0 10 minutes 1 an

Il est revenu. Non pas en conquérant, mais en éclaireur,   dans la tempête des idées convenues. Chocolat des Filles, ce nom désormais aussi tranchant qu’un glaive spirituel, a réinvesti les plateaux camerounais pour une deuxième passe d’armes. Cette fois-ci, c’était sur InfosTV, dans l’émission “Espace Miné”, où les mines justement n’étaient pas que souterraines, mais aussi faciales, crispées, parfois fermées, souvent désarçonnées.

 

Un plateau, mais pas de joutes à la hauteur

Comme lors de son premier passage, les panélistes présents n’ont pas su véritablement incarner la contradiction attendue. Blériot, en tacticien prudent, s’est effacé devant le potentiel incendiaire des propos qui pouvaient sortir du jeune gabonais. Les autres, hélas, se sont montrés plus préoccupés à faire montre de leur suffisance intellectuelle qu’à questionner en profondeur. Ils voulaient briller, non apprendre. Ils voulaient opposer, leur expérience, leur statut, à la fulgurance d’un jeune gabonais très cultivé… qui, lui, a choisi l’outil du savoir, de l’histoire, des textes anciens, pour bâtir sa pensée.

 

Le choc des paradigmes : une Afrique en quête de repères

Mais l’enjeu du débat n’était pas seulement d’opposer un homme à d’autres hommes, un penseur à des prédicateurs, un lecteur aux récipiendaires d’onctions. Il s’agissait de l’Afrique, de sa quête, de ses racines, de sa spiritualité propre. Chocolat des Filles, avec une maîtrise rare, a mis à nu la crise de représentativité religieuse que traverse notre continent, devenu parfois l’arrière-cour de dogmes usés importés d’Occident  un Occident où les églises se vident, où seules les têtes blanchies gardent foi aux bancs des chapelles. Que reste-t-il pour nous, Africains ? Sinon un retour lucide à notre propre quête du divin.

 

Un pasteur sur la défensive, un journaliste qui dérive

Le pasteur invité ce jour-là bien que courageux d’avoir affronté cette arène, n’a pas semblé armé pour un duel de cette intensité. Venu avec la Parole seule, il a rencontré un adversaire muni d’archives, de textes, d’arguments, d’histoire. Ses réponses, souvent sur la défensive, ont peiné à convaincre, et parfois même à répondre. Quant au journaliste vedette, Parfait Ayissi, il a surpris. Lui qu’on dit professionnel, équilibré, rigoureux, a, selon les critiques, frôlé le parti-pris et la provocation gratuite. Les questions posées avaient parfois des airs de tirs groupés, un désir latent d’humilier plus que d’élucider. Un excès que plusieurs voix dénoncent aujourd’hui : « Tu n’as pas fait honneur à ta stature », lui a-t-on lancé sur les réseaux.

 

Chocolat ou la voix qui dérange et donc qui éveille

Il dérange, Chocolat des Filles. Et c’est précisément là que réside sa force. Il connaît. Il lit. Il cherche. Là où d’autres recyclent sermons et témoignages, lui creuse, compare, confronte. S’il est perçu comme arrogant, c’est peut-être parce qu’il expose sans pitié les limites de ceux qui se disent formés, mais se refusent à continuer de l’être. Il ne suffit pas d’avoir le Saint-Esprit, encore faut-il que l’intellect suive, disait-il en substance, citant Paul, apôtre et érudit à la fois. Il a refusé l’humiliation facile, la mise au pilori médiatique. Il a brandi des vérités peu confortables, mais nécessaires. Nous savons que les affaires de Dieu ne se discutent pas avec l’intention de ridiculiser. Et pourtant, il accepte le débat, non pour convaincre, mais pour éveiller. En vérité, je l’ai déjà dit plus haut : la force de Chocolat des Filles réside dans sa vaste culture. Il a lu l’histoire, celle des peuples ; il a exploré les écritures anciennes, mené des études comparées, c’est ce qui fonde la nuance  face à ses contradicteurs. Celui qui cultive son esprit affirme naturellement sa supériorité sur celui qui l’entretient moins. C’est par la lecture qu’on se fortifie, qu’on s’arme pour affronter les débats de fond. Nos pasteurs, même ceux ayant suivi une formation théologique, ne poursuivent pas la recherche après leurs études. Ils se contentent de discours enracinés  dans le quotidien, répétant des anecdotes de vie plus que des concepts profonds. On ne peut bâtir de grands débats avec un savoir aussi appauvri, tiré d’une culture de surface, souvent figée autour des mêmes expériences entendues chaque semaine à l’église.

Si certains trouvent Chocolat des Filles est parfois pédant, c’est peut-être parce qu’il perçoit trop clairement les limites de ses interlocuteurs. Une personne qui maîtrise bien sa leçon, sûre de ses recherches, peut paraître arrogante,  mais ce n’est là souvent qu’une assurance née de la connaissance. Quand on demande aux pasteurs pentecôtistes ou aux figures du réveil spirituel de se former davantage, ils rétorquent négativement parce que pour eux, ils ont le Saint-Esprit. Pourtant, s’ils avaient fréquenté une université théologique sérieuse, ils éviteraient certaines erreurs grossières. Des cours comme l’éthique du ministère ou l’apologétique, l’eschatologie,  leur auraient été d’un grand secours. Le Saint-Esprit, rappelons-le, utilise ce que l’on a dans la tête. Paul n’était pas un ignare, mais un docteur érudit, lorsqu’il fut appelé par Dieu, il était déjà intellectuellement préparé pour sa mission.

 

Une vérité déconcertante pour des oreilles fermées

Lorsqu’au cours du  débat,  Chocolat a lancé une affirmation qui a sidéré le pasteur et l’un des panélistes : la Bible serait une propriété intellectuelle du Vatican. Cette révélation, pourtant élémentaire pour qui s’est un tant soit peu intéressé à la question des droits éditoriaux, a fait l’effet d’un choc. Stupeur sur le plateau. L’effet d’une gifle intellectuelle. Une information pourtant accessible à quiconque a pris le temps de se pencher sur les rouages de l’édition religieuse. Les panélistes n’en revenaient pas, comme si l’on avait brisé un tabou. Et pourtant, c’est une vérité : les droits d’édition de la Bible, dans bien des versions, appartiennent à des institutions bien précises, tout comme le dictionnaire Larousse est la propriété de l’Académie française.

Mais au Cameroun, ce qu’on ne connaît pas est immédiatement taxé de mensonge. Que ceux qui ignoraient cela le sache aujourd’hui, que dans sa production éditoriale, une bible est la  propriété intellectuelle du Vatican.  Mais voilà : dans nos contrées, ce qu’on ignore devient aussitôt faux, suspect, hérétique même.  Pour une personne comme moi, qui ai beaucoup lu, suivi des formations, exploré la recherche et mené des études comparées, ces débats m’ont permis de percevoir clairement que Chocolat n’a même pas déployé le dixième de son savoir. Il possède un niveau bien supérieur à celui de ses opposants. J’ai vécu au Gabon, j’y ai croisé des intellectuels de très haut vol, comme Patrice Nguéma Dong ou Maître Atomo Ribenga, qui ont marqué mon passage dans ce pays. Ici, au Cameroun, la joute intellectuelle se résume souvent à la politique. Or, voilà qu’un érudit venu d’ailleurs vous propose une cure  une guérison sur tous les plans, une élévation de la pensée. Pas pour dominer, mais pour éveiller.

 

Un appel à l’Afrique, pas aux drapeaux

Au-delà de la querelle, un message clair : ce n’était  pas une rencontre entre  Gabon contre le Cameroun, ni d’un individu contre un autre. C’est l’Afrique qui doit y prêter attention. Il ne s’agit pas de faire le palmarès d’un peuple, mais de réinterroger collectivement notre rapport au divin, à la parole, à la vérité. Ce jeune gabonais, avec sa voix percutante, son regard incendiaire et sa maîtrise des mots, est venu comme un aiguillon spirituel, pour piquer, secouer, réveiller. Le royaume de Dieu ne consiste pas seulement en paroles, mais en démonstration d’esprit et de puissance. Cette phrase lancée comme un rappel biblique sonne comme un verdict : le pasteur est venu parler, Chocolat est venu démontrer. Et le public, même divisé, a su trancher sans que l’on ait besoin de bulletin de vote. Le Chocolat des Filles n’est pas à consommer avec légèreté. Il est amer, dense, concentré. Il laisse un goût durable, parfois dérangeant. Mais comme toute substance amère, il soigne, il purge, il réveille.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *