Ces derniers jours, le Cameroun a été traversé par une agitation particulière, portée par l’adoption d’une réforme constitutionnelle instaurant la fonction de vice-président. A première vue, tout semblait se dérouler dans le calme habituel des institutions, entre députés, sénateurs et membres du gouvernement. Une sérénité presque trop parfaite, comme si chaque geste était déjà écrit à l’avance. Pourtant, au milieu de cette mise en scène bien maîtrisée, une voix s’est élevée. Celle de René Ze Nguele, doyen du Sénat et militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Originaire de l’Est, il s’est exprimé avec une liberté rare, prenant le risque de critiquer ouvertement la manière dont cette réforme était conduite. Dans un paysage politique souvent marqué par la retenue ou le silence, son intervention a surpris, mais surtout interpellé. Il y a dans cette prise de parole quelque chose de profondément humain. Peut-être le poids de l’âge, peut-être la lucidité qui vient avec le recul, ou simplement le besoin de dire ce qui doit être dit. À un moment de la vie, les calculs s’effacent et la vérité prend le dessus. Son discours a donné à beaucoup le sentiment qu’il existe encore, au sein même du système, des hommes capables de parler sans détour. Mais derrière cette parole courageuse, une question persiste. Est-ce une rupture réelle ou une simple variation dans un scénario déjà écrit.
Car nombreux sont ceux qui voient dans cette séquence politique une mécanique bien rodée. Les rôles semblent distribués à l’avance, certains pour approuver, d’autres pour contester, mais au final, la décision reste inchangée. La majorité votera, la loi passera, et chacun reprendra sa place. Ce sentiment de théâtre politique n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une longue habitude où les grandes décisions semblent prises en amont, loin du regard du peuple. Le débat devient alors une formalité, une étape nécessaire pour donner l’illusion d’un processus démocratique. Dans ce contexte, même les voix critiques peuvent être perçues comme faisant partie du décor, volontairement ou non. Pourtant, réduire cette intervention à une simple mise en scène serait ignorer une part de vérité. René Ze Nguele n’est pas un inconnu. Il a servi l’État pendant plus de deux décennies, occupant plusieurs fonctions ministérielles. Pendant ces années, il est resté discret, comme beaucoup d’autres. Aujourd’hui, sa parole prend une autre dimension, ce qui ne manque pas de susciter des interrogations. Pourquoi maintenant. Pourquoi cette lucidité tardive. Certains y voient une contradiction. D’autres préfèrent y lire un sursaut. Car même tardive, une parole sincère garde sa valeur. Elle rappelle que le silence n’est jamais une fatalité et qu’il est toujours possible de se repositionner face à l’histoire. Au-delà de l’homme, c’est la réforme elle-même qui interroge. L’introduction d’un vice-président, dans une telle précipitation, laisse planer un doute. À quoi répond cette urgence.
Quel équilibre cherche-t-on à installer ou à préserver. Dans un système où le pouvoir reste fortement concentré, la création d’un tel poste pose la question de sa réelle autonomie. Peut-on parler d’équilibre institutionnel lorsque celui qui est nommé peut être écarté à tout moment. Ce climat nourrit la méfiance. Beaucoup y voient le signe d’un calendrier caché, d’une stratégie dont les contours échappent encore au grand public. Et pendant ce temps, le citoyen observe, souvent impuissant, un jeu politique qui semble se dérouler sans lui. Il serait pourtant injuste de conclure que tout est figé. L’intervention de ce patriarche, qu’elle soit perçue comme un acte isolé ou comme le début d’un frémissement, rappelle une chose essentielle. Aucun système n’est totalement fermé. Il suffit parfois d’une voix pour fissurer une certitude. Le Cameroun, comme tant d’autres nations, se trouve à la croisée des chemins. Entre continuité et renouveau, entre fidélité au passé et aspiration à autre chose. Le peuple, lui, attend. Il observe, il espère, parfois il doute. Mais il reste là, témoin de son propre destin. Et dans ce paysage complexe, une idée persiste doucement. Le changement ne vient jamais d’un seul homme, mais il commence souvent par une parole qu’on n’attendait plus.
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