Mag-Afriksurseine-Mars-2024

ELECTION A LA FECAFOOT : NAUFRAGE SILENCIEUX DU FOOTBALL CAMEROUNAIS

 

Ce samedi, les élections à la FECAFOOT ont laissé dans l’air un parfum amer, comme une porte ouverte à coups d’épaule par des forces invisibles. Pour beaucoup de connaisseurs du football camerounais, le diagnostic est sans appel : notre football navigue en pleine tempête. On le compare à un bateau perdu dans l’immensité de la mer, ou à un avion balloté dans une zone de turbulence, incapable de retrouver son cap. Et pourtant, certains affirment qu’un gourou aux commandes suffirait à redresser la trajectoire. Illusion ou naïveté ? L’histoire du Cameroun mérite mieux que ces récits rassurants posés sur une réalité fragile. Dans les décennies passées, le Cameroun a dominé l’Afrique et émerveillé le monde. Les Lions Indomptables  étaient une fierté nationale, un symbole d’audace, de bravoure et de dépassement. Mais depuis que certaines structures ont pris forme et que certaines logiques ont façonné leurs murs, notre football semble ne plus connaître que la lente érosion. Cette déchéance n’est pas un accident ; elle s’est insinuée dans les habitudes, dans les décisions, dans les mentalités. Aujourd’hui, nous traversons une impasse dirigée par des hommes et des femmes dont la rigidité, loin d’être une force, empêche tout renouveau. Les débats autour de la réélection de Samuel Eto’o Fils ont exacerbé les inquiétudes.

Pour certains observateurs, cette reconduction annonce une catastrophe imminente ; non pas uniquement à cause de l’homme – car nul ne nie ses exploits comme joueur – mais parce que son aura, sa personnalité centrale, sa manière de capter toute la lumière, semblent incompatible avec la construction collective qu’exige une fédération. Capitaine, il a régné sur l’équipe avec un éclat qui a parfois éclipsé le collectif ; président, il continue d’occuper tout l’espace. Le Cameroun, au lieu de se redresser, semble s’enfoncer davantage. Non pas parce qu’il gère mal, mais parce que cette structure, dans son fonctionnement actuel, ne trouve pas en lui l’alchimie nécessaire. À cette inquiétude s’ajoute une impression de désordre persistant ; procédures contestées, atmosphère tendue, décisions fragilisées, institutions bousculées. Beaucoup redoutent que ce nouveau mandat n’apporte ni stabilité, ni rénovation, mais une prolongation de ce qui existe déjà – un chaos organisé qui paralyse au lieu d’élever. Les élections de la FECAFOOT ont également mis en lumière une triste évidence : au Cameroun, un ministre peut être réduit à l’impuissance, et la loi elle-même semble parfois n’être qu’une décoration dans les textes. Les rencontres annoncées avec éclat, même celles supposées organisées sous le patronage du Premier ministre, n’ont finalement pas eu lieu.

 

Cela révèle une force obscure, plus puissante que les institutions, un pouvoir capable d’annuler l’ordre protocolaire sans explication. Cette scène aurait dû susciter un sursaut, mais elle nous laisse plutôt face à un constat amer ; ici, ce n’est pas ce qui est beau qu’on défend, mais ce qui est laid qu’on encourage. Un mandat n’est pas une promesse, il est une feuille de route concrète. On ne dirige pas une fédération à l’aura, ni à la mémoire des exploits. On dirige avec un projet, avec des actes, avec des preuves. Ainsi, une question demeure, froide, précise, incontournable : quels sont les résultats obtenus au regard des missions que la présidence s’était elle-même imposées ? La critique ne vise pas l’homme, ni le joueur exceptionnel qu’il a été. Elle vise le dirigeant, le gestionnaire, l’architecte d’un système qui devait renaître mais qui peine à respirer. Peut-être que, finalement, ce mandat aura au moins servi à nous réveiller. Le Cameroun a compris que sa vie ne dépend pas du football, et que ses exploits passés ne remplissent pas la marmite, n’apaisent pas la vie chère, n’adoucissent pas le quotidien rude des Camerounais. On a longtemps bercé ce peuple en lui offrant des victoires comme des pansements. Aujourd’hui, même ce refuge s’érode. Et le pays, dans un silence parfois cruel, semble accepter l’inacceptable, comme s’il accueillait le mauvais à bras ouverts. Le Cameroun est un esprit ancien, un esprit qui observe et qui juge. Il nous a donné Samuel ; laissons-le suivre son chemin. Et attendons. Parfois, il ne reste rien d’autre à faire que de regarder la folie courir jusqu’à son propre épuisement.

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