Audience au Conseil constitutionnel : entre droit et démonstration de force
Yaoundé, 4 août 2025 Une journée tendue, une audience décisive. Ce 4 août 2025 restera, à bien des égards, une journée à marquer dans les annales politiques du Cameroun. Le Conseil constitutionnel, sous la présidence de Clément Atangana, a ouvert l’examen des 36 requêtes liées au contentieux préélectoral, dont celle particulièrement attendue du Professeur Maurice Kamto, candidat du MRC, et celle du MANIDEM, qui a été renvoyée en délibéré pour ce 5 août à 15 h. Dès le matin, l’atmosphère autour de la haute juridiction était électrique. Une militarisation de la ville sans précédent, digne des heures les plus sombres d’un régime fébrile, a transformé Yaoundé en forteresse. Des barrages, des contrôles renforcés, une ambiance de siège : jamais une audience judiciaire au Cameroun n’avait été placée sous une telle tension.
Un procès d’idées plus qu’un simple contentieux
Dans la salle, c’est un affrontement symbolique qui s’est joué, entre la République telle qu’elle est proclamée, et celle que beaucoup appellent de leurs vœux. Entre la vérité et la fraude, le droit et la manœuvre, l’éthique et l’opacité, la démocratie et la parodie d’élection. Maurice Kamto, très attendu, a pris la parole avec une gravité maîtrisée : « Notre dossier est complet. Seule la question de la pluralité de candidatures a été soulevée par Elecam. Je compte sur vous pour prendre une décision juste, conforme au droit et à l’intérêt de la République, et non pour la forme. » Ses mots ont résonné comme un appel au sursaut institutionnel, dans un pays où le droit est souvent instrumentalisé au profit de l’ordre établi.
Quand l’image dérange : l’interruption de la diffusion en direct
Mais alors que l’audience était suivie avec une ferveur inhabituelle par une partie du peuple camerounais, notamment via Équinoxe TV, la diffusion en direct a été soudainement interrompue. Aucune explication officielle. Le silence comme méthode. Une stratégie qui, loin d’apaiser, ravive la frustration d’une population qui se sent exclue du débat public, et même du droit de savoir. « S’il vous plaît, chers décideurs, pensez à nous, le bas peuple », écrivait un internaute en colère. « Nous aussi avons droit au bonheur que vous jouissez depuis plus de 43 ans. » Ce cri du cœur illustre l’écart grandissant entre la population et ses institutions, entre ceux qui décident et ceux qui subissent. Au cœur des débats, la légitimité du Conseil constitutionnel lui-même est mise en cause. Difficile, dans ces conditions, de garantir la neutralité d’une instance censée dire le droit au nom du peuple. Et pourtant, le monde entier observe, curieux de voir si le Cameroun pourra offrir le spectacle d’un pays où l’on tranche selon le droit et non selon les ordres.
Un pays face à lui-même
Ce contentieux électoral, comme exercice juridique, est devenu un moment de vérité nationale. Les Camerounais attendent. Ils scrutent. Certains espèrent, d’autres n’y croient plus. Tous, pourtant, méritent d’entendre les arguments, de voir les débats, de croire à la justice, ou au moins à sa mise en scène honnête. « Ce n’est pas un contentieux, mais une parodie », disent les plus sceptiques. « Mais même une parodie peut mal tourner si elle est jouée sans talent. » Car derrière cette salle d’audience, il y a un pays qui doute, un peuple qui souffre, une jeunesse qui s’interroge. Et un système qui vacille, mais refuse de se réformer. Dans ce théâtre institutionnel verrouillé, des voix continuent de se lever pour appeler à la paix, à la cohésion sociale, au respect du verdict, quel qu’il soit. Mais il serait hypocrite de prôner la paix sans justice, ou l’unité sans équité. Si le contentieux électoral veut rester crédible, il ne suffit pas de brandir des codes : il faut incarner l’esprit du droit.
Une audience, un avertissement
Ce 4 août, l’histoire s’est jouée en partie à huis clos. Le peuple, tenu à distance. Les chaînes privées bâillonnées. Et pourtant, le message est passé. Maurice Kamto, même recalé, aura fait entendre ses arguments. Le peuple, même exclu, aura compris ce qui se trame. Rendez-vous ce 5 août, à 15h, pour la suite de cette tragédie politique, dont le verdict, quel qu’il soit, ne réglera rien… s’il n’est pas perçu comme juste.
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