A la veille de ce match si attendu, mon cœur balance et ma raison hésite. Dire qui gagnera relève presque de l’indécence tant l’affiche est noble. Le Sénégal a prouvé, depuis plus de trente ans, qu’il est une grande nation de football ; lucide dans le jeu, discipliné tactiquement, endurant mentalement. Longtemps en retrait sur le plan institutionnel, son affiliation tardive à la CAF ayant freiné sa moisson de trophées, l’a restreint à un seul grand trophée continental. Le pays s’est rattrapé avec une constance admirable. Disputer une quatrième finale en si peu de temps est le fruit d’une culture et d’une foi collective transmises par des générations de joueurs de renom comme Jules Bokandé, Khalilou Fadiga, Henri Camara ou encore Aliou Cissé. En face, le Maroc, pays organisateur, avance avec la sérénité de ceux qui savent. L’histoire récente enseigne que les nations du Maghreb, lorsqu’elles accueillent la compétition, laissent rarement filer leur chance ; elles peuvent trébucher une première fois, mais rarement deux.
Depuis la dernière Coupe du monde, le Maroc a imposé une organisation de jeu mûre, élégante et rigoureuse, portée par une confiance collective assumée. Sauf miracle sénégalais, les Lions de l’Atlas semblent avoir tous les atouts pour conserver ce trophée qu’ils convoitent avec méthode et conviction depuis 50 ans. Mais réduire cette finale à une simple opposition sportive serait oublier l’essentiel. Car le Sénégal, me rappelle ma jeunesse aventurière, il a une vie particulière ; celle de l’Atlantique qui caresse les plages de Dakar, des ruelles de Saint-Louis où le temps s’attarde, des baobabs pittoresques qui veillent sur les villages. Le paysage y est une respiration, une poésie brute où la nature dialogue avec l’humain. Chaque coucher de soleil y semble raconter une histoire ancienne comme aimait l’exprimer le poète Leopold Sédar Senghor, et chaque départ laisse une nostalgie douce, presque douloureuse. Le Maroc, lui, déploie une autre forme de beauté, celle des médinas vibrantes, des montagnes de l’Atlas aux sommets bleutés, des villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, où modernité et mémoire s’entrelacent sans se heurter.
Son cosmopolitisme est profondément africain, enrichi par l’Andalousie, le Sahara et la Méditerranée. On y apprend à vivre avec le passé sans renoncer à l’avenir, à accueillir l’étranger comme un miroir de soi-même. J’ai vécu dans ces deux pays en étudiant et en travaillant. J’y ai trouvé la même hospitalité, la même dignité tranquille, la même capacité à marquer l’âme. Ce sont des terres qui laissent une marque durable sur le plan de ma formation professionnelle ; lorsqu’on les quitte, on emporte avec soi un manque indéfinissable, ce désir étrange d’y revenir un jour. Demain, quoi qu’il arrive, un vainqueur s’imposera. Ce sera une célébration du football africain, de ses peuples, de ses paysages et de cette émotion rare que seuls le sport et l’attachement sincère à une terre savent offrir. Le football est devenu notre trésor dans lequel nous puisons notre substance.
![]()









