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Il est fort probable que, le 4 août, le recours introduit par le professeur soit déclaré irrecevable, ou que la cour se déclare incompétente pour en connaître. Le professeur Kamto est conscient qu’il ne remportera pas cette élection ; il le sait pertinemment. Toutefois, sa démarche vise à jauger son poids électoral actuel, en particulier à la lumière de l’émergence de nouveaux leaders sur la scène politique. Un scénario plausible serait que, par un fait du prince, sa candidature soit maintenue, mais sous réserve de certaines conditions tacites : il lui serait indiqué un cadre bien précis dans lequel évoluer, car ce fait du prince ne saurait s’étendre jusqu’à lui offrir la victoire. Il ne saurait triompher de celui qui lui aurait déjà accordé un acte de clémence. Le président Paul Biya sera donc élu le 12 octobre.

 

Toutefois, au-delà des résultats, il devient désormais important  de reconnaître que la Constitution actuelle n’est plus adaptée à la réalité sociopolitique d’un pays doté de deux cultures fondamentales. Il est indispensable de mieux prendre en compte les spécificités et les attentes de nos compatriotes anglophones. À ce titre, je propose qu’après cette élection, soit institué un poste de vice-président, attribué à un anglophone. Cette idée, je l’avais déjà évoquée lors des assises de Yaoundé : lorsqu’un francophone est élu président, son vice-président devrait être anglophone, et inversement, dans un souci d’équilibre et de reconnaissance mutuelle. Une autre proposition majeure concerne la représentation parlementaire. Il conviendrait de porter le nombre de députés à 300, en cohérence avec l’augmentation significative de la population camerounaise ces trente dernières années. Par ailleurs, certaines villes, aujourd’hui sous-administrées, devraient être érigées en départements à part entière. Je propose également la création d’une troisième capitale, située dans les régions anglophones, afin de mieux refléter la pluralité nationale. Cette capitale pourrait symboliquement être nommée « Le Continent », pour marquer notre imagination et notre  fierté africaine.

 

Il appartient à chaque Camerounais d’apporter sa contribution intellectuelle et patriotique à la transformation profonde du pays. En ce qui concerne ce que certains qualifient de « prophétie », je reste sceptique, bien que j’aie tenté d’expliquer ce phénomène. Il s’agit davantage d’incantations que de véritables prédictions. Des remous pourraient survenir autour du 12 octobre, en cas de contestation, mais cela ne devrait durer que quelques jours. Il ne faut pas perdre de vue que certains acteurs extérieurs, notamment au sein de l’Union européenne, pourraient être tentés d’exploiter toute instabilité au Cameroun pour en faire une base arrière, en vue d’interférer en Centrafrique, d’influencer le Tchad ou encore de déstabiliser la Guinée équatoriale. Le Cameroun, de par sa position stratégique, constitue un enjeu géopolitique majeur dans la cartographie des risques. En cas de troubles sérieux, le pays pourrait basculer irrémédiablement. Il est donc impératif de tout mettre en œuvre pour préserver la paix et la stabilité. Même en présence d’une candidature unique de l’opposition, il serait illusoire d’espérer une alternance. Je connais intimement mon pays, dans ses profondeurs comme dans ses mécanismes. Croire en une alternance le 11 octobre relève d’une profonde méconnaissance des réalités politiques du Cameroun. Ce n’est pas nécessairement ce que je souhaite, mais je constate lucidement que cela relève de l’utopie devant ces gens-là.

Le Cameroun n’est pas, à ce jour, un pays d’alternance réelle, les successions présidentielles étant historiquement déterminées en dehors des urnes. Tous les acteurs politiques savent, au fond, comment les choses vont se dérouler. Si j’étais un prophète parmi tant d’autres qui foisonnent dans le pays, je dirais que j’ai vu, en songe, un président arriver par avion depuis l’étranger. Peut-être le système en place l’a-t-il dissimulé. Mais il ne faut rien en attendre, car au Cameroun, les enfants issus des « prophéties » de chaque peuple sont nombreux, et tous attendent un miracle qui ne viendra peut-être jamais.  Un pays qui a su mener seul ses luttes, sans l’appui d’aucune puissance étrangère, ne saurait confier son avenir à une figure obscure, dont nul ne connaît véritablement les engagements ni les racines. Les prophéties dans la vie ce n’est pas ça qui manque.

 

Le Cameroun n’a nul besoin de prophètes autoproclamés ; il a besoin d’hommes d’expérience, de ceux qui, dans la discrétion et la constance, ont œuvré pour la nation aux yeux de tous. Quant à ceux qui appellent au désordre et à la déstabilisation, je ne conseille jamais cela  : l’histoire est implacable envers ceux qui cherchent à ébranler les fondations d’un pays par la violence. Tôt ou tard, chacun finit par assumer pleinement les conséquences de ses actes ;  l’exemple de Guerandi en est une illustration saisissante. La politique, loin d’être un jeu d’illusions, est un terrain rude et souvent impitoyable. Et l’enjeu que représente le Cameroun dépasse largement les ambitions de ceux qui se contentent d’en rêver sans comprendre le contenu de cette affaire.

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