Mag-Afriksurseine-Mars-2024

TOUMBA DIAKHITE : LES RAISONS DE SON ELIMINATION EN GUINEE CONAKRY

 

Hier, les regards du monde se sont tournés vers la Guinée. Un peuple meurtri accompagnait l’un des siens vers sa dernière demeure. C’était non seulement un enterrement,  mais surtout un moment de silence, de colère contenue et d’amour profond pour un homme devenu symbole. Le Aboubacar Sidiki Diakité s’en est allé, mais son départ laisse derrière lui un grand  chagrin. Il révèle aussi les fractures d’un pays en quête de paix et de justice. Beaucoup y voient une disparition entourée de zones d’ombre, dans un contexte politique où la méfiance ne cesse de grandir. Certains pensent que le pouvoir en place n’a pas mesuré la portée d’un tel drame. Gouverner, ce n’est pas seulement gérer l’instant. C’est comprendre ce que chaque décision sème dans l’avenir. L’histoire africaine nous a déjà montré comment certains événements, mal compris ou mal gérés, peuvent diviser durablement des nations. L’exemple du Ernest Ouandié au Cameroun reste encore présent dans les mémoires. Nous avons parfois cette faiblesse de penser à court terme, d’oublier que chaque acte politique porte en lui des conséquences profondes. Le pouvoir peut sembler solide aujourd’hui, mais il repose souvent sur des équilibres fragiles. D’autres avant l’actuel dirigeant guinéen ont cru tenir leur destin entre leurs mains. L’histoire, elle, suit toujours son propre chemin. Derrière cette disparition, beaucoup voient des raisons qui dépassent le simple destin individuel. Dans un pays où les équilibres restent fragiles, les logiques tribales continuent de peser lourdement et transforment parfois des hommes en symboles gênants. Toumba, par sa popularité grandissante et l’attachement sincère qu’il suscitait auprès du peuple, était devenu plus qu’un ancien militaire. Il incarnait une parole, une mémoire et peut-être même une alternative dans l’imaginaire collectif. Une telle influence dérange toujours les pouvoirs installés, surtout lorsqu’elle échappe à leur contrôle. Son élimination apparaît alors, pour certains, comme une manière d’éteindre une voix devenue trop forte. Mais au-delà de son cas, cette histoire porte un avertissement clair à tous les aides de camp et à ceux qui choisissent la voie des coups d’État. Le pouvoir obtenu par la force reste un pouvoir instable, souvent éphémère, qui finit par se retourner contre ceux qui l’ont conquis. L’histoire africaine l’a déjà montré à plusieurs reprises, et elle continue de le rappeler à ceux qui refusent de l’entendre.

La mort de Toumba s’inscrit dans cette réalité troublante. Les récits évoquent une fin brutale, des interrogations, des souffrances. Derrière ces faits, il y a surtout un homme. Un homme qui, à un moment de sa vie, avait choisi de servir, avant d’être entraîné dans une spirale qui le dépassait. On parle souvent de lui comme d’un soldat, d’un acteur d’événements marquants. Mais ceux qui l’ont connu rappellent aussi une autre facette. Celle d’un homme simple, parfois discret, attaché à son métier et à une certaine idée de l’honneur. Rien ne le destinait à devenir cette figure controversée et, pour beaucoup, admirée. Malgré tout, ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’élan populaire. Des femmes et des hommes venus de la France, du Niger, du Burkina Faso et d’ailleurs ont fait le déplacement. Ils sont venus témoigner d’un respect sincère, parfois silencieux, souvent bouleversant. Dans le Wassoulou comme dans d’autres régions, des familles promettent déjà de donner son nom à leurs enfants. C’est une manière de dire qu’un homme ne disparaît jamais vraiment tant que son souvenir continue de vivre. À Boké comme ailleurs, la mobilisation a montré l’ampleur de cette empreinte laissée dans les cœurs.

 

La foi, elle aussi, trouve sa place dans ce moment. Beaucoup rappellent que toute vie appartient à Dieu et que chacun retourne vers Lui au moment décidé. Cette conviction apaise sans effacer la douleur. Elle permet simplement de tenir debout. Toumba laisse derrière lui une trace particulière. Durant son procès, nombreux sont ceux qui ont été marqués par sa parole, sa franchise et son calme. Il avait cette manière de parler qui donnait le sentiment d’entendre une vérité, ou du moins une part de vérité que l’on ne peut ignorer. Hier, le monde entier avait les yeux tournés vers la Guinée Conakry pour voir une population triste accompagner son idole de la parole à sa dernière demeure. Alors que ce pays recherche une paix directe, le président actuel a laissé assassiner le commandant Toumba, peut-être conseillé par ses proches occidentaux. En acceptant que cela se passe ainsi, il ne sait pas que c’est un piège qu’on lui tend. Il ne voit que le présent, sans comprendre qu’il s’agit d’une tactique de division mise en place pour le déstabiliser dans les années à venir. C’est la même chose qui s’est produite au Cameroun avec la mort d’Ernest Ouandié, qui aujourd’hui encore divise le pays en communautés. Nous, Africains, sommes encore très naïfs dans notre manière de gouverner sur le long terme. Nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez, et cela se constate avec Doumbouya. Il oublie qu’il s’agit d’un pays complexe, et que le sort que lui feront subir ses proches ne sera pas différent de celui qu’a connu le président du Libéria, Samuel Doe.

 

 

 

Il est arrivé par les armes, et c’est par les armes qu’il s’en ira. Il a tué avant d’accéder au pouvoir, il connaîtra le même sort. Il a hérité d’un pouvoir pour lequel il ne s’est pas battu. Il s’est retrouvé au cœur d’une affaire qui ne le concernait pas. Qu’avait-il à demander une justice pour ensuite les assassiner l’un après l’autre. Toumba a été sorti de nuit. On l’a amené au sous-sol d’une habitation vétuste. C’est là qu’il a été cruellement torturé. On lui a demandé d’expliquer le trajet qu’il avait pris après avoir tiré sur le président Dadis. On lui a demandé où il s’était caché, qui l’avait aidé et comment il avait réussi à se retrouver au Sénégal. Sous le coup de la torture, il aurait tout dit. Quant à Dadis, l’homme par qui tout est arrivé, il subira le même sort. Lui, on a préféré l’éliminer à distance, car en le sortant, le travail était déjà fait. Toumba était un homme bien. Il faisait tranquillement son travail de cardiologue, jusqu’à ce que Dadis vienne le chercher. Et voilà ce qu’il est devenu. Sa mort soulève encore des questions. Était-ce une fatalité, une conséquence ou autre chose. Peu importe les réponses que l’avenir apportera, une chose reste certaine. Sa disparition est une perte immense pour la Guinée et, au-delà, pour une partie de l’Afrique qui se reconnaît dans son histoire. Aujourd’hui, le temps est au recueillement. À la mémoire. À la transmission aussi. Car les générations à venir retiendront ce qu’elles voudront de lui. Un soldat. Un homme. Un symbole. Peut-être un peu de tout cela à la fois. Ce qui est sûr, c’est que son nom continuera de circuler, porté par les récits, les souvenirs et les émotions. Dans les cœurs, il ne s’efface pas. Il devient autre chose. Une présence invisible mais persistante. Et dans le silence qui suit les grandes douleurs, une idée s’impose doucement. On peut faire disparaître un homme, mais on ne fait jamais disparaître ce qu’il a éveillé chez les autres. Repose en paix.

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