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Le Cameroun se réveille avec une immense douleur. Une voix s’est tue, un regard s’est fermé, une intelligence rare vient de quitter la scène terrestre. Avec la disparition de Bassek Ba Kobhio, c’est un grand homme de culture qui s’en va. C’est une mémoire vivante, une bibliothèque, une conscience artistique, un bâtisseur de rêves et un artisan infatigable de l’identité cinématographique africaine qui tire sa révérence. Génie créatif, intellectuel respecté, artiste visionnaire, Bassek Ba Kobhio aura consacré sa vie à raconter l’Afrique, à défendre ses récits, à valoriser ses visages et à imposer, avec élégance et conviction, la place du cinéma africain sur la scène internationale. Son œuvre ne se résumait pas à la réalisation de films. Elle était un engagement, une mission, presque un sacerdoce. À travers chacune de ses créations, il donnait une voix aux sans-voix, une image aux oubliés, une dignité à nos histoires. Fondateur du Écrans Noirs, il a offert au Cameroun et à toute l’Afrique bien plus qu’un festival. Il a créé un espace de rencontre, de transmission, de formation et de rayonnement pour plusieurs générations de réalisateurs, de comédiens, de scénaristes et de passionnés du septième art.

 

Grâce à sa vision, des talents ont émergé, des vocations sont nées et le cinéma africain a trouvé l’une de ses plus belles vitrines. Aux côtés de Gérard Essomba et de nombreux autres acteurs culturels, il aura porté avec dignité et exigence le flambeau de la création africaine. Ceux qui ont eu le privilège de travailler à ses côtés gardent le souvenir d’un homme rigoureux, profondément humain, attentif aux détails, exigeant dans le travail, mais toujours guidé par l’amour de l’art et la volonté de transmettre. Son engagement n’était pas de façade. Il se vivait dans chaque projet, dans chaque conseil, dans chaque regard posé sur une œuvre ou sur un jeune talent. J’ai eu, moi aussi, le privilège de mesurer de près cette grandeur, cette discipline et cette passion lorsque, dans le cadre d’une mission confiée par le ministère des Arts et de la Culture pour accompagner l’organisation des Écrans Noirs, j’ai découvert l’homme derrière l’icône.

 

Ce fut une rencontre avec un esprit brillant, une culture immense et une détermination sans faille à faire rayonner l’Afrique à travers l’image. Aujourd’hui, la nation camerounaise perd l’un des grands témoins de son histoire culturelle. L’Afrique perd l’une de ses références majeures. Le cinéma perd un maître, un passeur, un éclaireur. Son prosélytisme artistique a bercé notre enfance, son érudition a nourri notre jeunesse et sa passion a accompagné notre regard d’adulte sur le monde. Ses œuvres, elles, ne mourront pas. Elles continueront de vivre, de génération en génération, comme vivent les grandes créations, comme survivent les grandes âmes. Le Cameroun pleure un monument. L’Afrique s’incline devant l’un de ses plus grands ambassadeurs culturels. Doux et paisible repos à vous, maître Bassek Ba Kobhio. Que la terre de nos ancêtres vous soit légère. Votre flamme continuera d’éclairer le cinéma camerounais et africain pour longtemps.

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