant du bon déroulement de la vie sportive nationale. Ce qu’on observe, est le fait qu’il  semble déterminé à régler ses comptes avant son départ éventuel. Résolu, il sait que la Fecafoot a gravement entravé son action, mais il peut compter sur le soutien de certains de ses pairs ainsi que d’intellectuels. Monsieur Mouelle Kombi demeure un homme d’État éminent, un professeur respecté ; les Narcisse ont l’esprits durs,  les narcisses ne  cèdent pas aisément. Il ne renoncera jamais.

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