Mag-Afriksurseine-Mars-2024

ETO’O FILS RECONDUIT : LA TOURMENTE CONTINUE SELON CFOOT

 

Malgré les tensions, malgré les contestations, malgré les signaux d’alarme qui s’étaient multipliés depuis des mois, Samuel Eto’o Fils a été réélu à la tête de la FECAFOOT. Le verdict est tombé comme un tonnerre dans un ciel déjà chargé, sans véritable surprise pour certains, mais avec une profonde amertume pour d’autres. Car si l’homme a été reconduit, le malaise, lui, n’a pas disparu. Le Cameroun se retrouve aujourd’hui avec la même figure à la barre d’un navire qui prend l’eau depuis longtemps, et la question qui brûle toutes les lèvres demeure la même : que va-t-il réellement changer ? L’Assemblée Générale qui devait incarner un moment de maturité démocratique s’est transformée en un épisode supplémentaire d’une saga où tensions, menaces voilées et crispations se mêlent. Dans les coulisses, on se souvient de cette atmosphère lourde, presque dangereuse, où chaque présence envoyait un signal, et où l’ingérence supposée du ministère de tutelle pouvait mettre l’ensemble du dispositif en péril. La FECAFOOT, dans ce théâtre d’influences, semblait plus forte que l’État lui-même, révélant un déséquilibre qui interroge sur la solidité de nos institutions.

 

La mobilisation orchestrée autour de cette réélection a, elle aussi, laissé perplexe. Des pancartes flambant neuves, des soutiens parfaitement synchronisés, des démonstrations publiques impeccablement préparées : autant d’éléments inhabituels dans un pays où les manifestations citoyennes peinent souvent à s’organiser faute de moyens. Cette effervescence soigneusement huilée a fait naître plus de soupçons que d’enthousiasme. Les Camerounais ont l’habitude des mobilisations spontanées, maladroites, sincères. Cette fois, tout semblait sorti d’un studio graphique. Et l’on peine à croire qu’un tel déploiement se fasse sans stratégies invisibles ni financements lourds. Au-delà de la scène politique, le fond du problème demeure : quatre ans sont passés, et le football camerounais n’a pas retrouvé le lustre qu’on lui promettait. Le mandat précédent, marqué par des querelles internes, des exclusions massives, des tensions juridiques, a laissé un paysage fracturé. Les acteurs du football – dirigeants, techniciens, arbitres, joueurs, anciens internationaux – ne parlent plus d’unité mais de divisions profondes. Le rêve d’un renouveau porté par un ancien capitaine légendaire s’est transformé en un labyrinthe de conflits et de crises que même une réélection n’efface pas. Et aujourd’hui, cette reconduction apparaît davantage comme la prolongation d’une période trouble que comme l’ouverture d’une nouvelle ère. Les résultats sportifs, eux non plus, ne plaident pas pour une continuité en confiance. Les performances irrégulières, le manque de vision claire pour les championnats locaux, l’absence d’une politique structurée pour la formation, tout cela demeure. L’administration fédérale, qui aurait dû devenir un modèle, reste perçue comme une arène où la centralisation du pouvoir prime sur le dialogue. Le Cameroun n’a pas retrouvé sa stabilité footballistique. Et la réélection d’Eto’o, loin de rassurer, semble au contraire installer le sentiment d’une crise durable.

 

La question fondamentale n’est donc pas de savoir si Samuel Eto’o est aimé. Il l’est, et il le sera toujours pour son parcours exceptionnel, pour ses exploits qui ont fait vibrer tout un pays. La question est plutôt celle-ci : son leadership, tel qu’il s’exerce aujourd’hui, est-il capable de guérir les fractures du football camerounais ? La réponse, pour beaucoup d’acteurs du milieu, est désormais non. Car on ne bâtit pas une fédération sur la peur, la confrontation ou l’omniprésence d’un seul homme, aussi talentueux soit-il. On bâtit sur la confiance, la concertation, la transparence, la vision. Et c’est là que réside la véritable inquiétude. En se maintenant à la tête de la FECAFOOT malgré les turbulences, Eto’o prend le risque de faire vaciller un peu plus ce qui devait être son héritage de dirigeant. Le joueur restera à jamais dans la légende. Mais le président pourrait bien, malgré lui, devenir le symbole d’une période où le football camerounais aura perdu son cap. Le Cameroun n’a plus besoin de divisions, mais d’union. Il n’a plus besoin de stratégies opaques, mais de clarté. Il n’a plus besoin de personnalisation excessive, mais d’un pilotage collectif. La réélection d’Eto’o n’a pas résolu ces urgences. Elle les a, au contraire, rendues plus visibles encore. Et tant que la fédération continuera d’avancer avec les mêmes méthodes et les mêmes querelles, rien ne changera, même avec un nouveau mandat. Le pays reste dans l’œil du cyclone. Le football, jadis fierté nationale, demeure prisonnier d’un système où la loyauté envers des cercles restreints prime sur l’intérêt général. Et tant que cette logique perdurera, les Camerounais continueront de regarder leur sport roi s’enfoncer dans une crise qui n’a plus rien d’une surprise, mais tout d’un engrenage. Le Cameroun mérite mieux. Le football camerounais mérite mieux. Et la réélection d’Eto’o, loin d’apporter une éclaircie, rappelle brutalement que le problème n’était pas le mandat qui s’achevait, mais la gouvernance qui se poursuit.

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