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Par le Dr Mvogo

L’atmosphère assez tendue à la veille des prochaines élections au Cameroun tel qu’observé, impose tout chercheur à militer en faveur de leur succès,  en aidant les candidats et les partis politiques en compétition à mieux se préparer à toute éventualité, mais surtout à demeurer dans une posture de paix et de stabilité des institutions. Ce sont des valeurs chèrement acquises tout au long de l’histoire de notre pays. Ce contexte marqué par des positions aussi controversées que surprenantes, venant des leaders politiques et d’éminents scientifiques, puristes du droit et défenseurs de la démocratie endogène à travers  amphithéâtres et autres plateformes de sagacité, ne doit pas faire l’objet de découragement.

Incapables d’appeler à une sortie de d’impasse par un militantisme plus conscient des intérêts supérieurs de la nation, l’attentisme et le militantisme d’hypocrisie actuels de certains caciques de ces partis politiques, laisse tout simplement interrogateur. Pourtant, il ne fait aucun doute que l’alternance et le changement en dehors de l’objectif légitime de conquérir le pouvoir sont toujours les principes de base notre  démocratie. Aussi, le conservatisme et une « trop grande écoute » de la volonté d’un peuple dont l’objectivité n’est plus une garantie de crédibilité, deviennent  aussitôt des freins pour sa consolidation et éventuellement, une faible assurance quant au développement.

Si le pays l’a accepté comme principe de base d’émulation et de compétence, l’attentisme et l’immobilisme politique qui ont pris le pas sur l’intérêt général, deviennent des facteurs nocifs à cette démocratie  pourtant en consolidation, d’où la problématique de l’avancement en contexte défavorable que le présent article entend résoudre. À défaut d’interpréter cette impression que l’homme du Renouveau est  « irremplaçable » et surtout n’aurait  pas aussi droit à un repos bien mérité comme l’aurait pensé son  prédécesseur en 1982, au point qu’il faille l’épuiser jusqu’à la dernière goutte de sueur et de sang, cette posture ne serait-elle pas une des résultantes d’une certaine politique de neutralisation due à  la longévité aux affaires ?

– L’impasse dans laquelle se trouvent actuellement nos formations politiques, et le parti de la flamme en particulier à la veille des prochaines élections aux motifs sus-évoqués, ne serait-elle pas aussi liée à la non-prise en compte à juste titre, de l’apport du leadership politique jeune en leur sein ?

– Ces partis ne seraient-ils pas victimes de leurs propres stratégies et pratiques électorales défavorables à l’épanouissement et à l’amélioration des conditions de vie de leurs jeunes militants du fait des activités politiques menées ?   I- Nécessité d’une réappropriation  du concept de leadership politique jeune.

Dès lors qu’on ne peut  plus se sentir obligés de voir la nécessité de passer la main, à cause de tant de grâces de bonheur, d’opulence et de puissance reçues, certes temporels, jusqu’au pouvoir traditionnel, le  respect des principes démocratiques sus-évoqués ou des textes de base particulièrement restrictifs dans la durée, ne peuvent non  plus être suffisants pour éviter une attitude de promotion des valeurs de celle-ci. Il y a nécessité de préserver la paix et la stabilité autour de ces prochaines élections. En percevant cela  comme d’importants  enjeux et défis à relever, lever le petit doigt pour appeler au changement par un leadership politique jeune, loin de l’attentisme et de l’auto-neutralisation, devient un acte citoyen. D’après les théories des sciences politiques et l’histoire, les peuples d’Afrique subsaharienne, ont obtenu leurs indépendances de haute lutte, pour la grande majorité au prix du sang de milliers de jeunes généralement constitués  en  figures de proue ou en « chairs à canon ». En réalité, les principaux acteurs n’étaient pas au départ que des militants de partis politiques.

La Synthèse conclusive du rapport du volet « recherche » de la « Commission mémoire » constituée par d’éminents chercheurs Français et Camerounais, montre à suffisance  que le leadership politique jeune n’est pas nouveau au Cameroun.  ; sur le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 à 1971, rendu public respectivement en France et au Cameroun.  En effet, le dynamisme politique au Cameroun prend un nouvel envol « dès 1944, que ce soit par le biais de la création de syndicats, d’associations ou de mouvements qui réclament désormais l’indépendance et la réunification avec la partie sous tutelle britannique »

( Cf. Synthèse conclusive du rapport du volet « recherche » de la Commission mixte Franco-Camerounaise d’éminents chercheurs des deux pays, sur le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 à 1971, www.prc.cm, Yaoundé,  28 janvier  2025). Outre « des hommes et des femmes qui ont favorisé cette émancipation politique, des syndicalistes en poste au Cameroun, proches des futures membres de l’Union des populations du Cameroun (UPC) créée en 1948, de l’Union démocratique des femmes camerounaises (Udefec) créée en 1952 et de la Jeunesse démocratique du Cameroun (JDC) créée en 1954, les luttes politiques d’émancipation ont vu l’apport considérable des femmes. Si certaines formations politiques actuelles au Cameroun, sont en grande majorité constituées de femmes, avec la même ferveur et  sincérité d’entant, un  nouveau leadership politique jeune aurait déjà été pressenti.

Cette démocratie en consolidation, auraient pu normalement s’inspirer des legs et traces des années 1940 à 1950, à l’instar de  ces  « Camerounaises qui se sont emparées des idées nationalistes, guidées par les principaux dirigeants upécistes comme Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié, Abel Kingué et Ernest Ouandié, tel que le révèlent  de nombreuses historiennes dans les régions moins connues du Mbam, du nord ou de Kribi » (Ibid).  Ainsi, le leadership politique jeune, fondé sur un militantisme d’éveil, est un état d’être de militant tourné essentiellement vers la satisfaction et le bien-être de tous les militants et non l’auto-satisfaction sur le dos du parti et des militants.  C’est également un engagement de fond et de détermination qui permet d’assurer  une meilleure transmission des bonnes pratiques démocratiques et électorales par le truchement des anciens, loin d’un esprit de conservatisme et d’attentisme. Par ce type de leadership, il s’agit d’amener sans compromission, ces jeunes à mieux faire face aux nouveaux défis de développement qui du reste, sont tributaires de la qualité du militantisme auquel ils sont engagés jusque-là.

Biléou Sakpane-Gbati a regretté le fait qu’en matière de démocratie, « les États africains ont eu la réputation d’être de mauvais élèves » (Biléou Sakpane-Gbati., La démocratie à l’africaine, Paris, Revue internationale d’éthique sociale et gouvernementale, Vol. 13, n° 2, 2011, pp. 1-2. https : //journals. Openedition.org/ethiquepublique/679, consulté le 23 août 2024).

Seul un environnement favorable à l’émergence d’un nouveau leadership jeune pourrait leur permettre de tirer profit de leur investissement en politique. Au-delà de contribuer au renforcement du vivre ensemble ce leadership  politique jeune  permettrait aussi de corriger de nombreux   manquements des actions de certaines élites politiques depuis leurs différentes localités ou circonscriptions électorales. Au demeurant, les pays comme le Sénégal, le Ghana, le Nigéria, le Zimbabwé, le Kenya et l’Afrique du Sud qui font déjà un si grand honneur à l’Afrique avec leur  militantisme d’éveil, peuvent aujourd’hui aider le Cameroun à garantir le succès  des prochaines élections. En mettant davantage notre jeunesse militante au cœur de l’action politique, une bonne relève est assurée et notre démocratie a plus de chance d’entrer dans l’histoire, au même  titre que les pays sus-cités. Mais comment aider concrètement à comprendre à juste titre les enjeux et les défis de la  préservation de la paix et la stabilité et garantir le succès de ces élections à travers un leadership politique jeune malgré le contexte trouble sus-évoqués ?

II- Démarche d’une prise en compte efficiente du leadership politique jeune. Cette démarche obéit à trois étapes.

Premièrement, bien appréhender et capitaliser le contexte socio-politique délétère à la veille de ces élections.  En effet, diverses analyses montrent une influence certaine du climat socio-politique sur les prochaines élections au Cameroun. Mais, des indices peu alarmants  attestent aussi de la possibilité  d’un appel à  plus d’attention sur des situations susceptibles  de troubler le bon déroulement des différentes étapes du processus de ces élections. Le  responsable chargé de la Communication du parti majoritaire au pouvoir, le Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement Supérieur Jacques Fame Ndongo, a largement justifié la non-objection de la candidature du candidat naturel du parti majoritaire au pouvoir, notamment le RDPC. En dépit de la sérénité requise en pareille circonstance, des faits non négligeables  font état d’un climat quelque peu trouble.

Après plus d’une quarantaine de magistère avec les mêmes acteurs aux affaires ou plus ou moins leur descendance, la concurrence et la compétition pré-électorale, l’on comprend bien les autres appels au changement. Cette équation passe par la nécessité d’un nouveau leadership politique jeune, ce d’autant que des  actes répréhensibles ont de temps en temps mis à l’épreuve, la loyauté et la  fidélité aux institutions dans certaines parties du territoire. En dehors de la question sécuritaire au NOSO et BOKO HARAM à l’Extrême-Nord du pays, de Sangmélima au Sud à Foumban à l’Ouest en passant par Ngomedzap dans le Centre, des accrochages entre communautés n’ont de cesse été signalés. L’ont n’oublie cependant pas le phénomène des « microbes » qui n’est pas encore totalement maîtrisé à la veille des élections, obligent une tenue en alerte permanente de nos forces de défense et de sécurité pour le maintien de l’ordre.

En  y associant les récentes inondations de Yagoua à l’Extrême-Nord et leurs nombreux dégâts causés sans oublier les pertes en vies humaines, sommes-nous suffisamment imprégnés de l’état d’esprit des militants victimes ?  Au cours de ses précédents mandats, le Président Paul BIYA n’a cessé de montrer à ses compatriotes, la nécessité de considérer la diversité culturelle, sociologique et anthropologique  comme un grand atout pour le développement  du Cameroun. N’eut été cette persistance, nous aurions éventuellement été entrainé dans un chaos regrettable et difficilement remédiable, d’après des observateurs. Par  ailleurs, des grands hommes d’Église ont fait une sortie historique dont les effets  ne seraient pas sans influence  sur ces élections. Pourquoi ce réveil subite après tant d’années de démocratie et victoires célébrées avec faste et admiration ?

La  longévité d’un même parti au pouvoir ne serait-elle plus subitement une volonté de Dieu ? À travers une  lettre devenue virale dans les réseaux sociaux, ces Archevêques et Evêques du Cameroun, au terme de leur 48ème conclave annuel tenu à Buéa du 4 au 11 janvier 2025, ont dressé une situation catastrophique du pays et ont lancé un cri de désespoir qui n’est pas passé inaperçu dans les mentalités collectives. En dehors du Président Paul BIYA qui, à maintes reprises dans ses discours tout au long de son magistère de 43 ans, a décrié l’inertie de l’Etat, l’ancien ministre d’Etat, Ministre de l’Administration Territoriale Marafa Hamidou Yaya  avait déjà  souligné la  nécessité de la poursuite sans répit de la lutte contre ce fléau, afin de mieux « préparer le Cameroun aux défis de l’avenir. Si nous avons obtenu des succès, nous avons aussi essuyé des échecs»

(M. H. Yaya., Le choix de l’action, Mes dix ans au MINAT, Yaoundé, Les Editions du Schabel, 2014, pp. 12-13). Dans le même ouvrage, il n’a pas hésité à reconnaître les limites du régime dans le cadre de « l’encadrement des partis politiques,  à prévenir efficacement les incendies permanents dans les marchés, à faire face à cet accroissement démographique qui, hors  flux migratoires » (Ibid), ne cesse de s’accentuer, ainsi qu’aux « menaces sécuritaires qui pèsent sur notre pays» (Ibid). « Si certaines  réformes n’ont pas abouti [au MINAT], c’est en raison de l’inertie de l’appareil d’Etat ou de la résistance d’intérêts particuliers, non de l’insolubilité des problèmes » (Ibid), a-t-il conclu.

Deuxièmement, mettre un terme au  traitement controversé des  jeunes militants au sein de ces formations politiques. En dehors des  codes et systèmes électoraux estimés peu favorables à l’émergence politique des jeunes, les disproportions matérielles, financières et matérielles entre ces jeunes militants dont la plupart sont des protégés des militants plus expérimentés et plus nantis sont encore décriés. Ces derniers ont souvent été indexés comme des tombeurs et des bâtisseurs des carrières politico-administratives de certains jeunes dont ils seraient les seuls à en détenir les critères d’excellence ou de médiocrité. Face un tel sommier politique, il est difficile que le militantisme jeune puisse se distinguer comme dans les vieilles démocraties occidentales et d’Amérique du Nord  ou Centrale.

À l’approche des élections tout comme après celles-ci, le schéma est presque le même dans toutes les circonscriptions électorales et localités. Une fois au sommet, beaucoup de ces élites gouvernantes et représentatives n’hésitent pas à tourner le dos à leurs jeunes électeurs d’hier. À cause  du non-respect du contrat électoral et des engagements  pris, l’opinion militante jeune a souvent parlé  de « duperie » ou « mensonge » électoral, d’où la nécessité d’un nouveau leadership jeune qui, seul est capable de susciter des  récompenses d’un traitement à  la hauteur de leurs attentes. Le traitement subjectif des jeunes militants est également renforcé  l’apport dubitatif de l’élite intellectuelle  pourtant vivement attendu pour impulser un changement dans les mentalités de ces jeunes. Si Jean-Claude Djereké, magistrat hors échelle a fait le constat selon lequel « tout diplômé n’est pas un intellectuel » (Cf. Intégration, hebdomadaire national, n°598, 11 mars 2024, p.11), le déploiement fort intéressé d’une catégorie de ces intellectuels en politique au Cameroun, laisse encore à désirer. Pour ce faire, il faut enfin s’assurer que ce leadership politique jeune contribue effectivement à la préservation de la paix et la stabilité autour de ces élections.

 III- Opérationnalisation des stratégies de contribution du leadership politique  jeune à la       préservation de la  paix et la  stabilité au tour des prochaines élections

Dans l’imaginaire populaire, cumuler  3 à 4 mandats législatifs ou de municipalité, correspondraient à 3 à 4 générations de jeunes sacrifiés dans les postures d’attente inespérée d’une démission ou renoncement d’un éventuel imperturbable conservateur. De cette manière, il est difficile de voir le leadership politique jeune contribuer à la préservation de la paix et la stabilité dans notre pays autour des prochaines élections. À défaut de renforcer des frustrations, l’absence d’ouverture et de partage de la scène politique aux jeunes militants qui, pour la plupart sont ceux qui se sont faits leur propre destins au prix de nombreux sacrifices, constitue ainsi un véritable frein à l’émergence de ce leadership. Ainsi, pour garantir une préservation de la paix et la stabilité dans notre pays autour des prochaines élections, grâce à une contribution véritable du leadership politique jeune, trois conditions essentielles doivent être remplies. D’abord, remédier au déséquilibre des forces en présence.

Ce qui permettrait de vaincre les plus anciens candidats et plus nantis  du fait de l’arme financière utilisée. Il faut revoir le  Code ou le système électoral en vigueur. Les innovations consisteraient par exemple à fixer le taux des soutiens aux candidats non sur une base proportionnelle, mais sur une base de répartition euclidienne équitable. Ensuite,  examiner attentivement les programmes politiques et projets de société qui reflètent ou traduisent les aspirations de ces jeunes candidats et les capitaliser tout en ayant l’honnêteté de reconnaître leur mérite.

Puis, réduire autant que possible, les sources d’enrichissement de ces hauts commis de l’État pendant qu’ils sont encore en fonction, notamment, le cumul des avantages dus à « l’article 2 » des actes de nomination et de distinctions, et aider cette jeunesse dans la conceptualisation  des modèles et attitudes de victoire dans  un esprit patriotique et de fair-play. Enfin, susciter une nouvelle approche dans le casting des élus locaux à travers une normalisation des critères de compétences et d’aptitudes en termes de savoir,  savoir-être et de savoir-faire.

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