Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LES MARCHEURS GABONAIS AU RYTHME DES PAS DES PAYSAGES CAMEROUNAIS : ILS SERONT A BAFIA AUJOURD’HUI

 

Ils sont partis de Yaoundé un mardi à l’aube, portés par l’élan d’un rêve fraternel. Eux, ce sont Manuel Vinga, Blendis Kouelengoye Moussounda et Phanuel Pambou Mbadinga  trois fils du Gabon, trois âmes en marche vers l’idéal d’une Afrique unie. Ensemble, ils ont entrepris une traversée à pied : la marche de la fraternité africaine. Un geste simple, mais habité d’un souffle ancien, presque sacré. Aujourd’hui, ils devraient atteindre Bafia, quelque part aux alentours de 18h. Leur présence est désormais connue, attendue même. Ces jeunes hommes marchent, et autour d’eux, des regards s’allument, des mains saluent, des voix les encouragent.

 

Parfois, des Camerounais les accompagnent sur plusieurs kilomètres , dix parfois,  avant de reprendre le chemin de leur village. Leurs pas laissent une trace  monumentale dans les esprits. À terme, ils visent Ouagadougou. Personne ne peut dire exactement quand ils y parviendront,  pas même eux. Mais le but, pour l’instant, importe moins que le chemin. Et sur ce chemin, ils avancent avec détermination. Cette marche, reconnue et saluée par les hommes de bonne volonté locale qui sont alertés de leur passage, est devenue une épopée moderne, une légende en train de s’écrire, jour après jour. Au Gabon leur nom résonne dans les campagnes traversées : ils sont connus pour avoir arpenté à pied les nombreux  sentiers du Gabon.

Et aujourd’hui, ils témoignent que marcher, pour un Africain, est un hommage, une mémoire vivante qu’ils rendent à la terre mère. Les ancêtres l’ont fait, ils l’ont prouvé jadis : le sol africain était une terre sans frontières, et les peuples s’y rencontraient librement, sans barrières ni méfiance. Dans une époque où les crises se multiplient, où les replis identitaires se durcissent, où l’unité semble se fissurer, ces trois jeunes hommes, sans bruit, montrent que l’instinct peut encore guider vers le rassemblent. Leur geste, peut-être perçu aujourd’hui comme banal, portera un jour la force d’un symbole. Car marcher de Yaoundé à Bafia, ce n’est pas rien. C’est environ 120 kilomètres de route, quatre jours d’effort soutenu, à raison de 30 kilomètres par jour. Une aventure humaine, à ciel ouvert. Hier encore, en traversant le pont d’Ebegda, les choses se sont corsées. C’était de nuit. La fatigue leur alourdissait les jambes. Ce pont, presque extraordinaire, a quelque chose d’épouvantable. Mais au moment de s’y engager, un silence les a enveloppés, presque mystique.

Les eaux sous leurs pieds semblaient leur parler, dans un langage ancien. Le guide de circonstance rencontré à la traversée, d’une voix douce mais ferme, leur a demandé de ne pas regarder autour, mais droit devant. Et, comme par enchantement, la marche est redevenue légère. Après le pont, il leur restait encore sept kilomètres pour atteindre le village suivant. il faut noter qu’ils ont traversé le pont d’Ebgda hier vers 20heures. « Les eaux semblaient nous parler… C’était étrange, » a confié Manuel Vinga, chef du groupe.

Après la traversée il y avait deux possibilités, soit camper là pour attendre le lendemain soit continuer mais braver les 7 kilomètres avant d’atteindre le village. Les marcheurs choisiront de continuer ce qui les a cruellement épuisés.  En cette saison des pluies, les averses ne manquent pas, les surprenant parfois en pleine marche. Mais loin d’un obstacle, c’est un baptême du ciel, une bénédiction discrète qui les lave de la fatigue et les prépare pour la suite. Et malgré les intempéries, l’accueil est chaque fois chaleureux. Dans chaque village, les chefferies leur ouvrent leurs portes. L’hospitalité africaine se réinvente à chacun de leurs arrêts.

À Balamba, la chefferie les a reçus avec tous les honneurs, même en l’absence du chef. Ils y ont trouvé un abri, des sourires, un repas partagé, et un repos bien mérité. Ils saluent aussi la chefferie de Yemkout, qui dès le premier jour leur a offert un vaste espace de repos et un repas généreux. Tous les endroits  où ils se sont reposés ils rencontrés  une communauté qui  leur a  offert  une réception digne des hôtes royaux. Ce qu’ils retiennent, au-delà de la fatigue et de l’effort, c’est la beauté des paysages, l’enivrante poésie des terres traversées. Ils s’arrêtent souvent pour capturer l’instant, photographier l’horizon, immortalisant cette Afrique qu’ils célèbrent à chaque pas. Et le drapeau gabonais qu’ils portent fièrement devient une énigme pour les passants, une invitation au dialogue, une curiosité émue. Oui, cette marche est un  périple. C’est une force d’amour à l’Afrique, un rappel vibrant que la fraternité n’est pas un rêve lointain, mais une réalité qu’il suffit de vouloir, un pas après l’autre.

Mais une seule chose semble les marquer profondément : l’accueil et l’hospitalité africaine. Bien que quelques petites tensions aient émergé autour de la présence du drapeau gabonais, un symbole qui touche la fibre sensible de certains, ces trois hommes continuent de surprendre. Il faut dire que l’image des Gabonais marchant à travers le continent reste peu commune. On disait d’eux qu’ils n’étaient pas physiquement préparés, qu’ils manquaient de cette endurance typique des voyageurs africains. Pourtant, ces jeunes hommes sont en train de démontrer le contraire. À chaque étape, ils prouvent qu’il y a plus dans leur volonté que ce que les stéréotypes voudraient laisser entendre. Et ce n’est pas seulement leur physique qui étonne, mais leur capacité à tisser des liens et à s’imprégner de l’âme africaine, avec cette force tranquille qui laisse sans voix.

Leur numéro WhatsApp 00 241 02 96 39 38 Manuel Vinga

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