Mag-Afriksurseine-Mars-2024

CABRAL NANJIP DECORATION POSTHUME : UNE MEDAILLE SUR UNE TOMBE

Il est légitime que certains s’indignent face à l’hommage rendu à Cabrel Nanjip après sa mort. Leur douleur est authentique, leur sentiment d’abandon également. Mais faut-il pour autant rejeter ou tourner en dérision une reconnaissance, aussi tardive soit-elle ? Faut-il voir dans chaque geste officiel une moquerie ou une récupération ? Oui, nous devons mieux honorer les artistes de leur vivant. Oui, notre société tarde souvent à reconnaître la valeur de ses enfants, préférant les célébrer dans le silence glacé des cimetières plutôt que dans le tumulte vibrant de la vie. Mais honorer après la mort ne signifie pas forcément trahir. C’est souvent le fruit d’un temps de réflexion, d’une prise de conscience collective, certes tardive, mais sincère. Cabrel Nanjip est parti jeune, trop tôt, au sommet d’un talent prometteur. Son absence a laissé un vide, et c’est peut-être justement ce vide qui nous fait mesurer, avec retard, l’ampleur de ce qu’il apportait à notre culture.

Décorer sa tombe, ce n’est pas décorer un cadavre, c’est décorer une mémoire. C’est inscrire son nom dans l’histoire nationale, avec ses symboles officiels, ceux qu’un pays utilise pour dire à la postérité : cet homme a compté. Nous pouvons regretter que cela n’ait pas été fait de son vivant, mais refuser l’hommage maintenant, c’est faire mourir deux fois celui qui n’est plus. Est-ce cela notre solution ? Mépriser les vivants, puis mépriser les gestes posés envers les morts ? À force de tout dénigrer, on finit par se vider soi-même du respect que l’on exige des autres. À ceux qui disent que cela ne lui sert à rien aujourd’hui, je réponds : cela sert à ceux qui restent. À sa famille, à ses enfants, à ses collègues artistes, à cette génération montante qui voit qu’on peut, même tardivement, être reconnu pour ce qu’on a semé. Cela sert la mémoire nationale, cela sert la transmission, cela sert l’avenir. Alors, au lieu de mépriser l’hommage, exigeons qu’il ne soit plus l’exception mais la règle, qu’il commence dès la vie, mais sans mépriser la mémoire quand elle est enfin célébrée. Oui, aimez-nous vivants. Mais quand la vie a fui, que le geste d’hommage soit fait avec dignité, et non jeté en pâture à l’ironie.

 

J’y ajouterai pour finir que dans ce contexte marqué par l’émotion et les débats, il convient de saluer avec respect et gravité le geste du préfet du Ndé. En décorant la tombe de Cabrel Nanjip, il n’a pas seulement posé un acte administratif ; il a rappelé à la nation que la mémoire mérite aussi des symboles, même tardifs. Ce geste, loin d’être une provocation, peut être compris comme un effort de réparation, une reconnaissance officielle de ce que cet artiste a représenté pour toute une génération. En cela, le préfet a assumé un devoir moral et républicain : dire publiquement que Cabrel Nanjip a compté. Il faut espérer que cet hommage posthume devienne une invitation à mieux considérer, de leur vivant, ceux qui donnent un sens à notre culture.

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