Depuis quelques jours le pasteur Makosso est au cameroun. Cette visite du Général Makossa n’est pas comme celles qu’il effectue habituellement. Lorsqu’on observe l’organisation mise en place et le déroulement des différentes étapes, on sent qu’il s’agit d’une tournée longuement mûrie et soigneusement préparée. Camille Makossa, personnage dantesque, intellectuel pantouflard et très apprécié des Africains qui le suivent comme des ouailles, vient une fois de plus de montrer son côté humaniste et culturel. À travers une simple organisation, il réussit à faire ce que les pouvoirs publics n’ont jamais véritablement réussi à accomplir dans le rapprochement entre deux peuples. Depuis quelques jours, au fil des rencontres, il est en train de donner à ce séjour les allures d’une véritable aventure humaine. De ville en ville, de région en région, il découvre un pays qui ne se résume ni à ses grandes métropoles ni aux images que l’on voit habituellement circuler sur les réseaux sociaux. Il découvre un Cameroun vivant, généreux, surprenant, fier de ses racines et riche de ses différences. À Maroua, dans l’Extrême-Nord, l’accueil est particulièrement spectaculaire. Dans cette terre de soleil, de poussière rouge et de grands espaces, les populations se sont rassemblées pour recevoir leur hôte dans une atmosphère de fête et de fraternité.

Les couleurs des vêtements traditionnels sont mêlées aux sourires, aux chants et aux danses. une véritable communion s’installe autour du visiteur. Au milieu de toutes les foules en liesse, le Général Makosso s’est laissé emporter par la danse. Vêtu de bleu et entouré de femmes et d’hommes en habits traditionnels, il devient, le temps de quelques instants, l’un des leurs. La scène a quelque chose de profondément symbolique. L’étranger n’est plus vraiment un étranger lorsqu’il accepte de se laisser accueillir par la culture de ceux qui lui ouvrent leurs portes. C’est peut-être cela, au fond, la magie du Cameroun. Un pays où l’hospitalité peut transformer un visiteur en frère, où la différence devient une richesse et où les frontières géographiques semblent parfois bien moins importantes que les liens humains. À Maroua, certains ont même le sentiment que le Général est arrivé chez eux comme s’il retrouvait une famille. « Mon Général, tu as fait trop fort, tu es chez mes parents maternels », entend-on avec émotion. Derrière cette phrase se cache toute la chaleur d’une rencontre qui dépasse le simple cadre d’une tournée.

Le Septentrion camerounais possède une personnalité unique. En parcourant le Nord, l’Extrême-Nord et l’Adamaoua, on a parfois l’impression de traverser plusieurs pays en un seul voyage. Ici, les paysages, les langues, les traditions, les vêtements et les architectures racontent une autre histoire du Cameroun. Une histoire faite de savanes, de montagnes, de marchés colorés, de villages, de grands espaces et de cultures profondément enracinées. Certains paysages évoquent le Tchad, le Nigeria, le Mali, la Mauritanie ou encore le Soudan. Pourtant, nous sommes toujours au Cameroun. C’est précisément cette incroyable diversité qui nourrit l’idée d’un pays considéré comme une véritable Afrique en miniature. Un pays où l’on peut passer des forêts équatoriales aux plaines de savane, des montagnes aux régions côtières, des terres humides aux paysages presque désertiques. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, le Cameroun semble avoir rassemblé en un seul territoire une étonnante partie des visages de l’Afrique. Et puis il y a les hommes et les femmes qui donnent une âme à ces paysages. Des témoignages racontent cette hospitalité vécue au quotidien par ceux qui ont longtemps étudié, travaillé ou vécu dans le Nord.
Certains venus de Douala racontent s’y être sentis chez eux dès leur arrivée. D’autres évoquent des décennies passées dans la région sans avoir été confrontés au tribalisme qu’ils redoutaient ailleurs. Ces témoignages ne prétendent évidemment pas raconter toutes les réalités du pays, mais ils témoignent d’une expérience profondément humaine, celle d’un Cameroun où la rencontre peut encore prendre le dessus sur les différences. Et l’hospitalité camerounaise ne s’arrête pas aux frontières de ses régions. Elle accompagne également ceux qui viennent de l’extérieur. Cette tradition de recevoir l’étranger comme un hôte de marque est souvent présentée comme l’une des grandes forces du pays. Peut-être est-ce aussi ce qui explique pourquoi tant de Camerounais de la diaspora parviennent à s’illustrer dans des domaines très différents à travers le monde. À Maroua, cette hospitalité prend une dimension particulière. Le Général Makosso participe à la fête, partage l’instant et, surtout, pose un geste de solidarité en apportant une aide financière à des familles en difficulté. Derrière le spectacle et les images, il y a donc aussi cette volonté de rencontrer les populations et de leur témoigner une forme de proximité.

La tournée prend une dimension de voyage d’une personnalité. Elle devient une rencontre entre des cultures, des histoires et des sensibilités. Et si le Cameroun voulait montrer son visage au monde, il ne pourrait probablement pas choisir meilleur décor que l’Extrême-Nord. Maroua apparaît comme une ville posée au carrefour de plusieurs mondes. À proximité du Nigeria, du Tchad et non loin des grandes influences culturelles du Sahel, elle porte en elle cette extraordinaire capacité du Cameroun à réunir des univers différents. Il faut sortir de Douala et de Yaoundé pour comprendre cette réalité. Trop souvent, l’image du pays reste concentrée autour de ses deux grandes métropoles. Pourtant, derrière ces villes connues se trouve un territoire immense, rempli de paysages et de trésors culturels encore largement méconnus. Les voyageurs qui prennent le temps de s’aventurer dans l’Extrême-Nord découvrent des merveilles qui semblent parfois sorties d’un autre monde. Les cases obus, le pic de Rhumsiki, les gorges de Kola ou encore les marchés traditionnels offrent des images d’une beauté saisissante.
À Tourou, certains jours de marché deviennent de véritables spectacles culturels. Les femmes y apparaissent avec leurs calebasses utilisées comme couvre-chefs, une tradition aussi étonnante qu’élégante. Le visiteur ne vient alors plus simplement acheter ou regarder. Il vient rencontrer une culture, observer des gestes transmis au fil des générations et comprendre qu’un marché peut aussi être une scène où se raconte l’histoire d’un peuple. Il faut parfois quelques heures de route pour découvrir ce que les réseaux sociaux ne montrent jamais. Car les réseaux sociaux donnent souvent une image fragmentée du Cameroun. Ils montrent les polémiques, les critiques, les difficultés et les querelles. Mais ils ne racontent pas toujours les paysages, les traditions, les sourires, les marchés, les danses, les villages et cette extraordinaire diversité humaine qui constitue le pays. C’est peut-être l’une des grandes leçons de cette tournée. Il faut sortir pour voir. Il faut voyager pour comprendre. Il faut aller à la rencontre des populations pour dépasser les clichés.

Le Cameroun ne se raconte pas uniquement depuis un écran. Il se découvre sur les routes, dans la poussière des pistes, au milieu des marchés, dans le rythme des tambours, dans les montagnes de l’Extrême-Nord, dans les forêts de l’Est, dans les grandes villes du Centre, dans les plaines de l’Adamaoua et jusque sur les rivages du Sud. Il se découvre surtout à travers ses habitants. C’est peut-être pour cela que cette tournée du Général Makosso prend des airs de voyage historique. À travers ses pas, ce sont différentes facettes du Cameroun qui se donnent à voir. Une mosaïque de peuples, de langues, de traditions et de paysages qui rappelle à quel point ce pays est riche de sa diversité. Plus de trois cents groupes ethniques, une multitude de langues, des traditions culinaires innombrables et une faune et une flore d’une exceptionnelle diversité composent cette mosaïque camerounaise. Le Cameroun est un pays où l’on peut changer de décor sans changer de frontière. Il suffit de prendre la route. Et peut-être est-ce là que réside la véritable beauté de cette aventure.

Dans cette capacité à passer d’un univers à un autre, à être accueilli dans une région comme si l’on appartenait déjà à la famille, à découvrir une danse, un vêtement, une saveur ou un paysage qui nous était jusqu’alors inconnu. Cette tournée rappelle aussi que la fierté d’une patrie ne devrait pas signifier fermer les yeux sur ses défauts. Aimer son pays, c’est aussi savoir le critiquer lorsqu’il le faut, mais sans réduire toute son identité à ses problèmes. Un pays mérite d’être regardé dans sa totalité, avec ses blessures, ses contradictions, ses progrès, ses richesses et ses espoirs. C’est peut-être ce regard-là que cette aventure invite à porter. Un regard qui ne nie rien, mais qui choisit aussi de montrer le beau. Alors que le Général Makosso poursuit son voyage, le Cameroun semble lui offrir un immense livre ouvert dont chaque région constitue une nouvelle page. Une page écrite avec des couleurs, des visages, des danses, des montagnes, des marchés, des traditions et des rencontres.

De Maroua à Yaoundé, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, le voyage devient une déclaration d’amour à une terre plurielle. Une terre qui rappelle à ceux qui la découvrent que l’Afrique ne peut pas être enfermée dans une seule image. Car elle est multiple, contrastée, vivante. Et le Cameroun, avec ses mille visages, semble porter en lui une part de cette Afrique entière. Alors, plutôt que de rester derrière nos écrans à regarder le pays se raconter à travers les polémiques, sortons, voyageons et découvrons-le. Car parfois, il suffit de prendre une route inconnue pour retrouver un pays que l’on croyait connaître. Et peut-être qu’au bout de cette route, entre une danse de l’Extrême-Nord, un marché de Tourou, les montagnes de Rhumsiki et les sourires d’une population venue accueillir un étranger comme un frère, on comprend enfin ce que signifie véritablement être une Afrique en miniature être un pays continent.