PAR DENISE EYOUM NGUENE
A PANTIN CE JOUR LA, AU MALAF !
Samedi 7 juin 2025, me voilà partie pour le marché. Le marché du livre. Pas n’importe lequel… le livre africain. Moi qui, ces derniers temps, m’apprête avec minutie pour rencontrer mes lecteurs, ce jour-là je me suis dit : je vais à Pantin comme on va au marché. Nous serons peut-être en plein air. Autant y aller sans se prendre la tête ni trop au sérieux. J’y allais donc sans grandes attentes, échaudée par mes récentes sorties. Bref, j’arrivai peu après 9h30. Le lieu est assez hermétique mais la dame, Jeanne Louise Djanga, était très accueillante. Après les installations d’usage, je fis le tour des stands. Je découvris des auteurs de qualité, des artisans de qualité, chacun apportant une touche de son cru. La foule se fit attendre. Mais au moins, on se marrait bien entre auteurs. Mais elle déboula progressivement dans la journée, surtout dans l’après-midi.

La météo y fut certainement pour quelque chose car la journée s’avéra grise. Malgré tout, je fis de belles rencontres. Dans cette pépinière d’auteurs, je fus marquée par Christelle Kedi qui milite pour la conservation de la beauté de la femme noire, sans artifices, avec ses trois ouvrages ; le professeur Fwakasumbu Adrien de Afrika Editions, qui milite pour la vulgarisation de l’écriture Mandombe, une écriture née au Congo qui sera probablement l’avenir de l’écriture africaine, et dont la logique et l’histoire m’ont tellement passionnée que j’ai décidé de m’y intéresser ; Véronique Diarra a également été une belle découverte, cette professeure passionnée d’histoire sait mettre en valeur des personnalités fortes de l’histoire africaine à travers des récits dans lesquels on se plonge sans voir le temps passer. Et que dire de Samba Saphir, cette jeune auteure qui plonge dans la tradition avec ses interdits et révèle ce qui ne doit pas l’être, au risque de s’attirer les foudres de ceux qui sont comme elle, des gardiens de nos traditions.

Il y avait aussi Kokoè Koussawo, cette jeune femme qui pousse les femmes à révéler ce qu’elles ont de sacré en elles en exploitant leur multipotentialité pour s’épanouir. J’ai aussi rencontré la charmante Isabelle Ekedi Dicka, cette jeune femme comptable qui écrit par passion des œuvres qui sèment le bonheur. Sans omettre Juliette Datsaa, cette maman courage qui a fait un passage éclair mais dont l’ouvrage aborde les impacts de la séparation sur les enfants. Je ne peux citer tous les auteurs car chacun mériterait une chronique entière. Mais ce qui est certain, tous ceux présents ce jour-là avaient quelque chose à apporter, à partager.

Revenons sur le déroulement de la journée. En milieu d’après-midi, nous vîmes débarquer le professeur Ngangue, Président du Festival Panafricain de Cannes, une personnalité de poids mais d’une simplicité incroyable. Il encourage les auteurs. J’en profite pour lui offrir un de mes livres. Fin d’après-midi, alors que beaucoup d’exposants s’étaient lassés, avaient quitté les lieux sans demander leur reste, on vit débarquer un maître de la parole, le poète Alain Alfred Moutapam. Son envolée d’une durée de 3 minutes était saisissante. Son verbe était tranchant, assuré.

Tout cela mis en valeur par son port altier qui évoque distinction et raffinement. Nous applaudissons. Je ne pus m’empêcher de le féliciter et de dire que mes textes s’apparentent à de la poésie. Ne voilà-t-il pas que Dame Jeanne Louise, saisissant la balle au bond, me demande illico presto de déclamer un de mes textes. Bien entendu, je ne suis pas apprêtée pour la circonstance. Ni pour une prestation car mon attirail est loin d’être élégant. Mais qu’importe ! Un auteur doit être prêt en toutes circonstances. Et voilà qu’à la suite de l’organisatrice, je me lance dans l’arène. Me vient en tête un texte écrit dans une vraie période de crise d’identité, celle durant laquelle je me suis sentie en marge, à l’écart. Un texte qui parle à tous et que je déclame comme une révolte intérieure.

Chaque mot prononcé me replonge dans cette atmosphère où j’avais décidé que plus jamais, je ne laisserais un individu tenter de me faire croire à mon insignifiance. Depuis lors, j’ai grandi, mon estime de moi est plus haute. Mais la rébellion reste là. À la fin de ma prestation, ce sont les acclamations. Et la scène est désormais ouverte à tous les auteurs qui veulent s’exprimer. C’est un bonus auquel je ne m’attendais pas. La fête du livre se termine sur une note gaie, festive, tard dans la soirée. J’en garde un souvenir intense. Moi qui y allais sans grand espoir, j’en reviens comme un chasseur étonné d’avoir attrapé du gibier, avec l’intention d’apporter des changements significatifs à mon œuvre. Comme quoi, les petits bonheurs peuvent provoquer de grands changements ! On my way je suis. Rappelle-toi que tu es seul.e capable de choisir la Voie qui te mènera vers Ta Voix.
