Mag-Afriksurseine-Mars-2024

REVISION DE LA CONSTITUTION CAMEROUNAISE : VERS LA NOMINATION D’UN VICE PRESIDENT ANGLOPHONE

 

Ces derniers jours, la révision de la Constitution camerounaise a ouvert une séquence politique singulière, à la fois attendue et incertaine. Au-delà des ajustements juridiques annoncés, c’est une interrogation plus profonde qui s’impose sur le sens même de cette réforme et sur ce qu’elle dit de l’avenir du pays. Car modifier une Constitution, ce n’est jamais un acte neutre. C’est redéfinir, parfois discrètement, les équilibres du pouvoir, mais aussi les promesses faites à la nation. Dans ce contexte, la création d’un poste de Vice-président ne peut être réduite à une simple innovation institutionnelle. Elle soulève une question essentielle, presque décisive, sur la manière dont le Cameroun entend désormais se penser, se représenter et, peut-être enfin, se reconnaître lui-même. Il arrive, dans la vie d’un pays, des moments où une décision dépasse les textes et les procédures pour toucher quelque chose de plus profond, presque intime. Le Cameroun semble aujourd’hui à ce point de bascule. La création annoncée d’un poste de Vice-président, prise isolément, n’a rien d’exceptionnel. Beaucoup d’États fonctionnent ainsi. On pourrait y voir un simple mécanisme pour assurer la continuité du pouvoir. Pourtant, dans le contexte camerounais, cette nouveauté ne peut pas être anodine. Elle porte en elle du passé, des attentes, et surtout une occasion rare de faire évoluer les choses sans tout bouleverser. Peu à peu, une idée s’impose, sans bruit mais avec évidence.

 

Le premier Vice-président du Cameroun devrait être un anglophone, originaire du Nord-Ouest. Non pas pour satisfaire une revendication ponctuelle, ni pour répondre à une logique de calcul, mais parce que cela correspond à une forme de justesse. Comme si, pour une fois, la politique acceptait de rejoindre la réalité. Le Cameroun n’a jamais été un bloc uniforme. Dès le départ, il s’est construit sur une dualité, avec des héritages différents appelés à coexister. Sur le papier, cette diversité était reconnue. Dans les faits, elle a souvent été absorbée, diluée, ou simplement ignorée. Avec le temps, ce décalage s’est installé dans les esprits et a fini par peser sur la vie nationale. Ce malaise n’est pas seulement une question d’histoire. Il se ressent aujourd’hui encore, comme une fatigue diffuse. Une impression que quelque chose n’a jamais été pleinement assumé. Dans ce contexte, nommer un Vice-président anglophone ne serait pas un simple geste symbolique. Ce serait une manière de dire clairement que l’unité ne se décrète pas depuis le sommet, mais qu’elle se construit dans la réalité des équilibres. Qu’un pays devient solide non pas en effaçant ses différences, mais en les intégrant avec intelligence. Regarder la carte du Cameroun autrement aide à comprendre cela. Certaines régions ne sont pas de simples découpages administratifs. Elles portent une charge particulière, une signification plus profonde.

 

Le Nord-Ouest ou le Sud-Ouest  en font partie. Ce qui s’y joue depuis des années dépasse largement le cadre local. C’est là que se concentrent des tensions, mais aussi des attentes fortes, parfois silencieuses, souvent mal comprises. Choisir un Vice-président issu de cette région ne serait pas un geste secondaire. Ce serait aller là où la République doit se rendre visible et crédible. Parce que la paix ne commence pas dans les zones tranquilles. Elle commence là où la confiance a été fragilisée. Réduire cette décision à une question morale serait une erreur. Il y a aussi, derrière cela, une logique d’efficacité. Un État fonctionne mieux quand il comprend mieux. Et il comprend mieux lorsqu’il écoute réellement, depuis plusieurs points de vue, et pas seulement depuis un centre unique. Une telle figure pourrait apporter une lecture plus fine des réalités du terrain, des blocages, des attentes concrètes. Elle pourrait aider à rapprocher des espaces qui, aujourd’hui encore, semblent éloignés les uns des autres. Certains craignent que l’équilibre régional ouvre la voie au communautarisme. Mais ces deux idées ne sont pas les mêmes. Le communautarisme enferme, il divise. L’équilibre, lui, organise et stabilise.

 

Dans un pays aussi complexe que le Cameroun, reconnaître les différentes composantes dans les lieux de décision n’affaiblit pas la République. Au contraire, cela la rend plus fidèle à elle-même. Le Cameroun n’a pas seulement besoin de réformes techniques. Il a besoin de signes clairs, visibles, compréhensibles par tous. Un Vice-président issu du Nord-Ouest ou du Sud Ouest serait l’un de ces gestes qui parlent d’eux-mêmes. Un geste qui montre que l’unité n’est pas seulement un discours, mais une pratique. Bien sûr, cela ne résoudra pas tout. Aucune décision ne peut, à elle seule, effacer des années de tensions. Mais ce serait un début crédible. Et dans les périodes où la confiance a été entamée, les débuts comptent énormément. Au fond, la question dépasse les institutions. Elle touche à la manière dont le pays se regarde lui-même. Quel Cameroun veut émerger de ce moment. Un pays qui se dit uni sans toujours se reconnaître, ou un pays qui accepte sa réalité pour mieux avancer. Se reconnaître tel que l’on est n’est jamais un signe de faiblesse. C’est souvent le premier pas vers quelque chose de plus solide, de plus apaisé. Peut-être est-ce justement ce pas que le Cameroun attend encore de lui-même.

Loading

Tendances

A Lire aussi