Par Michel Lobè Etamè
Nous pensions, en entrant au vingt et unième siècle, que l’Afrique noire sortirait des griffes de ses prédateurs historiques. Un nouveau monde verrait alors le jour. Dans tous les médias, un mot venait conforter notre naïveté : la mondialisation. Ce mot revêtait un caractère humaniste qui permettrait à tout le monde d’accéder au bonheur et de s’épanouir. Mais l’Afrique noire n’a pas pris la mesure de ses échecs successifs. Elle n’est jamais sortie du pacte colonial. La mal gouvernance reste au cœur de toutes les préoccupations. Les dirigeants ont recours à des méthodes de voyou pour pérenniser leur règne scandaleux. Pour y parvenir, ils marchent sur leur constitution. Les mandats se succèdent malgré la barrière de l’âge et les échecs dans tous les domaines. Les pouvoirs en place sont devenus une cour de griots où le maitre est encensé. Les cas sont si nombreux que nous ne pouvons tous les énumérer. L’instant présent, c’est-à-dire l’année 2025 en est la parfaite illustration. Deux présidents africains et non les moindres, organisent cette année une élection présidentielle factice. Ils ont l’outrecuidance de solliciter, au mépris de leur constitution, des échecs successifs et de l’âge, un nouveau mandat présidentiel.
Dans un contexte trivial où les opposants sont ostracisés, désindividualisés, violentés et soumis à la vindicte populaire, il est difficile de faire entendre un autre son de cloche que le mensonge structuré des pouvoirs en place. Le premier, Paul Biya, est au pouvoir depuis quarante-deux ans. A quatre-vingt-douze ans, il va demander à son peuple de lui renouveler sa confiance qui se traduira par un nouveau mandat. Un suicide, me direz-vous dans une démocratie. Que nenni ! Il se sent des forces à rempiler. Or, lors du dernier défilé de la fête de l’union nationale le 1er mai 2025, son aspect physique laissait à désirer. Un vrai cauchemar. Pour le deuxième de la fratrie devant l’éternel, Alassane Ouattara veut briguer un quatrième mandat, après trois mandats successifs. Il porte sur les épaules un âge dissuasif : 83 ans. Un âge pour une retraite politique qui a vu l’ancien président américain, Joe Biden, renoncer à la course. Qu’est-ce que ces deux « dinosaures » de papier ont en commun ? Ils se croient des surhommes indispensables pour leurs pays respectifs. C’est-à-dire qu’après eux, ce sera le déluge, l’écroulement de la nation. A ce jour, ils ne se sont pas déclarés candidat.
Ils procèdent par élimination et les principales victimes sont les opposants politiques qui leur font de l’ombre. Des hommes à fort caractère qui veulent un changement radical de la conduite des affaires de leurs pays. L’Afrique noire est plongée dans un climat anxiogène marqué par l’incertitude, la pauvreté galopante, la violence urbaine et policière, l’injustice, la corruption généralisée, les inégalités sociales et le jihadisme aveugle qui ne laissent pas présager un avenir meilleur pour ses enfants ambitieux. La communauté internationale, comme à l’accoutumée, reste silencieuse. Elle encourage à demi-mot nos deux séniles à poursuivre leur mission de gardien des richesses endogènes pour les puissances prédatrices. Tout un symbole ! Ces mascarades électorales sont hautement condamnables et marquent la proximité et la complicité décriées des « puissances civilisatrices » avec les régimes voyous. En guise de réponse, ces puissances nous témoignent juste une empathie collective.
En effet, la survie des règnes longs en Afrique noire incombe aux dirigeants occidentaux qui détournent leur regard des exactions des leurs protégés. Nous voilà partis vers de nouveaux conflits qui vont ensanglanter l’Afrique noire alors que la guerre contre le jihadisme bat son plein dans les pays du Sahel qui luttent pour leur souveraineté politique et économique. Les conflits politiques en cours auraient pu se résoudre par l’arbitrage de l’Union Africaine. Mais cette grande muette a choisi de se taire. Elle n’a pas les moyens de rugir car c’est une coquille vide financée par l’Union Européenne. L’Afrique se retrouve malgré elle entre le marteau et l’enclume. D’un côté il y a les souverainistes dont le combat est légitime et de l’autre côté, nous retrouvons la vielle garde des gardiens du temple. Seule la jeunesse résiliente peut mettre fin à ce piètre spectacle où le système corrompu privilégie les réseaux mafieux au mérite. Elle est condamnée à se révolter contre ses dirigeants déshumanisés et sans dignité.
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