Le président gabonais Oligui Nguema vient d’inaugurer une œuvre colossale, je dirai une grande usine industrielle érigée par la main visionnaire du milliardaire camerounais Bernard Fokou. À Libreville, sous un soleil éclatant, le ruban symbolique de la nouvelle usine SOFAVIN COCA-COLA du groupe Foberd Gabon a été tranché, ce qui ouvre ainsi un nouveau chapitre dans l’histoire économique de l’Afrique centrale. D’un simple geste, un homme d’État et un bâtisseur d’empire ont scellé une alliance économique, unissant dans une même ambition le destin du Gabon et la ténacité d’un entrepreneur venu d’ailleurs. Une usine comme celle-là est une promesse d’emplois, une main tendue vers des milliers de familles qui verront leur quotidien transformé, un moteur puissant qui propulsera l’économie gabonaise vers de nouveaux sommets.

Et pourtant, au cœur de cette célébration, une question brûlante se pose, une question qui traverse l’esprit de tout Camerounais averti. Pourquoi un tel projet, qui aurait pu éclore sur la terre natale de Bernard Fokou, s’enracine-t-il ailleurs ? Pourquoi un patriote économique, un homme dont les milliards auraient pu irriguer l’économie camerounaise, a-t-il dû s’exiler pour bâtir cette forteresse industrielle ? N’est-ce pas un cri silencieux, un message sans appel sur les défis administratifs qui étouffent les ambitions des nôtres ? Le Gabon regorge des camerounais pionniers, de capitaines d’industrie prêts à bâtir chez eux, à redonner à leur terre ce qu’elle leur a offert. Et pourtant, trop souvent, ils trouvent ailleurs ce qu’on leur refuse ici : des conditions favorables, une administration fluide, un climat propice à l’audace et à l’innovation.

Le Gabon, terre d’accueil de tant de Camerounais fortunés, n’a pas seulement ouvert ses bras : il a tendu un tapis de confiance, de simplicité administrative et d’incitations économiques. Ainsi, ils sont des milliers, ces investisseurs camerounais qui ont fait de Libreville leur refuge économique. Des entrepreneurs aux poches pleines, qui attendent dans l’ombre qu’une opportunité moins contraignante leur permette de ramener leur richesse chez eux, au Cameroun. Dans ce tableau grandiose, où la réussite d’un homme devient la prospérité d’un pays, une ombre plane. Si cette usine était née au Cameroun, combien d’emplois aurait-elle générés ? Combien de foyers auraient retrouvé la dignité par le travail ? Combien de familles auraient vu leurs espoirs renaître dans la lumière de ces machines bourdonnantes ?
Car au-delà des chiffres et des investissements, il s’agit de vies, de destins, de familles entières qui se nourriront de cette usine comme d’un nouveau souffle. Loin des querelles politiques, loin des lourdeurs administratives, l’heure est à la réflexion, à l’introspection : comment pouvons-nous, demain, retenir nos bâtisseurs, ces âmes audacieuses qui ne demandent qu’à faire fleurir leur pays d’origine ? Peut-être est-il temps d’entendre ce message. Peut-être est-il temps de faciliter, d’ouvrir, de construire. Car un jour viendra où ces fils du Cameroun, ces bâtisseurs de demain, auront autant de raisons de rester que d’ailleurs d’aller voir ailleurs.

En ce jour d’inauguration, le Gabon célèbre l’avenir, et Bernard Fokou inscrit une nouvelle ligne dorée à son empire. Un succès entrepreneurial, ce moment est un signal : celui d’une Afrique qui doit se penser autrement, d’une Afrique qui doit cesser de contraindre ses enfants à chercher ailleurs ce qu’elle pourrait leur offrir. L’histoire se fait sous nos yeux, et elle pose une question essentielle : voudrons-nous être spectateurs de la grandeur des autres, ou artisans de la nôtre Réfléchissons.
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