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L’Amérique de Donald Trump n’a pas simplement réajusté sa politique extérieure : elle a fermé certaines portes avec fracas. Sous les couleurs vives de « America First », les tarifs douaniers sont tombés comme des couperets sur les pays africains autrefois privilégiés par l’AGOA (African Growth and Opportunity Act). Le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Botswana ou encore Maurice, se sont réveillés face à un marché américain devenu plus exigeant, plus rude, presque hostile. Mais cette claque, aussi brutale soit-elle, pourrait bien devenir le choc dont l’Afrique avait besoin pour se réveiller. À force de dépendre de la faveur des puissants, certains pays africains avaient oublié l’essentiel : se construire un avenir économique sur leurs propres jambes.

Quand Trump impose des droits de douane à 50 % sur les textiles du Lesotho, il bouscule un modèle basé sur l’exportation brute. Résultat : on se tourne vers l’intérieur. On regarde enfin nos voisins, nos marchés, nos potentialités. Et l’on redécouvre ce que l’Afrique savait déjà : que son avenir est entre ses propres frontières, et non à 10 000 kilomètres au nord de ses ports. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) devient alors plus qu’un projet politique : elle devient une nécessité économique. Moins de taxes entre frères, plus de commerce, plus de circulation des biens, plus de valeur ajoutée locale. Le mal causé par l’Amérique protectionniste peut ainsi devenir un catalyseur de solidarité économique africaine. Ce que Trump a fermé, l’Afrique peut l’ouvrir autrement : par la coopération régionale, l’industrialisation à domicile, la montée en compétence et la confiance en soi. Et ce n’est pas tout. Ce repli américain oblige aussi l’Afrique à diversifier ses partenariats, à cesser de tourner autour d’un seul soleil.

L’Asie tend les bras, l’Europe se repositionne, l’Amérique latine offre de nouveaux débouchés. En répondant à l’exclusion par l’expansion, l’Afrique peut transformer l’humiliation en occasion, et la perte en puissance. Encore faut-il que les États jouent collectif, investissent dans les infrastructures et simplifient les mécanismes douaniers internes. Finalement, peut-être faut-il dire merci – un merci amer mais stratégique –  à Donald Trump. Merci d’avoir, par ses décisions abruptes, forcé l’Afrique à se regarder elle-même, à prendre conscience de sa vulnérabilité et de sa force. Car si l’avenir ne se trouve plus dans les faveurs d’un président américain, il pourrait bien naître dans l’union d’un continent en marche. L’Afrique ne gagnera pas sa souveraineté économique en protestant, mais en produisant, en commerçant, en transformant. Et surtout, en se croyant capable.

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