Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LE Pr MAURICE KAMTO ET PRESIDENCE 2025 : ENTRE SCIENCE POLITIQUE ET THEATRE D’OMBRES

« On ne cherche pas à investir Kamto, on l’a déjà investi. » Cette phrase, lâchée avec une fausse assurance, résonne aujourd’hui comme le point de départ d’un imbroglio politique dont les contours restent volontairement flous. Car si la candidature du Pr Maurice Kamto est bel et bien « investie », elle demeure néanmoins en ballotage, suspendue entre l’annonce et l’acte, entre le symbole et la légalité. Nous sommes mercredi 16 juillet 2025. L’homme de 2020,  celui qui s’était retiré, laissant derrière lui un vide et un goût amer,  refait surface, non plus sous les couleurs du MRC, mais, surprise, sous celles du MANIDEM, un parti jusqu’ici marginal, à l’idéologie radicalement différente. Son « président »  dit  dans une interview : « la vie est dynamique, la politique est dynamique. » Soit. Mais la dynamique, sans cohérence, devient giration confuse. Comment celui qui, hier encore, incarnait l’opposition institutionnelle, le rigorisme démocratique, peut-il aujourd’hui s’abriter sous une bannière marxiste-révolutionnaire sans jamais en assumer la rupture doctrinale ? L’excuse est trouvée : « la politique est une science, inexacte, mais une science ». Un aveu de lucidité ou une justification commode à une manœuvre dont la logique échappe aux principes qu’on prétendait défendre ? La situation juridique est, elle aussi, minée.

Pour que la candidature de Kamto soit recevable, il faut – c’est la loi – qu’il démissionne de la présidence du MRC. Ce n’est pas un détail, c’est une exigence légale. Or, à ce jour, nul n’a vu la preuve officielle de cette démission. L’annonce ? Toujours en suspens. Le gouverneur ? Saisi. Le Minat ? Muet. Et pendant ce temps, les fidèles du « grand prof » répètent que tout est sous contrôle. Mais peut-on réellement être candidat d’un parti A tout en restant président du parti B ? Ou bien cherche-t-on à marcher sur deux routes opposées en prétendant qu’elles mènent à la même destination ?Dans cette mascarade à ciel ouvert, une autre bizarrerie : l’« information fuitée » par le commissariat du 6e, révélant une étape administrative pourtant censée être discrète : la légalisation de la signature de Kamto. Un acte anodin, transformé en déclaration de guerre médiatique. On crie à l’illégalité de la publication du document, mais cette indignation feinte masque mal le fait que ce dossier, justement, n’aurait pas dû être en chantier sans la démission actée. La faute est partagée, entre impréparation juridique, précipitation politique et soif de revanche. Et comme si cela ne suffisait pas, une guerre de leadership agite désormais le MANIDEM, entre Dieudonné Yebga et Anicet Ekane, ce dernier étant le seul à disposer, en théorie, du pouvoir d’« investir » Kamto en vertu d’un siège local à Dibombari. Ce village, devenu soudain l’épicentre d’un destin présidentiel, semble porter sur ses épaules la lourdeur ironique d’une République où un élu local pourrait faire basculer un destin national. Le contraste est saisissant. L’homme qui ambitionne de diriger un pays ne maîtrise même pas l’échiquier du parti qui le porterait.

 

Et pourtant, autour de Kamto, les voix s’élèvent. Certaines moqueuses, le qualifiant de « roi des zigzags », d’« instable » ayant « mal dressé son lit en 2020 ». D’autres, plus prudentes, soulignent que tant qu’aucun recours n’est déposé, ELECAM ne s’immisce pas dans les affaires internes des partis. Mais faut-il attendre qu’un citoyen fasse le travail de clarification qu’aurait dû anticiper un prétendant à la magistrature suprême ? En creux, c’est toute la question de la crédibilité qui se pose. On ne peut, d’un côté, se poser en icône du droit, et de l’autre, jouer avec les règles quand elles deviennent contraignantes. On ne peut fustiger les contorsions du pouvoir en place, puis emprunter les mêmes détours sous prétexte de stratégie. La démocratie ne se construit pas dans la dissimulation. Elle exige transparence, clarté, et surtout cohérence. Le peuple, lui, observe. Déjà trahi une première fois en 2020, il se demande si le Professeur ira au bout cette fois. Le silence du vendredi 18 juillet pourrait résonner plus fort qu’une investiture spectaculaire. Et s’il dépose son dossier ? Alors la campagne commencera – sur fond de tensions juridiques, d’opacité politique, et de rancunes non digérées. S’il ne le fait pas ?

 

Ce sera l’acte final d’un désengagement en deux temps, l’histoire d’un homme qui voyait loin, mais dont les fondations étaient trop fragiles pour porter le poids de ses ambitions. Et dans tous les cas, une chose est certaine : la surprise, elle, est déjà là. Pas celle de sa candidature. Mais celle d’un système politique où la loi semble accessoire, où les alliances se font dans le flou, et où la science politique, parfois, ressemble à un art de l’esquive. Et que dire sur le professeur ?  Comment peut-on parler de rigueur politique, de science même, et dans le même souffle justifier un passage du MRC au MANIDEM comme une simple évolution naturelle ? Ce n’est plus de la dynamique, c’est de la contradiction. On ne peut pas, d’un côté, prôner une vision structurée, fondée sur des engagements de fond, et de l’autre, sauter d’un parti à un autre comme on change de costume. Surtout quand ces deux formations défendent des lignes idéologiques nettement distinctes. Si la politique est une science,  même inexacte, alors elle exige de la cohérence, pas des virages opportunistes maquillés en logique stratégique.

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