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À l’approche du scrutin du 12 octobre, la scène politique camerounaise s’embrase. D’un côté, la détermination d’une partie de l’électorat à en finir avec le long règne de Paul Biya ; de l’autre, la candidature, ou le soutien, d’anciens acteurs du régime qui ravive les débats sur la continuité, la responsabilité et la moralité en politique. Au milieu de ces tensions, les réseaux sociaux bruissent de commentaires acerbes, d’invectives et d’appels à la mobilisation qui traduisent une colère réelle et diffuse. Plusieurs voix se lèvent pour affirmer une conviction simple et ferme : « Plus jamais Paul Biya ». Pour nombre d’électeurs, l’essentiel est le changement, quel qu’en soit le porteur. Cette posture explique pourquoi certains déclarent publiquement qu’ils seraient prêts à voter pour «n’importe quel candidat» capable de mettre fin au long mandat présidentiel, même en usant d’une hyperbole provocatrice. Derrière cette radicalité, se profile une exaspération née des difficultés quotidiennes, routes dégradées, hôpitaux insuffisants, chômage, coût de la vie, tensions sociales, que beaucoup imputent à une gouvernance jugée immobile. La candidature ou l’apparition publique d’Issa Tchiroma Bakary,  figure politique connue, ancien ministre et proche de l’appareil, réveille ces clivages. Pour certains, il incarne la continuité d’un système auquel ils ne font plus confiance ; pour d’autres, il représente un choix pragmatique, voire opportuniste, à défaut d’une alternative crédible.

Les critiques fusent : servir sous plusieurs régimes, être à la fois acteur et observateur des rouages du pouvoir, tout cela nourrit la défiance. L’argument le plus tranchant réside dans la capacité à incarner réellement la rupture ou à n’être qu’un avatar d’un ordre ancien cherchant à se recomposer. La diaspora n’est pas en reste. Les commentaires acides qui circulent sur les plateformes sociales dénoncent, parfois avec virulence, des comportements perçus comme hypocrites : exil confortable en Europe, encouragements aux cousins restés au pays mais détachés des réalités quotidiennes, ou soutien affiché à des figures controversées. Ces reproches renvoient à une vieille tension entre ceux qui vivent à l’étranger et ceux qui affrontent les difficultés locales. Ils posent la question de la responsabilité morale de la diaspora : soutenir à distance, oui, mais à quelles conditions et avec quelle connaissance du terrain ? Face à la colère, il convient de rappeler la nécessité d’un débat public apaisé et fondé sur les enjeux.

L’émotion, la caricature et la stigmatisation, qu’elles visent Issa Tchiroma, Paul Biya ou tout autre protagoniste,  ne remplacent pas une évaluation rigoureuse des programmes, des compétences et des garanties démocratiques offertes par les candidats. Les électeurs appellent aujourd’hui autant à la rupture symbolique qu’à des solutions tangibles ; infrastructures, santé, emploi, sécurité et gouvernance transparente. Sans propositions crédibles, l’expression du mécontentement risque de retomber dans l’affrontement stérile.  La période électorale appelle à la responsabilité des acteurs, politiques, médiatiques et citoyens. La démocratie se renforce quand l’alternative est construite sur des propositions concrètes, la mobilisation citoyenne pacifique et une information fiable. Les injures ou les menaces sur les réseaux sociaux n’apportent rien au débat ; elles fragilisent la société civile et détournent l’énergie collective des enjeux essentiels. Après le 12 octobre, quel que soit le verdict des urnes, les Camerounais auront encore besoin d’un dialogue national pour traduire en actes les aspirations exprimées aujourd’hui dans la rue et sur la toile.

À y regarder de près, Issa Tchiroma n’apparaît pas comme une alternative véritable, mais plutôt comme un reflet prolongé du système qu’incarne Paul Biya. Sa trajectoire politique, faite de fidélités successives, de justifications publiques et de volte-face stratégiques, témoigne d’un alignement constant sur la logique du pouvoir en place. Derrière ses discours d’ouverture ou ses postures d’opposant d’un jour, on retrouve la même mécanique : défendre la pérennité d’un ordre établi qui, sous des visages différents, continue de reproduire les mêmes pratiques. Dans cette optique, Issa Tchiroma n’est pas l’antithèse de Biya, mais son double masqué, sa continuité dans la rhétorique et dans la manière d’occuper l’espace politique.  Ainsi, vouloir opposer Tchiroma à Biya relève presque de l’illusion. L’un et l’autre s’inscrivent dans une même grammaire politique, faite de calculs, de fidélités mouvantes et d’un rapport ambigu au peuple. Si Paul Biya représente la façade officielle, Issa Tchiroma en est la projection clandestine, le visage « déguisé » d’un pouvoir qui cherche à se recycler sous d’autres habits. En définitive, soutenir Tchiroma en pensant tourner la page Biya, c’est prolonger le même récit sous une autre narration. L’un est la vitrine, l’autre l’arrière-boutique : ensemble, ils incarnent les deux faces d’une même médaille, celle d’un système dont les Camerounais disent vouloir s’affranchir.

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