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Il est des alliances qui, sous couvert d’intérêt national, dissimulent des calculs politiciens peu glorieux. L’actuelle proximité entre Ékané Anicet et Maurice Kamto, que certains voudraient faire passer pour une union de principe, relève plutôt d’une relation trouble, presque incestueuse, où les convictions idéologiques sont reniées au profit d’une visibilité opportuniste. Ékané, qui se voulait hier marxiste radical, chantre d’un panafricanisme intransigeant, se retrouve aujourd’hui à justifier un ralliement sans consistance programmatique au MRC, oubliant soudain ses critiques virulentes d’hier. Où sont passées ses fameuses lignes rouges ? Que reste-t-il de sa ligne révolutionnaire sinon un discours de rattrapage, en quête de crédibilité perdue ? Cette rencontre, que l’on présente comme le récit d’une alliance stratégique, a plutôt l’apparence d’une reddition confuse, où se mêlent règlements de comptes personnels, messianisme déplacé et contradictions non assumées.

 

Elle mérite qu’on la lise non pas comme une profession de foi, mais comme le symptôme d’une dérive intellectuelle et politique. Je respecte les convictions, même lorsqu’elles sont exaltées. Mais encore faut-il qu’elles reposent sur une lecture cohérente de la réalité. Faire l’éloge d’Ekané Anicet comme s’il était l’incarnation d’une alternative politique sérieuse, c’est faire abstraction de son enfermement idéologique chronique et de sa posture radicale, souvent plus dogmatique que pragmatique. Soyons clairs : Ekané n’est pas un homme politique au sens plein du terme. Il est un idéologue, un militant théorique, un Tarzan marxiste englué dans une contestation systématique, sans jamais offrir une vision de gouvernement solide ni des mécanismes viables pour répondre aux défis réels du Cameroun. Ekané est un agitateur, il l’a toujours été depuis sa jeunesse. Le verbe haut et les slogans révolutionnaires ne suffisent pas à bâtir un État. Ce pays ne se dirige pas avec des références fossilisées sur le passé, encore moins avec un rejet caricatural de toute forme de coopération extérieure. Par ailleurs, présenter le soutien à Maurice Kamto comme une révélation quasi messianique me semble tout aussi excessif.

 

Kamto, malgré ses compétences indiscutables, n’est pas un démiurge. Et réduire le choix national à un seul homme, en le sacralisant et en diabolisant tout ce qui n’est pas lui, c’est glisser dangereusement vers une forme de pensée unique inversée, miroir du système qu’on prétend combattre. Quant à la prétendue pureté du MANIDEM et de ses soutiens, il faut éviter les raccourcis faciles : l’absence d’un membre d’un département dans une organisation ne prouve en rien son absence de coloration identitaire ou idéologique. Le tribalisme est  une manière de penser, de classer, de suspecter l’autre selon des lignes invisibles. Et ce discours qui oppose « un gars du Littoral » à « son frère de l’Ouest » ne fait que conforter ce que vous prétendez dénoncer. On  parle  d’AVC le 13 octobre comme s’il s’agissait d’un épilogue glorieux. Ce genre de formulation, dramatique et provocatrice, participe à une tension malsaine. La politique n’est pas un combat de gladiateurs, ni un champ d’effondrements, mais un espace de construction collective. Je ne conteste pas que le régime en place ait accumulé fautes, mépris et blocages. Mais je refuse qu’on remplace une logique de confiscation par une logique de revanche. Le Cameroun mérite mieux que des affrontements de slogans, des alliances de circonstance et des hérauts d’une rupture sans boussole. Si la souveraineté du peuple doit s’exprimer, qu’elle le fasse dans la responsabilité, la rigueur et la vérité. Le reste, c’est de la posture.

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