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C’est peut-être l’artiste de l’heure. Je viens seulement de le découvrir et, pourtant, depuis longtemps déjà, BA CLE chante, entraîne les foules et fait danser les stades, les boîtes de nuit, les foires et les grandes animations culturelles. Il appartient à cette catégorie d’artistes que l’on croit découvrir soudainement alors qu’ils ont passé des années à construire leur chemin loin des projecteurs. Derrière l’énergie que le public voit aujourd’hui se cachent le travail, la patience, les nuits d’écriture et cette obstination propre aux artistes qui refusent de disparaître simplement parce que les goûts du public ont changé. BA CLE avait commencé son aventure musicale avec le reggae. Il en avait adopté les sonorités, l’esprit et cette manière particulière de faire voyager les mots sur une musique qui invite autant à écouter qu’à réfléchir. Mais les époques changent et les publics avec elles. Il fallait trouver autre chose, sans renier ce qui avait façonné ses premières années. Alors BA CLE a observé, réfléchi, expérimenté. Au lieu d’abandonner le reggae, il a choisi de le bousculer. Il lui fallait une musique capable de conserver la profondeur mélodique de ses premières influences tout en retrouvant cette puissance du rythme qui arrache les corps aux chaises.

De cette recherche est né son univers, le Ndombolo Reggae, un mariage audacieux entre deux sensibilités musicales que tout semblait éloigner et que son imagination a décidé de réunir. Et soudain, quelque chose s’est produit. Depuis plusieurs mois, sa musique s’installe dans les habitudes populaires. Au Cameroun, particulièrement dans le Sud-Ouest, le Nord-Ouest et jusque dans le Moungo, certains bars, lieux de fête et espaces d’animation résonnent de ses chansons. On les entend lorsque la soirée commence et parfois encore lorsque les derniers danseurs hésitent à rentrer chez eux. Le phénomène tient certainement au rythme, mais aussi à cette faculté rare de produire une musique immédiatement communicative. Les premières mesures suffisent souvent pour comprendre que rester tranquillement assis sera difficile. Il faut également voir BA CLE sur scène.

L’homme, qui dépasse le mètre quatre-vingt-dix, pourrait impressionner par sa seule stature. Pourtant, dès que la musique commence, c’est son agilité qui surprend. Ce grand corps devient mouvement. Il danse, traverse la scène, entraîne le public et transforme son énergie physique en prolongement de sa musique. Chez lui, la chanson ne semble jamais séparée du spectacle. Elle doit être vécue, accompagnée par le corps et partagée avec ceux qui sont venus l’écouter. C’est précisément cette communion qui fait la différence entre celui qui interprète simplement une chanson et celui qui sait véritablement habiter une scène. L’un des endroits où cette capacité prend toute sa dimension demeure le stade de football. Avant même que les joueurs n’entrent dans leur véritable bataille, BA CLE peut déjà mettre les tribunes en mouvement.

Et lorsque vient la mi-temps, notamment dans ces moments où l’équipe soutenue par le public est menée et où les visages commencent à se fermer, il revient avec son rythme. Pendant quelques minutes, les inquiétudes du match s’effacent. Les supporters recommencent à danser, les gradins retrouvent leur voix et l’atmosphère se transforme. Voilà aussi la fonction populaire de la musique. Elle n’efface pas les difficultés, mais elle offre quelques instants pendant lesquels une foule retrouve le droit de sourire. BA CLE semble avoir compris cette relation presque instinctive entre la musique et les émotions collectives. Son Ndombolo Reggae n’est donc pas seulement une recherche de sonorités nouvelles. Il repose sur une idée simple, celle de faire participer le public. La mélodie est entraînante, les arrangements recherchent l’harmonie et le rythme appelle naturellement le mouvement.

Il y a dans cette musique quelque chose de festif, mais aussi cette chaleur africaine qui fait qu’une chanson cesse rapidement d’appartenir à celui qui l’a composée pour devenir celle de tous ceux qui la dansent. Son autre richesse réside dans une inspiration qui paraît difficile à contenir. BA CLE écrit beaucoup. À peine un spectacle terminé que son esprit serait déjà ailleurs, à la recherche d’une nouvelle mélodie, d’un refrain ou d’une histoire susceptible de devenir chanson. La nuit elle-même semble être devenue son atelier. Il se réveille, écrit, reprend une idée et la transforme. Au matin, racontent ceux qui vivent dans son voisinage, sa voix se fait déjà entendre. Il chante, essaie, recommence. Chez certains artistes, la création obéit à des rendez-vous. Chez lui, elle semble surgir à toute heure.

Cette fécondité artistique pourrait constituer l’une des grandes forces de la suite de son parcours. Car un succès peut naître d’une chanson, mais une carrière se construit par la capacité à se renouveler. BA CLE semble précisément avoir fait du renouvellement sa philosophie. Celui qui avait commencé par le reggae aurait pu demeurer prisonnier de ses premières certitudes. Il a préféré prendre le risque de l’invention et construire une signature qui lui appartient davantage. Désormais, son horizon s’élargit. Ses prestations et ses déplacements le conduisent vers d’autres publics, en Afrique, notamment au Nigeria, mais également vers l’Occident. Chaque nouvelle scène devient pour lui une occasion de mesurer la capacité de son rythme à franchir les frontières. Et c’est probablement là que se jouera la prochaine étape de son aventure.

Une musique née d’influences multiples possède naturellement cette vocation au voyage. Il est encore trop tôt pour savoir jusqu’où ira BA CLE. Mais une chose paraît déjà évidente. Un artiste est en train d’émerger avec un univers reconnaissable, une présence scénique impressionnante et surtout la volonté de ne ressembler qu’à lui-même. Dans une industrie musicale où les modes apparaissent aussi rapidement qu’elles disparaissent, cette singularité constitue une force considérable. BA CLE pourrait bien être l’une des révélations musicales de cette année et son Ndombolo Reggae l’un de ces rythmes que l’on découvre d’abord avec curiosité avant de se surprendre à fredonner le refrain quelques heures plus tard. Il lui reste désormais à transformer l’effervescence actuelle en une œuvre durable, à porter cette musique au-delà des frontières qui l’ont vue naître et à démontrer que ce que certains considèrent encore comme une révélation est peut-être simplement le commencement d’une aventure beaucoup plus grande.

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