Votre déclaration sur l’exclusion présumée de votre candidature à l’élection présidentielle de 2025 soulève des préoccupations légitimes quant au respect des principes démocratiques au Cameroun. Toutefois, elle révèle également une contradiction fondamentale dans votre approche politique, que vos adversaires et même certains de vos partisans n’ont pas manqué de relever. En 2020, vous avez pris la décision de boycotter les élections législatives et municipales sous prétexte que le code électoral était inacceptable et que les conditions d’une élection transparente et équitable n’étaient pas réunies.
Ce choix, bien que stratégique pour votre parti, a eu des conséquences lourdes pour de nombreux militants et sympathisants du MRC. Plusieurs de vos cadres politiques, qui aspiraient à servir leur pays dans les institutions locales et nationales, se sont retrouvés dans une impasse, privés de toute possibilité d’action politique institutionnelle. Pire encore, en désertant le terrain politique, vous avez laissé le champ libre au RDPC, renforçant ainsi le contrôle absolu du parti au pouvoir sur les instances décisionnelles du pays. Aujourd’hui, en 2025, vous revendiquez avec force votre droit à participer à une élection régie par ce même code électoral que vous avez tant décrié. Comment justifiez-vous un tel revirement ? Si le code électoral était si injuste en 2020, qu’est-ce qui le rend acceptable aujourd’hui ?
En refusant d’y participer il y a cinq ans, vous avez volontairement privé votre parti de toute représentativité institutionnelle, et il est logique que cela ait des conséquences sur votre position actuelle. Le ministre de l’Administration Territoriale, en citant la maxime juridique « Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude », pointe avec justesse cette incohérence. Vous ne pouvez pas, après avoir délibérément boycotté le système électoral, revenir aujourd’hui en exigeant que ce même système vous traite comme si votre absence en 2020 n’avait jamais existé. Cette posture apparaît non seulement comme une contradiction politique, mais aussi comme une démonstration des limites de votre stratégie à long terme. Votre acharnement actuel à dénoncer une « forfaiture politique et juridique » pourrait être perçu comme un scandale intellectuel, car il revient à dénoncer les conséquences directes d’un choix que vous avez vous-même posé en toute conscience. La politique est un terrain de constance et de vision stratégique.
En 2020, vous avez fait le pari du boycott, pensant ainsi affaiblir le régime en place. Aujourd’hui, vous réalisez que cette décision a plutôt affaibli votre propre parti et vos ambitions présidentielles. Votre combat pour la démocratie est louable, mais il est entaché par des contradictions qui remettent en cause la cohérence de votre engagement. Un véritable homme politique doit assumer les conséquences de ses choix et ne pas chercher à en rejeter la responsabilité sur les institutions ou sur ses adversaires. Vous auriez pu, en 2020, vous battre de l’intérieur du système en participant aux élections législatives et municipales, mais vous avez choisi la voie de l’abstention. Ce choix vous rattrape aujourd’hui, et il serait intellectuellement honnête d’en tirer les leçons au lieu de dénoncer une prétendue injustice dont vous êtes en partie responsable.