Nous étions venus à l’ambassade pour présenter notre association et formuler quelques doléances. Mais très vite, ce que nous pensions être une simple rencontre protocolaire s’est transformé en un moment de joie, rare et de bienveillance. L’Ambassadeur nous a émerveillés par ses anecdotes, marquées d’humanisme et d’intelligence. Son Excellence est un homme plein d’humour ; on serait tenté de passer la journée entière en sa compagnie. Les hommes sont souvent perçus à distance, dans la solennité de leurs fonctions. Mais lorsqu’on s’en approche vraiment, certains révèlent une simplicité désarmante. Cette rencontre demeurera sans doute inoubliable pour tous les membres de l’AMACAD. Peu de mots suffisaient, dans ses interventions, pour évoquer l’essentiel. Un homme habité par l’Histoire, dont la mémoire vibrante éclaire chaque mot prononcé. Des paroles simples et riches de sens, qui éveillent la conscience.

Il suffisait d’amorcer la conversation pour ressentir une attention immédiate.
« Vous êtes chez vous. »
« C’est notre maison commune. »
« Je suis impressionné par ce que vous présentez après chacune de vos interventions. »
« J’ai la chair de poule. »
« Faites les photos comme vous voulez, je suis à votre disposition. »
« Ne nous pressons pas. » « Je suis votre serviteur. »
« Chaque fois que vous souhaitez me rencontrer, n’hésitez pas. »

Autant de mots simples, mais qui vous pénètrent le cœur et redonnent foi : foi en son pays, foi en la beauté de sa représentation diplomatique, foi en nos institutions, tant au Cameroun qu’à l’étranger. Nous étions bien des écrivains, mais l’Ambassadeur semblait en être un lui aussi. Je dirais même : un immense poète, un conteur, un écrivain de l’instant. Il ne se départ jamais d’une fine couche d’humour. Cet humour, discret mais incisif, transparaît dans ses tournures subtiles, dans sa manière d’évoquer certaines histoires qui font sourire sans détourner le regard de la profondeur.

Dans sa prise de parole, il fait vivre l’instant à travers des anecdotes pleines de sens. Chez lui, l’anecdote est une fenêtre ouverte sur la mémoire, un souffle de sagesse dans le flot de l’éloquence. Tout se ponctue, toujours, d’une petite histoire. Et comme il savait qu’il avait devant lui des âmes éveillées, chaque mot devenait alors une leçon de lucidité. Au fil de l’échange, l’Ambassadeur s’est mué en conteur, déroulant avec grâce le fil d’histoires savoureuses, tel un romancier qui retrace ses souvenirs à l’oreille du temps. Ce fut un moment de douce frénésie, et c’est monsieur l’Ambassadeur qui en était l’âme. Un instant teinté de joie et de privilège, partagé avec le premier Camerounais de France.

Pour moi, ces rencontres jalonnent mon existence de repères précieux, m’enseignant l’art de vivre avec justesse et présence. C’est une fonction noble, et cette prestance est une constante chez les diplomates camerounais. Ils savent accueillir avec cette générosité et cette élégance que seuls les grands possèdent. Il émane d’eux une hospitalité, à la fois de l’âme et du cœur, qui offre à chacun, le sentiment profond d’être accueilli et reconnu. Même dans les échanges les plus solennels, ils savent écouter avec profondeur, sans juger, et répondre avec délicatesse. Leur bienveillance fait d’eux non seulement des poètes de la parole, mais aussi des artisans de la paix intérieure. Oui, la diplomatie est une culture. Et au cours de cette visite, nous en avons goûté toute la grandeur.

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