La grande légende Consty Eka… Rien que son nom résonne comme un écho ancien, celui des cours royales où la parole avait le poids de l’or et le regard la noblesse du destin. Il appartient à cette lignée rare d’hommes qui ne se contentent pas d’exister dans leur époque, mais qui la façonnent. Un bâtisseur de lumière. Un passeur d’histoire. A travers lui, l’Afrique a prouvé qu’elle possédait une ressource humaine d’une qualité exceptionnelle, capable de se hisser au concert des nations, que ce soit dans l’animation, la production ou la communication envisagée dans toute son ampleur. Il ne s’est pas contenté de parler devant une caméra. Il a redéfini un art. Il a donné à la parole africaine une prestance, une tenue, une respiration nouvelle. Je me souviens encore des frissons que me procurait son émission All Week News et les Tops stars. C’étaient des rendez-vous avec l’excellence. Un moment suspendu. C’était un régal. Un grand moment de télévision. Bravo, l’artiste. Dans les années 90, alors que l’animation n’avait pas encore atteint l’intensité que nous lui connaissons aujourd’hui, Consty Eka surgit comme une révélation. Il redonne ses lettres de noblesse à un métier encore en quête d’identité.
Il fait découvrir au public camerounais de grandes figures artistiques telles que Koffi Olomidé, Tchala Muana ou Zogo Junior. Il impose un style, une rigueur, une élégance. Une signature. Son rayonnement dépasse rapidement les frontières. Au Gabon, il organise des soirées VIP dont les tarifs, cent mille francs à l’époque, semblent irréels. Et pourtant les salles affichent complet. A guichet fermé. Comme dans les grandes capitales culturelles du monde. Il poursuit son périple en Côte d’Ivoire, revient au Cameroun, relance Canal 2, puis s’impose à nouveau au Gabon. Partout où il passe, il laisse l’empreinte d’un visionnaire. Constantin Ekani, de son vrai nom, est d’abord un Camerounais. Un fils du continent. Mais son aura dépasse les frontières. Fondateur de CEN TV et de la radio Voltage 2, initiateur d’événements d’envergure comme les Africar Music Awards, il s’affirme comme un stratège de la communication. Il interviewe des chefs d’État, dont le président Omar Bongo en 1996 sur TV5, et rencontre des icônes mondiales telles que Michael Jackson. Chaque entretien devient un moment d’histoire. On le surnomme le Roi de la Télévision. L’expression n’a rien d’usurpé. Comme dans les récits anciens où le souverain incarnait la vision et la continuité, Consty Eka a incarné une ambition médiatique africaine décomplexée.
Il a façonné des carrières, accompagné des artistes vers les sommets, introduit Koffi Olomidé sur des scènes mythiques, du Cameroun en 1992 au Zénith et à l’Olympia en 1998, jusqu’à Bercy en 2000, dans une mise en scène spectaculaire où l’artiste semblait descendre du ciel. Ces instants relèvent presque de l’épopée. Son élégance, toujours mesurée, jamais ostentatoire, participe à sa légende. Une sobriété lumineuse. Une présence qui impose le respect sans jamais forcer l’admiration. Il allie la rigueur de l’intellectuel à l’intuition du créateur. Expert en communication politique, plusieurs fois primé, notamment comme meilleur communicateur continental de la décennie, il demeure une référence incontestée. Consty Eka est non seulement un homme de médias, mais surtout une mémoire vivante du paysage audiovisuel africain. Un génie opérationnel, comme j’aime à l’appeler. Un architecte de l’image et de la parole. Dans un monde où tout va vite et où les figures se consument aussi vite qu’elles apparaissent, il reste debout, tel un baobab dont les racines plongent dans l’histoire et dont les branches continuent de porter des fruits. Certaines destinées ressemblent à des mythes. La sienne est bien réelle. Et elle rappelle à chacun d’entre nous qu’avec vision, travail et audace, l’Afrique ne quémande pas sa place. Elle la prend.
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