Nous avons tous grandi au rythme de ses mélodies populaires, ses chansons berçaient notre quotidien . Pour beaucoup d’entre nous, ce fut la première fois que la musique rendait hommage à notre quotidien culinaire, celui qui osait chanter notre cuisine, nos habitudes, nos saveurs, faisant de nos plats ordinaires un hymne culture, comme si, par ses chansons, il dressait la carte de nos identités régionales et révélait la diversité culturelle du Cameroun. Grâce à la radio qui diffusait ses titres en boucle, il nous a initiés, presque tendrement, aux goûts et traditions qui unissent notre pays. Grâce à la radio qui diffusait inlassablement ses titres, nous découvrions, presque sans nous en rendre compte, la richesse culinaire de chaque région du Cameroun, révélée comme un symbole d’expression culturelle et d’unité. Artiste profondément enraciné dans la société, il chantait nos vies, nos rites, nos habitudes. Je me souviens encore de cette chanson que mon oncle aimait tant et qu’il fredonnait à l’heure du repas, comme un rituel parfumé de nostalgie. Aujourd’hui, nous chérissons cet héritage musical et intellectuel, car Danger Ngando était aussi un passionné d’écriture.

Un artiste incandescent, de la trempe de Manu Dibango, Francis Bebey, Eboa Lottin ou encore Sallé John. Son passage à « Télé Podium », l’émission d’Elvis Kemayou, révéla pleinement la force de son talent, partagé sur la scène ce jour-là avec sa fille, Priscilla Ngando, désormais artiste brillante de la place parisienne. Son souvenir demeure vivant, et sa chanson Country Show résonne encore dans nos mémoires profondes, comme un écho indélébile au point qu’on pourrait croire que l’émission Country Show de JP Rémy Ngono, au début des années 2000, s’inspirait de ce titre mythique. Né sous le signe du Scorpion, le 7 novembre 1944, d’un père originaire de Bon’Essaka-Bonamolè-Bonatèné à Deido (Douala) et d’une mère de Bonakwassi-Magamba (Bankon-Nord), Danger Ngando Konnè devient orphelin à l’âge de trois ans. On le surnomme alors « Danger », comme pour le protéger symboliquement des périls de l’existence, tandis que son prénom, David, n’est utilisé qu’à l’église. Élevé par sa grand-mère maternelle, il trouve consolation dans les berceuses qu’elle lui chantonnait. Au fil de ses études secondaires, il se passionne pour l’apprentissage autodidacte : comptabilité, imprimerie, journalisme, commerce. Il écrit pour le Courrier Sport du Bénin et devient imprimeur parmi les « compagnons du livre ». L’écriture l’habite au point de publier Le Code du Bonheur : un guide des jeunes mariés. Visionnaire, il figure parmi les promoteurs du droit d’auteur au Cameroun : en 1961, il écrit à la SACEM pour réclamer la mise en place du droit d’auteur en collaboration avec l’artiste Épée Mbendé Richard, dit « Épée d’Or ». Leur initiative permet l’arrivée de René Lequoi et l’instauration des premiers paiements de droits en Afrique centrale.

Un exploit signé d’un orphelin devenu pionnier. Musicien autodidacte, il commence comme danseur aux côtés du guitariste Magamba Basse. Attiré par l’instrument, il apprend rapidement la guitare et enregistre ses premiers titres à Radio Douala avec les techniciens Nyamè Claude, Samuel Ndjonjo, Moïse Mikano Moukouri et Jamo, accompagné de Manon Isaac, Missè Michel, Moussinga Ewanè Abel et Ndonguè Paul Raymond. Des chansons comme Mpong mo na mo, Moumi na Muto, Vous voyez ou Foguo Mawo enflamment les pistes de danse, les bars-dancing et les mariages du Littoral. Lauréat du prix Amadou Ahidjo en 1970, il reçoit ensuite le diplôme du « Moulin d’Or » des orchestres de Radio Nederland. En 1984, son titre Country Tchop est sacré disque de l’année. Avec dix albums à son actif, dont le dernier intitulé À cause du chaud, il s’impose comme l’une des figures majeures du Makossa. Ses surnoms, Papa Danger, Muna Mboa, Turbo des anciens, Vieille Marmite, témoignent de l’affection populaire. Il se considérait lui-même comme l’un des grands pionniers du Makossa, formé aux côtés de ses aînés Nellè Eyoum, Boulogne Danger, Djembè Thomas, Doubè Jeannot et Makonè Isaac. Danger Ngando Konnè nous a quittés le 15 novembre 2004, mais sa voix, ses mots et son âme demeurent. Son œuvre continue de vibrer en nous, comme une renaissance perpétuelle.
(sources, article redigé sous la houlette de sa fille Priscilla Caiman)
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