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Le 18 juin demeure une date emblématique de l’histoire française. Elle évoque l’appel du général de Gaulle, cet appel lancé depuis Londres, lorsqu’il affirmait avec gravité : « La France a un vaste empire. » Ce territoire auquel il faisait référence, c’était avant tout l’Afrique. C’est sur ce continent que furent recrutés les premiers tirailleurs, ceux qui marcheraient jusqu’à Strasbourg pour libérer la France occupée. Et pourtant, en ce même jour de mémoire nationale, c’est précisément cette date symbolique qu’a choisie Bruno Retailleau ministre de l’intérieur pour lancer une vaste opération visant à expulser des sans-papiers. Un paradoxe glaçant. Tandis que la République célèbre ses libérateurs d’hier, elle traque, aujourd’hui, les descendants de ces mêmes combattants. Beaucoup de sans-papiers, mal informés, sont restés chez eux. D’autres ont été arrêtés brutalement, sans avoir eu le temps de comprendre ce qui se tramait. Ceux qui travaillent sur les chantiers, habitués à sortir à l’aube pour gagner leur pain, seront très certainement suspendus de leurs postes : une absence injustifiée ici peut coûter un emploi. Et lorsqu’un sans-papiers rate deux journées de travail, c’est souvent la fin. En France, survivre sans réseau de soutien est une gageure. L’isolement est total. Non seulement l’État vous ignore, mais vos proches eux-mêmes deviennent parfois les relais d’une cruauté silencieuse. Cette mesure, de toute évidence, cible en particulier les Africains.

 

Dans certaines gares, les contrôles se faisaient au faciès, provoquant la colère des Antillais, régulièrement confondus avec leurs cousins du continent. Cette situation est profondément incohérente. La France est omniprésente en Afrique : elle y exploite les ressources, entrave le développement, détourne les richesses qui pourraient permettre à la jeunesse africaine de rester au pays. Et quand cette jeunesse cherche ailleurs ce que son sol natal ne peut plus lui offrir, on la rejette, on la renvoie, comme une erreur de l’histoire. Personne ne rêve de rester en France pour poser en photo sous la pluie. Retailleau devrait comprendre que les migrants ne viennent pas ici pour le plaisir, mais par nécessité. La diaspora africaine paie aujourd’hui le prix fort. Les peuples des anciennes colonies rejettent de plus en plus l’influence française chez eux, tandis que la France rejette leurs enfants ici. Mais au final, ce sont toujours les plus vulnérables qui souffrent : tout se durcit, à tous les niveaux. J’ai toujours dit que les Africains ne devaient pas si rapidement rompre avec le giron français, car les sans-papiers, malgré leur précarité, participent activement à la survie économique de nombreuses familles restées au pays.

 

Une opération politicienne déguisée en sécurité publique et des rafles modernes au nom d’une campagne

Les élections approchent, et comme toujours, il faut trouver un bouc émissaire. Montrer que l’on déteste les étrangers devient un outil électoral. Pourtant, les sans-papiers sont le cœur discret d’une économie florissante : dans les vendanges, la restauration, le bâtiment… Qui les remplacera une fois expulsés ? Qui acceptera leurs conditions de travail, leurs horaires, leur invisibilité ? Les centres de rétention sont saturés. Les expulsions se font comme la se fait la livraison d’un sac de macabo sorti des plantations.  Retailleau, nouveau visage d’une droite qui flirte dangereusement avec les extrêmes, instrumentalise la détresse humaine à des fins électoralistes. Il orchestre des coups de force médiatiques aux frais du contribuable, alors qu’on ne cesse de nous marteler que les caisses sont vides. Cette stratégie, qui ne règle rien. C’est un écran de fumée, destiné à détourner l’attention des vrais problèmes que la France a avec l’Afrique.  Derrière ces opérations spectaculaires, il n’y a ni courage, ni solution. Seulement le calcul cynique d’un homme qui veut exister politiquement.

Les invisibles, pourtant indispensables

Ceux que l’on pourchasse dans les gares, les bus ou sur les chantiers sont les mêmes qui font tourner la France silencieusement. Ils cuisinent dans les restaurants, nettoient les EHPAD, construisent nos logements, vendangent nos vignes. Ils ne volent le travail de personne. Ils remplissent les vides que la société refuse de voir. La circulaire Retailleau ne propose aucune réponse aux défis réels. Elle s’acharne sur des individus déjà précaires, déjà vulnérables. Elle criminalise la misère, stigmatise les visages, installe un climat de suspicion, sans jamais poser la seule vraie question : pourquoi ces hommes et ces femmes sont-ils là ? Une dette oubliée, un passé refoulé. Ce que la France oublie , ou feint d’oublier,  c’est que ces sans-papiers sont, pour beaucoup, les héritiers d’un lien colonial ancien. S’ils quittent l’Afrique, c’est parce qu’elle a été vidée de ses ressources au profit d’intérêts extérieurs, souvent européens.  on peut prendre pour preuve le récent problème du Congo. S’ils viennent ici, ce n’est ni pour voler, ni pour poser devant la Tour Eiffel, mais pour survivre.  Sous Giscard, on les a fait venir. C’était la main-d’œuvre docile et bon marché. Ils ont bâti Sarcelles, Montreuil, Bobigny, Malesherbes, Grigny centre. Aujourd’hui, on les jette. Mais chaque Français, s’il remonte ses racines, découvrira une part de métissage. Nier cela, c’est se renier.

 

L’économie contre l’idéologie

La réalité est simple : sans les sans-papiers, nombre d’activités essentielles s’effondreraient. Ils sont présents dans les secteurs les plus ingrats, les plus délaissés.  Les chiffres de l’opération orchestrée par Retailleau sont parlants 47 000 depuis janvier  : et ce 18 juin  900 bus contrôlés, 759 interpellations,  Une République en perte d’âme. La France se targue d’être la patrie des droits de l’homme. Mais comment continuer à le prétendre quand on banalise les contrôles au faciès,  À vouloir traquer les plus faibles, on oublie qu’on fragilise toute la société. Une démocratie ne se mesure pas à la manière dont elle traite les puissants, mais à celle dont elle protège les vulnérables. Or, aujourd’hui, la France  semble avoir perdu ce sens de la justice. Elle stigmatise les bras qui la portent, les voix qui l’enrichissent, les visages qui lui rappellent son passé. Les sans-papiers ne sont pas des menaces. Ils sont des travailleurs, des parents, des êtres humains. Leur régularisation ne serait pas un caprice, mais une reconnaissance. Une réponse juste, humaine, réaliste. Cesser de les criminaliser, c’est reconnaître leur place dans une société qu’ils aident, malgré tout, à tenir debout. Il est encore temps d’écouter, de réfléchir, de changer de cap. Car une société qui nie son humanité finit par s’effondrer. Et c’est toute la France, dans son idéal républicain, qui est alors en jeu. l’Afrique est un continent fort, elle se relèvera toujours.

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