Par Roger Dieudonné Mvogo, Ph.D.
Élite de la Mefou et Akono
En toute veille de préparation des élections présidentielles au Cameroun comme celle d’octobre 2025, le climat socio-politique a souvent été très agité au sein des formations politiques. En dépit de cela, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), a toujours remporté ces élections depuis plus d’une quarantaine d’années. Pourtant, il existe belle et bien une opposition au Cameroun. Mais, que vaut-elle réellement aujourd’hui ? Une véritable démocratie ne se pratiquant pas sans opposition, signes de sa vitalité, une perspective de responsabilité partagée et d’esprit de fairplay n’interdirait pas de lui suggérer des pistes de stratégies qui pourraient l’aider à s’améliorer tant dans les méthodes et des comportements que des attitudes, afin de parvenir à la victoire. L’on ne peut se limiter à décrier l’intention de conserver démocratiquement ou non le pouvoir. Il ne faut pas non plus voir en cette forme de militantisme, une attitude de trahison.
C’est en l’honneur d’un grand parti national qui ne s’est jamais confiné dans l’autosatisfaction. Les capacités de ses adversaires permettent de mieux évaluer l’ampleur des batailles politiques à mener. Ce n’est non plus une insulte à l’endroit de cette opposition qui n’a pas toujours réussi à se rendre compte que le changement n’a jamais été un fait de hasard, mais un concours d’efforts conjugués et de sacrifices consentis, par des hommes de foi et de courage pour aider à la transformation des mentalités des militants en vue de la victoire de la démocratie camerounaise. Tout leader est conscient des enjeux d’une élection et surtout des lourdes responsabilités qu’imposent les multiples espoirs de militants « affamés », las d’attendre le miracle du développement et de l’épanouissement comme bénéfices légitimes de leur indéfectible implication à la consolidation de la démocratie de leur pays. Bien que certains parleraient d’une politique aux stratégies alimentaires ; ces cris du peuple pour le changement sont stridents, et réels. Ils menacent même de s’empirer, malgré ces milliards proposés et ces rattrapages d’urbanisation et de modernisation de la cité de dernière minute.
Une opposition plus attentive pourrait assimiler ces dynamiques militantes d’attractivité des militants en furie à la méchanceté et à la duperie pour en faire de bonnes opportunités servant à gagner plus de terrain, même en territoire ennemi. Le peuple ne saurait donc attendre de vous que des discours critiques et des programmes politiques somme toute « pertinents », mais bien plus des actes concrets, loin de la séduction. Il faut trouver de nouveaux éléments d’attractivité dans les domaines par exemple de l’emploi, la sécurité alimentaire et la couverture sanitaire. Les écrits sont prolixes et les conférences très courues, mais ils semblent toujours peu convaincants. Les twuits sont révélateurs des vérités et contre-vérités, signes d’une bonne maîtrise de l’intelligence artificielle, mais encore loin de satisfaire aux besoins quotidiens des populations et des militants. Pour plus de conviction, des méthodes, des approches et surtout un changement dans les comportements et les attitudes sont des plus souhaitables.
Depuis 1992, date de la présence d’une véritable opposition au Cameroun avec le chairman Ni John Fru Ndi, son slogan historique « power to the people », cette opposition ne semble pas avoir suffisamment évolué sur ces différents points qui pourtant déterminants pour garantir une victoire certaine. En dehors des voyages et des visites, qu’avons-nous tiré comme leçon de l’éveil du militantisme de développement et de responsabilité observé en Afrique de l’Ouest et au Sahel pour le transmettre aux militants ? Si oui, cela se fait-il de bouche à oreille ? L’exemple du duo Président Bassirou Diomaye Faye et Premier ministre Ousmane Sonko au Sénégal, parle encore de lui-même dans les cœurs et les esprits de milliers d’Africains. Ne font-ils pas honneur à leur continent ? – Malgré cela, pourquoi le changement politique, ne réussit-il pas toujours par vos rêves et soins à ce jour ? Sur les deux points essentiels évoqués ci-dessus, à savoir le comportement et les attitudes, le peuple reste éberlué. Il est sans voix et las d’attendre une amélioration plus significative à chaque veille électorale au Cameroun. Ces deux prérequis constituent l’épineux problème de cette opposition même si les sondages paraissent en sa faveur. Il ne faut pas se le cacher.
Comment comprendre que plusieurs candidats de cette opposition qui se disent s’être déjà longtemps préparés d’avance à une élection présidentielle comme celle d’octobre 2025, sans être assurée d’avoir une représentation conséquente sur l’étendue du territoire ? – Le nombre de signatures collectées est-il suffisant pour garantir cette représentativité nationale au point d’assurer une victoire finale ? Nous n’y croyons pas. Il y aurait bien plus que cet indicateur ou conditionnalité. Plusieurs de ces opposants sont pourtant d’éminents intellectuels, universitaires, juristes de haut vol, journalistes, ex- haut commis de l’État ou hommes d’affaires. Par concours de circonstance, ces fonctionnaires en disgrâce aujourd’hui à cause d’un système de gouvernance administrative fort politisé, pourraient bien se joindre à eux, en dépit de leur résistance à cette fidélité et loyauté de façade. Bien qu’en complément d’effectifs pendant des années aux motifs connus de leurs seuls bourreaux, à travers la malicieuse formule « appelé à d’autres fonctions », plusieurs de ces fonctionnaires militants déchus continuent de raser les murs du parti. Personne pour s’occuper d’eux. Est-ce là encore un parti sérieux ? Que dire de ces présidents de section qui ne savent pas appeler leurs militants ne serait-ce qu’au téléphone pour prendre des nouvelles ? Ces sommiers politiques reflètent-ils réellement la réalité du climat social qui existe avec ses élites politiques ? Nous n’y croyons pas. Les voix de ces militants-fonctionnaires déchus, sont pourtant attendues au cours de ces élections.
En même temps, leurs bourreaux ministres et directeurs généraux espèrent toujours les voir « souffrir et mourir sans crier », comme cet agneau devant le loup. N’est-ce pas de la méchanceté ? Que voulons-nous exactement ? Une victoire ou un échec ? Si échec, à qui profiterait-elle ? À l’opposition bien sûr. Faute de réparation, les urnes pourraient nous le retourner au prorata de l’ampleur des souffrances endurées par toutes ces catégories de militants frustrés par abus ou autres raisons, même par intervention divine. Ces catégories sont un potentiel suffisant de militants en faveur de l’opposition pour assurer une victoire éventuelle à la prochaine présidentielle. Ne nous fions pas à ces affichages et tapages médiatiques. Ils ne semblent pas toujours refléter la réalité militante attendue. Ces appels du Grand Nord, bastion du RDPC pour le changement ne sont pas à négliger. Aussi, des milliers de militants de l’opposition devraient-ils être imprégnés de ces réalités. Il existe bien de véritables mobiles de cette gouvernance de continuité tant sollicitée. Si oui, pourquoi ne devrait-elle pas se faire avec cette opposition pour donner une nouvelle face à notre démocratie en Afrique subsaharienne ? Pour cela, la cloche de la coalition consensuelle pour honorer le statut d’opposant et surtout la démocratie camerounaise, reste vivement attendue, surtout dans les zones insoupçonnées des bastions du parti au pouvoir, à travers le porte-à-porte ou le nuit-à-nuit comme certains d’entre vous avez si bien commencé.
Le RDPC qui dispose de tous les instruments de contrôle et de nuisance, est très bien au courant. « Battez-vous de toutes vos forces, celles de vos convictions », comme vous a conseillé le Pr. Maurice Kamto, Président MRC, un des vôtres. Aux Honorables Cabral Libii (PCRN) et Josuah Ossih (SDF),etc, n’oubliez pas que les militants ont compris les raisons profondes des torts causés par ces fuites massives, de jeunes compatriotes vers l’Occident et les Amériques, préférant aller balayer les rues, vider les poubelles hexagonales et faire de la plonge dans ces « ailleurs » si lointains de leurs terres natales. Les larmes dans les yeux sur les quais de différents lieux d’embarquement des aéroports et ports africains, ils n’auraient que cette opposition pour se refaire à leur retour forcé au pays natal. Même si les stratégies de départ leur sont aujourd’hui imputables, ne fallait-il pas rechercher les origines de ces départs massifs ailleurs ? – Le temps de choisir le « diable » à la place du « bon Dieu » et ses loyaux et peu courageux disciples, est donc arrivé. L’opposition en est bien consciente. En dépit de cela, il ne faudrait surtout pas croire que nous soyons dans une « République bananière » (Cf. V. Ateba Abeng., Tourisme en République bananière, Douala, Editions Ifrikiya, 2010). Il faut continuer de respecter les institutions. C’est une des règles essentielles de la démocratie, la conscience nationale l’oblige tout comme l’apport de l’Église. Si ces jeunes gens ne sont pas toujours partis au Canada, aux États-Unis, au Luxembourg ou ailleurs sans complicités, ils auraient bien hérité ces stratégies de sauvetage de quelque part. Pour mettre fin à cette honte, l’opposition sur laquelle la démocratie camerounaise compte toujours, est appelée à changer de comportement et d’attitude.
En le faisant comme il est de plus en plus observé, elle court résolument vers une victoire. Elle pourrait créer la surprise, car les voix mécontentes sont très nombreuses, les mobiles aussi. À travers des marches pacifiques dans le strict respect des acquis à préserver, comparativement aux agitations des années 1992 et 1997, cette opposition est en train de s’arroger de bonnes perspectives de victoire pour impulser le changement souhaité. Elle pourrait tout aussi s’inspirer de Mao Tsé Toung en Chine en 1966 appuyé sur la jeunesse pour sa longue marche, de Ghandi en Inde dès 1920 avec sa politique de non-violence, de la révolte des Mau Mau au Kenya des années 1950, de de celle des Bolcheviks en 1917 ou de Mickael Gorbatchev en 1989 en ex-URSS, sans oublier celle qui aboutit à la chute du dictateur Cassescau en Roumanie. Mais, en l’absence d’une représentation nationale suffisante, il faut cesser de rêver évincer l’homme par qui la démocratie camerounaise a été longuement pensée avant son retour dans les mœurs et pratiques au Cameroun. Plusieurs indices permettent aussi d’attester l’expérience du Social Democratic Front (SDF) qui, dit-on, aurait remporté l’élection présidentielle de 1992, avant la proclamation des résultats par la Cours Suprême. Mais, qu’est-il arrivé pour que l’échec soit par la suite assimilé à un volte-face ou une « trahison » de dernière minute en faveur du parti au pouvoir ?
Un parti respectueux de la démocratie et surtout des sacrifices consentis par ses militants comme ce qui se passe au sein du RDPC, aurait-il raison de se comporter de la sorte ? Cette trahison pourrait encore hanter les esprits. Dans d’autres partis comme le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), pour avoir certainement boycotté les élections législatives de 2020, aujourd’hui, il nous revient que ce n’est pas la grande union, encore moins la renaissance prônée. Bien qu’ayant fait fortune au sein du RDPC, à travers diverses alliances, l’indifférence ou le mutisme de certains de ces leaders en dépit de ces cris du peuple qui les ont pourtant propulsés hier au-devant de la scène, n’est pas l’attitude à adopter. Ceux qui l’ont compris comme l’Honorable Cabral Libii, Maurice Kamto, Jean Michel Ninctheu ou Joshua Osih ont choisi de ne pas se taire, au risque de s’éloigner de cette victoire qui semble cette fois à portée de main sur la base du contexte sus-décri. Il ne faudrait par leur en vouloir, tant qu’il est bien établi que nous sommes en démocratie en consolidation, celle des libertés et des droits respectés. Ils ne seraient pas prêts à la compromission, même de dernière minute, en dépit de la tentation qui est permanemment forte. Enfin, une opposition sans appuis et branches convaincantes à l’international en dehors des diasporas en furie, ne peut vaincre le RDPC même à travers un scrutin transparent, dénué de fraudes comme décrié par le passé. Ce parti bénéficie de nombreux atouts consolidés au fil du temps, mais il n’est pas pour autant invincible. À moins d’une implosion par de courageux militants, une véritable union des cœurs et des esprits au sein de cette opposition comme cela se dessine à travers la voie tracée par le groupe de Douala ou les rencontres de Paris ou ailleurs, augurent une victoire surprise de celle-ci aux prochaines élections présidentielles, en l’honneur de la démocratie camerounaise.
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