La sortie de Claude Le Roy sur les Lions Indomptables a fait l’effet d’un caillou lancé dans une eau déjà agitée. L’ancien sélectionneur, figure respectée du football africain, affirme sans détour que le Cameroun ne représente « aucun enjeu » dans la compétition à venir. Selon lui, les favoris sont ailleurs, du côté des nations récemment qualifiées pour la Coupe du monde. Le Maroc, porté par son élan mondial, serait le grand prétendant au titre, suivi de près par le Sénégal. Derrière, les « habitués », Côte d’Ivoire, Nigeria, Égypte, Algérie, compléteraient le cercle des puissances attendues, tandis que le Burkina Faso et l’Afrique du Sud joueraient les trouble‑fêtes. Cette hiérarchie, énoncée avec assurance, a immédiatement suscité un débat passionné. Car au Cameroun, le football n’est pas un simple sport : c’est une mémoire, une identité, un souffle collectif. Et c’est précisément ce souffle que rappelle David Pagou, avec une sincérité presque brute. Lui qui confesse avoir traversé frustrations, doutes et tempêtes, ne doit sa persévérance qu’à sa foi, à sa famille et à la confiance du président de la FECAFOOT. Sa trajectoire, improbable et presque miraculeuse, illustre à quel point le destin des Lions se joue souvent loin des pronostics. Pagou le dit sans détour : il n’y a pas de favoris une fois la compétition lancée. L’histoire récente lui donne raison. La Côte d’Ivoire, que personne n’attendait, a soulevé le trophée.
Le Cameroun, en 2017, avait déjoué tous les calculs. Le football africain, plus que tout autre, se nourrit de ces renversements soudains, de ces équipes que l’on croit faibles et qui, par orgueil ou par grâce, renversent les montagnes. Ce qui frappe dans les réactions, c’est la versatilité de certains supporters. Ceux qui encensaient Le Roy lorsqu’il justifiait certaines non‑sélections sont les mêmes qui, aujourd’hui, s’indignent qu’il ne place pas le Cameroun parmi les favoris. Une bipolarité qui en dit long sur la passion camerounaise, mais aussi sur la difficulté à accepter un regard extérieur, surtout lorsqu’il semble minimiser la valeur des Lions. Car comment parler « d’habitués » quand certains n’ont plus rien gagné depuis des décennies, alors que le Cameroun, avec ses cinq étoiles, demeure l’une des nations les plus titrées du continent ? Les critiques fusent également sur l’état actuel de l’équipe, sur les choix passés, sur les statistiques peu flatteuses face au Gabon. Certains accusent Marc Brys d’avoir affaibli la sélection, d’autres voient en Pagou un sauveur providentiel. Mais au‑delà des querelles, une certitude demeure : le match contre la Côte d’Ivoire s’annonce comme une finale avant l’heure. Une victoire ouvrirait la porte du second tour et, surtout, ferait vaciller les certitudes de Claude Le Roy. Car le Cameroun a cette particularité ; il surgit souvent là où on ne l’attend plus. Le temps des spéculations est passé.
Les équipes citées par Le Roy sont elles‑mêmes préoccupées par leur deuxième match. Le Cameroun, lui, avance « match après match », avec détermination, engagement et humilité. Et c’est peut‑être là sa plus grande force. Les Lions aiment être sous‑estimés. Ils aiment sentir le danger, se nourrir du doute des autres pour mieux rugir au moment décisif. L’histoire du football camerounais est faite de ces surgissements inattendus, de ces victoires arrachées dans l’adversité. Pour certains, la déclaration de Le Roy n’est pas une provocation, mais une stratégie. Une manière subtile de piquer l’orgueil d’un pays qu’il connaît intimement, un pays qui se transcende lorsqu’il est ignoré. Peut‑être y a‑t‑il, derrière ses mots, une forme d’affection dissimulée, un rappel que les Lions ne brillent jamais autant que lorsqu’ils doivent prouver qu’ils existent encore.Quoi qu’il en soit, la CAN ne se gagne pas dans les studios, ni dans les pronostics. Elle se gagne sur le terrain, dans la sueur, la discipline et l’esprit collectif. Le Cameroun n’a pas besoin d’être favori. Il n’a jamais eu besoin qu’on croit en lui pour surprendre le continent. Et si l’histoire se répète, alors oui, la surprise pourrait bien surprendre. Les Lions Indomptables, fidèles à leur légende pourraient encore faire trembler la compétition.
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