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PAR LE Dr ROGER  DIEUDONNE MVOGO

De tout temps, les Forces Armées sont  au cœur des défis de la préservation de la paix et la protection des droits des peuples. Cependant, des réalités de l’histoire des Armées africaines, peuvent amener à croire à tort ou à raison, ces principales missions régaliennes  sont loin d’être la chose la mieux partagée à ce jour, surtout  quand il s’agit de relever ces défis en leur propre sein ou à travers les rapports sociaux. À cause des dynamiques propres à toutes les  sociétés modernes, et surtout des menaces sécuritaires et de déstabilisation de la paix, ainsi que sur la protection des droits, malgré la synergie Armées-Nation qui est une réalité au Cameroun, un examen approfondi de cette  question s’impose. Il faut renforcer la synergie pour une plus grande efficacité dans le déploiement des missions sus-évoquées, au prorata des sacrifices consentis, conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1789 et aux Objectifs du Millénaire adoptés à Johannesburg en 2008.  S’il est établi que le succès des politiques publiques n’est mieux garanti que parce que orienté vers une plus grande  modernisation des administrations militaires pour une contribution plus visible au PIB et au développement du pays, même les géo-stratèges, politologues, psychologues, juristes, psychanalystes et autres experts en sécurité, défense et protection des droits, auraient du mal à nous démentir. Les causes d’une difficile satisfaction en totalité de l’adéquation entre synergie Armées-Nation et défis de préservation de la paix, sécurité et protection des droits des personnes et des biens y compris ceux des militaires eux-mêmes, sont multiples et variées. Le contexte africain étant encore en général, marqué par des discours apologétiques sur l’état de la gouvernance, le présent article fait une analyse profonde de ladite synergie, dans l’optique d’en faire un véritable levier de développement, parce qu’en adéquation avec les défis de préservation de la paix, la défense de la sécurité et la protection des droits au Cameroun.  

 

I- Une synergie aux fondements pertinents.

Bien qu’elles soient parvenues à un niveau acceptable de modernisation en termes de stratégies, d’équipements, de ressources et moyens logistiques nécessaires pour accomplir leurs missions avec une plus grande efficacité, le renforcement de la synergie Armées-Nation, en adéquation avec la paix et les droits  protégés au prorata des sacrifices consentis. L’Armée et la Nation sont deux (02) composantes socio-politiques qui « partagent un objectif commun, à savoir : promouvoir un nationalisme constructif de leur force et lutter contre un ennemi commun : le tribalisme. Celui-ci ne peut continuer  à  bâtir une unité nationale dans un État  pluriethnique, (Cf. R. Kafo Fohou., Cameroun : liquider le passé pour bâtir l’avenir, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 79). Dès lors, le militaire est de tout temps sur la scène tant sur le front qu’en période de paix ou des élections, par loyalisme, fidélité et professionnalisme.  Bien que les crises et les conflits soient permanents, des indices de comportements républicains de nos Forces Armées méritent davantage d’être salués.

 

En dehors de la ferveur patriotique partagée lors fêtes de commémoration de l’Unité nationale, entre ces Forces Armées et les populations au tour d’activités ludiques, sportives et de démonstration des stratégies de défense et de sécurité fort appréciées, l’on ne peut oublier cette marque de réserve et de sang-froid observés par ces forces devant les manifestants du MRC à Douala et à Yaoundé les 6 et 8 mai 2025, à la satisfaction générale de tous les compatriotes. D’où la nécessité de scruter de nouvelles pistes d’orientation de cette synergie Armées-Nation concourant au renforcement de l’esprit patriotique, pour en faire également un instrument de paix et un socle pratique du dialogue social dans notre pays. Car, les multiples connotations de l’action sécuritaire et de paix de ces forces,  prédisposent le militaire-citoyen à se défaire des préoccupations liées aux « coups de force » comme expression de puissance ou « moyen de prédilection » de conquête du pouvoir dans un régime de démocratie pluraliste comme le nôtre.  (Cf. Siegle. J., « Les coups d’État en Afrique et le rôle des acteurs extérieurs », africacenter.org.fr, 3 janvier 2022). Avec le concours de celles-ci, les populations s’adaptent mieux aux contingences socio-politiques et économiques de leur environnement au lieu de s’encombrer de ces vaines revendications aux  ramifications très souvent venues d’ailleurs, menaçant parfois la sacralité du caractère multiethnique et multiculturel de nos Forces Armées, pourtant mieux préservée à ce jour. Les avancées technologiques en matière de défense et de sécurité intelligente, ne faisant pas que des victoires rapides avec un impact à grande échelle comme il est démontré dans la guerre Russo-Ukrainienne aujourd’hui, invite aussi et surtout à un peu plus de « morale et de sagesse » dans les activités de sauvegarde de la paix, la défense sécuritaire et la protection des droits(Cf. Weber. M., Le savant et le politique, Paris, Plon, 1959),  pour éviter à l’avenir ces milliers de décès et victimes des guerres conventionnelles contemporaines.

 

  II- Une problématique au cœur des préoccupations des armées modernes.

 

Le souci du renforcement de la synergie Armées-Nation pour une meilleure adéquation avec les défis de la paix et la protection des droits des soldats et autres personnels assimilés est une problématique au cœur des préoccupations des armées modernes avec de multiples connotations. Sur la base d’un certain nombre de questionnements, Ces préoccupations sont classées en quatre (04) grandes catégories : stratégique, socio-politique, méthodologique et psychologique. Sur le plan stratégique, il est question de savoir si les droits des soldats et leurs victimes sont suffisamment protégés au Cameroun aujourd’hui, face aux défis de la paix et la sécurité à préserver tant à l’intérieur  qu’à nos frontières jusqu’au sacrifice suprême. Mais il faut retenir que les obligations essentielles d’une armée ne se résument pas à la guerre, il faut pouvoir la préparer à travers une bonne appréciation des défis de la paix et des droits à protéger. Pour y parvenir, il faut d’emblée considérer le sens polysémique du concept de guerre, afin de mieux apprécier le sort réservé aux rescapés ou victimes de celle-ci, garantir un traitement des plus honorables des ayants-droits et les victimes collatérales. Il faut tenir compte de ces comportements, responsables parfois de cette image d’un pays où les citoyens sont en état de guerre permanente avec les soldats et surtout pouvoir y résister grâce à cette synergie Armée-Nation (Samir. A. Houtart. H. F., Mondialisation des Résistances.

 

L’État des luttes 2002, Paris, L’Harmattan, 2002). – Sur le plan socio-politique, il faut répondre à quatre (04) questions essentielles. – Quel sort réservé à ce soldat qui, du fait des sévices de « guerre » subis ou de l’état de « victimisations » dont il ferait l’objet, est devenu alcoolique ou une virtuose du sexe sans aucun respect pour les foyers d’autrui, brisant ceux-ci et causant des  torts parfois irréparables à de nombreuses familles ? – La loi étant généralement  muette en termes de sanctions, quel est le point de vue du juge civil ou du magistrat militaire face à de tels cas pour faute de preuves ou couverture de sa hiérarchie ? – Comment remédier à toutes les conséquences qui en découlent ? – Que dire de ce soldat de retour de guerre mort ou vivant et dont le dossier de capital-décès est presque « enterré » dans un service au mépris des difficultés sociales ou économiques qui pèsent sur lui, sa famille ou ses ayants-droit ?  Sur le      plan méthodologique recommande l’adoption d’une approche systémique afin stigmatiser en toute objectivité et rigueur scientifique, les entraves  de cette synergie Armées-Nation. Deux (02) questions fondamentales inspirent cette méthode. – Les textes législatifs et réglementaires, en l’occurrence les Statuts spéciaux des personnels militaires et civils sont-ils suffisamment évocateurs des réalités en termes de droits et obligations liés aux défis de la préservation de la paix, la défense sécuritaire et la protection des droits y afférents ? –  Quels types de structures conviennent-ils le mieux en termes d’encadrement institutionnel, organisationnel et juridique pour répondre plus efficacement à chaque situation. Sur le plan psychologique, quel traitement réservé à un soldat qui, de retour de guerre, est encore traumatisé par toutes ces images mortifères et de violence multiples encore dans sa mémoire réagit avec une extrême violence face à une situation que d’aucuns considèrent de normale ?– Quelle attitude devrait véritablement adopter ce soldat qui, de retour de guerre, trouve sa conjointe ou vice versa entre les bras d’un ou d’une inconnue sur le lit conjugal ? – Quelles sont les diverses raisons de l’absence d’une réelle prise en compte de tous ces cas de figure par la législation et les règlements militaires ? Est-ce à cause de l’absence d’organismes ou structures spécifiquement dédiés ou encore des causes jusque-là inconnues ?  Quid des stratégies qu’il convient de renforcer ?

 

III- Des stratégies pratiques à renforcer pour une synergie Armées-Nation  aux résultats plus visibles.

 

Bien que « divers incidents soient survenus au tour des élections en 2011 » (Cf. M. Hamidou Yaya., Le choix de l’action. Mes dix ans au MINAT, Yaoundé, Les Editions du Schabel, 2014, pp. 71-75), les mouvements socio-politiques de 1992, 1997 et les « émeutes de la faim » de 2008, n’ont vu leur  échec que grâce à la contribution remarquable de la synergie Armées-Nation. La création et le fonctionnement des centres de désarmement, de démobilisation et de réintégration pour montrer le caractère indivisible de l’État et la nécessité de préserver l’unité de la nation, participe des mêmes ambitions synergiques Armées-Nation. Celle-ci a également souvent aidé les organismes de coopération comme Plan Cameroun à faire bénéficier aux populations des vertus de la paix dans les zones sinistrées à travers des programmes d’éducation accélérée. De la même manière, la construction de l’autoroute Congo-Cameroun-RCA n’a été rendue possible qu’avec la contribution des forces de sécurité et de défense spécialisées : le génie-militaire. Au-delà des zones frontalières qui sont aussi désenclavées,  la paix a aussi été rétablie entre le Cameroun et le Nigéria sur la péninsule de Bakassi dans la baie du Biaffra, permettant la construction d’un nouveau pont sur la Cross-River sur fonds de la BAD, inauguré le 3 novembre 2022 (Cf. Cameroon Business, journal d’information et d’analyses économiques, n°285, 15 novembre 2022, pp. 16-17). D’autres initiatives telles que l’urbanisation par la construction de nouvelles infrastructures socio-économiques ont été réalisées de part et d’autre sur les rivages du nouveau pont, à la fierté mémorable des populations bénéficiaires et l’expansion économique de la sous-région qui est visible aujourd’hui. Aussi, les stratégies pratiques pour renforcer la synergie Armées-Nation en adéquation avec les défis de la paix et la protection des droits, consistent-elles à comprendre le sens de toutes les questions sus-posées et y apporter les réponses appropriées.

 

– Sur le plan stratégique, les droits des soldats et autres victimes de l’action militaire n’étant pas suffisamment protégés, il faut pouvoir revisiter les obligations essentielles de nos forces armées consacrées par les textes spécifiques et qui ne se résument pas seulement pour le soldat à aller en guerre contre l’ennemi. Il faut étendre ces missions par une nouvelle cartographie de métiers, à la faveur par exemple de l’Intelligence Artificielle (IA) et des opportunités des nouvelles technologies de la sécurité intelligente. Ces innovations permettraient  d’amoindrir  le sort des soldats rescapés, celui réservé aux ayants-droits quand leurs géniteurs  sont tombés sur le champ de bataille ou alors celui d’un camarade désormais invalide ou handicapés, ainsi que leurs victimes collatérales.

 

Au niveau socio-politique, il faut à travers des actions de sensibilisation et séminaires conjoints, amener les citoyens et les militaires à intégrer une bonne fois cette réalité : le principe Armées-Nation est une réalité au Cameroun qui vise à rappeler aux uns et aux autres que ces Armées ne vivent pas en vase clos et font partie intégrante des forces productrices et de développement de notre pays. Il est indispensable de veiller à cette synergie et l’adéquation qui en découle. De même, si servir au sein des armées est un métier comme tous les autres et que mourir est une fierté pour sauver la vie de milliers de concitoyens et sauvegarder la paix de toute une nation, l’on ne peut rester indifférent sur l’état actuel de la protection des droits de telles personnes. Plus concrètement, il est question de créer par exemple un Office ou Agence nationale qui traite de manière plus approfondie de toutes les questions sus-présentées, ainsi qu’un panthéon aux morts et victimes de la guerre et ses concepts connexes.  Les  rapports sociaux entre ces forces armées et la nation étant une réalité, ces deux structures permettraient de les renforcer en dehors des multiples emplois directs et indirects générés. Les droits à l’emploi décent pour tous dans une synergie d’interprofession seraient également davantage protégés.

 

 – Au plan méthodologique, à travers l’incontournable approche systémique pour traiter toute question liée à la synergie Armées-Nation dans le contexte camerounais, un effort devra être fait pour comprendre par des productions scientifiques bien encadrées, ainsi que des projets de développement fédérateurs à la faveur des opportunités de la décentralisation et du développement local, qu’il est indéniable qu’en période de paix, de veiller aux prédispositions  spirituelles du soldat ou du militaire à faire face à la société, constituée essentiellement de ses semblables. Grâce également à  la pluridisciplinarité et interdisciplinarité, le conseil organisationnel est d’un apport capital. Son expertise aide à mieux fédérer toutes les intelligences et divers savoirs face à cette difficulté à trouver à ce jour, un sens plus conciliateur aux concepts clés qui sont : « la guerre », « le conflit », ou « la victime directe », et « la victime indirecte ou collatérale ». Par ses méthodes d’intervention, ce conseil aide aussi à bien percevoir les contours de cette synergie Armées-Nation, non sans prendre en compte le contexte pressant du nouvel ordre mondial en construction, défavorable à l’Afrique.

 

Ainsi, pour mieux relever les défis liés au renforcement de la synergie Armées-Nation, la méthodologie reste essentiellement participative, d’où ces théories du management systémique et de la gestion des organisations qui sont incontournables pour garantir une structuration des cadres institutionnels, organisationnels et fonctionnels pratique tout en veillant sur l’assurance-qualité, en matière d’harmonisation des  textes législatifs et réglementaires en la matière.   – Sur le plan psychologique, l’accompagnement ne se limite pas seul clinicien. Il faut accompagner la victime de droits lésés ou abusés dans sa nouvelle reconversion par des activités agro-pastorales ou agro-industrielles, ainsi qu’un encadrement mieux structuré des anciens combattants et victimes de guerre au cours des activités festives, de sécurité et de protection civile ainsi que d’assainissement urbain, à la faveur des lois de la décentralisation et du développement local.  Au demeurant, autant s’il est impératif que la paix soit sauvegardée par la synergie Armées-Nation, il est tout aussi capital de veiller à une plus grande efficacité et efficience, à la protection des droits des soldats eux-mêmes, leurs ayants-droits simultanément à ceux de tous les citoyens au tour des questions relevant de leurs différents rapports. Non seulement du fait de la guerre, mais de toutes les autres questions qui sont posées dans la vie quotidienne de tous et de chacun, au regard de la dimension polysémiques des termes clés qui sous-tendent généralement lesdits rapports. Ce n’est qu’en assurant cette meilleure adéquation qu’il est encore possible de croire au caractère humanisant et diplomatique des nouveaux métiers des Armées, loin des stéréotypes et finalités mortifères ou des « condamnations sociales» dans lesquels ces Armées sont très souvent confinées. /-

Roger Dieudonné Mvogo, Ph. D

Internationaliste, Consultant en management

et gestion des organisations

Tél : + 237 657 22 49 24 /

E-mail :mvogord2005@.gmail.com.

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