Madame Albertine Matomba est une femme politique camerounaise et militante engagée. Observatrice attentive de la vie politique de son pays, elle suit avec intérêt les évolutions et les enjeux qui traversent la société camerounaise. A l’occasion du 60ᵉ anniversaire de la Fête de la Jeunesse, nous l’avons rencontrée afin de recueillir son regard sur la jeunesse camerounaise, ses réalités, ses aspirations, ainsi que son analyse de la politique menée par le parti au pouvoir à l’égard des jeunes.
Madame Albertine Matomba, merci d’avoir accepté notre invitation. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous dire d’où vous vient votre engagement politique et citoyen ?
Tout d’abord, je tiens à saluer toute l’équipe d’AfriksurSeine, à qui je souhaite d’ailleurs une excellente célébration de la fête de la jeunesse. Qui suis-je ? Comme vous l’avez mentionné en préambule, je suis avant tout une citoyenne camerounaise. Bien que l’on me présente souvent comme une femme politique – étant militante de la première heure au sein du Peuple Uni pour la Rénovation Sociale (PURS) – je préfère être perçue comme une femme d’action, engagée pour l’amélioration des conditions de vie de mes compatriotes. Au-delà de cet engagement citoyen, je suis une servante de Dieu et une passionnée de sport, notamment en tant que présidente du club Nyong-et-Kellé Volleyball, qui évolue dans le championnat d’élite féminin au Cameroun.
A l’occasion de la 60ᵉ édition de la Fête de la Jeunesse, quel regard portez-vous sur la jeunesse camerounaise d’aujourd’hui ? Comment la percevez-vous dans ses aspirations, ses difficultés et ses forces ?
La jeunesse camerounaise d’aujourd’hui est traversée par un véritable paradoxe : elle est à la fois portée par une énergie créative débordante et freinée par des difficultés structurelles persistantes. Ses aspirations sont légitimes et claires : elle réclame des opportunités réelles, un emploi digne, une formation en adéquation avec le marché et, surtout, une participation effective à la gestion de la chose publique. Cependant, le tableau est assombri par des obstacles majeurs : le chômage de masse, la précarité et un accès encore trop restreint au financement. Si cette jeunesse fait preuve d’une résilience admirable en innovant dans les secteurs de la culture et de l’entrepreneuriat, elle n’est pas à l’abri de dérives inquiétantes. Le numérique, par exemple, est devenu pour une partie d’entre elle le théâtre d’expression du tribalisme et d’exactions de toutes sortes. Ce sont là les signes visibles d’une jeunesse en perte de repères, qui semble se préparer à l’autodestruction. Il est urgent de transformer ces énergies pour qu’elles servent à la construction de la nation plutôt que sa division.
Selon vous, la jeunesse camerounaise se sent-elle réellement écoutée et prise en compte dans les décisions politiques actuelles ? Où se situent, d’après vous, ses principales frustrations ?
Ce n’est un secret pour personne : une grande majorité de notre jeunesse ne se sent ni écoutée, ni véritablement représentée. Trop souvent, leur participation est réduite à des consultations de façade, sans aucun impact réel sur les grandes décisions politiques du pays. Les frustrations qui en découlent sont profondes et légitimes. Elles naissent d’un chômage endémique, de promesses sans cesse renouvelées mais rarement tenues, et d’inégalités persistantes qui se creusent selon que l’on soit issu d’une couche favorisée ou non. Ce décalage flagrant alimente aujourd’hui une perte de confiance dangereuse entre la jeunesse et les institutions. Il est impératif de passer du discours à l’action pour éviter que cette rupture ne devienne irréversible.
Comment analysez-vous la politique menée par le parti au pouvoir à l’égard de la jeunesse ? Les dispositifs mis en place répondent-ils, selon vous, aux réalités vécues par les jeunes sur le terrain ?
La politique menée par le parti au pouvoir à l’égard de la jeunesse souffre d’une déconnexion flagrante avec les réalités du terrain. Si les programmes annoncés sont nombreux, leur taux de realisation demeure faible et leur accès est verrouillé par une minorité. Nous sommes face à une politique d’affichage plutôt qu’à une stratégie structurelle capable de répondre aux attentes réelles des jeunes. La jeunesse camerounaise mérite mieux que des slogans et des dispositifs inopérants ; elle a besoin de décisions courageuses et d’un véritable changement de cap. Ce qui est plus lamentable encore, c’est que pour espérer bénéficier d’une quelconque opportunité, un jeune est souvent contraint de devenir un instrument de campagne en militant dans le parti au pouvoir, ou d’appartenir à une certaine élite. Ce système de privilèges et de clientélisme est une insulte au talent et au mérite de nos jeunes compatriotes.
Beaucoup de jeunes se disent aujourd’hui désabusés par la politique. Pensez-vous que la jeunesse camerounaise doit continuer à s’y engager, et sous quelles formes cet engagement peut-il être utile et constructif ?
Oui, absolument. Le désengagement serait une erreur lourde de conséquences. Si la jeunesse abandonne le terrain politique, elle laisse son avenir entre les mains de ceux qui ont précisément échoué à la représenter. Il est d’ailleurs utile de rappeler que la majorité de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui sont entrés en politique très jeunes, bien avant d’avoir atteint la trentaine. L’engagement doit aujourd’hui revêtir plusieurs formes : la participation citoyenne, l’activisme, l’entrepreneuriat social ou l’action associative et politique. L’heure n’est plus à l’attente passive de solutions venues « d’en haut », mais à l’émergence d’une nouvelle manière de faire de la politique, en phase avec les réalités et les aspirations de la nouvelle génération. En tant que militante active de la souveraineté, j’invite toutefois la jeunesse à s’éloigner de toute forme de destruction. On ne saurait contribuer à détruire un pays dont on se proclame l’héritier. Construire plutôt que détruire, voilà le véritable défi.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser à la jeunesse camerounaise en ce jour symbolique, et quel rôle doit-elle, selon vous, jouer dans l’avenir politique et social du Cameroun ?
Je dis à la jeunesse camerounaise de rester souveraine , de ne pas renoncer, malgré les obstacles et les déceptions. Elle doit prendre conscience de sa force collective et refuser d’être reléguée au simple rôle de spectatrice. L’avenir politique et social du Cameroun ne se construira pas sans elle. La jeunesse doit être actrice du changement, exiger des comptes, s’organiser et participer pleinement à la transformation du pays. Le Cameroun de demain dépend de son courage et de son engagement aujourd’hui. On dira comme sous d’autres cieux “YES YOU CAN”
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