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Le débat très attendu entre Chocolat des Filles, figure controversée mais érudite, et le Père Minkala, homme d’Église au titre imposant, s’est déroulé dans une ambiance électrique sur Vision4 Digital. Ce fut une rencontre d’une haute intensité intellectuelle, scrutée par des téléspectateurs  avides  de vérités, d’histoire et de spiritualité. Les deux invités se sont affrontés à travers des visions du monde diamétralement opposées : l’un puisant dans les traditions et réalités africaines, l’autre s’enracinant  dans la doctrine chrétienne. Dès les premières minutes, une tension palpable s’est installée. Chocolat des Filles, visiblement sur la défensive, a mal vécu ce qu’il a perçu comme une tentative de disqualification morale de la part du Père Minkala, qui a voulu faire de son pseudonyme un sujet de moquerie ou d’accusation implicite. Mais très vite, Chocolat s’est ressaisi. Il a pris le contrôle  et imposé un rythme qui a peu à peu désarçonné son contradicteur.

Dès l’ouverture du débat, le père Minkala déclare… « Je souhaite que mon frère nous donne son véritable nom, parce que je ne veux pas prononcer ce genre d’énormité. Ici, au Cameroun, lorsqu’on appelle quelqu’un « Bonbon des Filles » ou « Chocolat des Filles », cela renvoie à un coureur de jupons. Et moi, en tant que prêtre, je ne peux pas cautionner l’immoralité sexuelle. Lorsqu’on appelle un individu « Chocolat des Filles », il y a une forme de chosification, il s’auto-chosifie, il se prend pour un objet… Je souhaite donc qu’il nous communique son vrai nom, que je pourrais utiliser au cours du débat, car en tant que prêtre et professeur d’éthique, beaucoup de gens m’écoutent. » En énonçant dès le début ce type d’argument presque injurieux, le prêtre cherchait à légitimer sa supériorité symbolique, comme c’est souvent le cas au Cameroun, où l’on se tait dès qu’un homme d’Église prend la parole. L’attitude, teintée d’un réflexe colonial, révèle une volonté d’imposer une norme morale par le langage. L’expression « Je souhaite que mon frère nous donne son véritable nom » traduit un désir qui prend les allures d’une exigence éthique. Le registre est solennel, mais aussi provocateur, car le prêtre qualifie le nom de son interlocuteur d’« énormité », évoque « l’immoralité sexuelle », et s’auto-positionne comme « professeur d’éthique » afin d’imposer une norme linguistique et comportementale.

 

C’était toutefois mal connaître Chocolat des Filles : bien que le prêtre ait maladroitement amorcé le débat, il s’est heurté à la réplique vive et éclairée d’un jeune homme d’une remarquable perspicacité. Celui-ci dira : « C’est stupide… L’élégance de la morale ne me permet pas de venir donner mon nom ici. « Chocolat des Filles » ne renvoie pas à l’immoralité. Je suis l’une des personnes les plus pures sur ce plateau. « Chocolat des Filles » renvoie à une tradition gabonaise, celle du Moudika Oretoi… Au Gabon, nous avons un arbre qu’on appelle le Moudika. Les dames y vont pour récolter un fruit, qu’elles utilisent pour préparer un met. Quand on est nul, on vient raconter des bêtises sur un plateau télé. On ne doit pas se baser sur les noms pour exprimer la sexualité. Il faut chercher l’essence  des noms. »

 

Dans cette réplique, Chocolat des Filles retourne l’accusation en valorisant la signification culturelle de son pseudonyme. Il refuse la réduction de son identité à une grille morale extérieure, et invite à un décodage symbolique, ésotérique et traditionnel du nom. Son discours, enraciné dans le patrimoine gabonais, oppose au moralisme chrétien une connaissance incarnée de l’Afrique, où le mot n’est jamais séparé du mythe, du symbole et de la mémoire collective. Ahhahahaha quelle réponse ! De façon spontanée, mêlée d’éléments de justification culturelle et d’indignation, lorsqu’il  réplique avec vigueur que :  « C’est stupide », suivie de « L’élégance de la morale ne me permet pas de venir donner mon nom ici » révèle une stratégie discursive d’inversion : là où son interlocuteur voyait dans le pseudonyme un signe d’immoralité, l’orateur l’assume avec noblesse et dignité. Linguistiquement, cette phrase repose sur une personnification abstraite de la morale et une tournure impersonnelle, conférant au propos une dimension éthique et transcendante. Des formules comme « on ne doit pas se baser sur les noms », « il faut chercher l’essence  » renforcent ce refus de l’interprétation littérale et superficielle du langage. Et si Chocolat des Filles justifie son pseudonyme par une forte dimension culturelle et identitaire, en mobilisant un savoir local gabonais autour du Moudika Oretoi, c’est un autre  recours, il fait d’ailleurs par  une explication ethnobotanique :  « Au Gabon, nous avons un arbre qui s’appelle le Moudika », ce qui  inscrit son nom dans un champ lexical traditionnel et culinaire, détournant ainsi l’accusation de « chosification sexuelle » pour la recontextualiser positivement. Puis, il ajoute : « Quand on est nul » on vient  « raconter des bêtises », marque  une montée en intensité émotionnelle.

 

C’est une réplique très réussie, car elle fut à la fois réparatrice de l’honneur et offensive contre la stigmatisation morale imposée par le prêtre, dont l’introduction fut malhabile et enfermée dans une culture locale figée. Le prêtre, dans un accès de grossièreté, ira même jusqu’à traiter son interlocuteur de « poubelle ». C’est là que, moi-même, je  déshabille le prêtre avec tout le respect dû à sa soutane et à son ministère. Traiter un être humain  fût-il étranger  de « poubelle », va à l’encontre même du message évangélique. Le Christ n’a jamais catégorisé les âmes selon leur origine ; il les a toutes accueillies avec miséricorde et amour. Nous sommes tous enfants de Dieu, et aucun pays, aucune culture, ne fait d’un homme un rebut. Le langage qu’il a choisi témoigne, en vérité, d’un mépris qui finit par se retourner contre lui : en insultant un autre de « poubelle », il se révèle tel. Insulter un étranger de la sorte revient à insulter tout un peuple.

Il n’a pas su recentrer le débat sur les valeurs chrétiennes qu’il prétend incarner. Lui qui porte une responsabilité morale s’est égaré dans l’invective et la violence verbale, pour finir par réclamer : « Dites à ce monsieur de me respecter. » Mais le respect ne s’impose pas par le dogmatisme, encore moins par le mépris : il se gagne par l’exemplarité. S’appuyant sur des faits historiques, des références religieuses croisées, et une culture générale solide, Chocolat des filles  a réussi à déplacer le débat vers un terrain où son adversaire peinait à le suivre. Les internautes  n’ont  pas manqué de noter que, malgré le prestige théologique affiché du Père Minkala, celui-ci est resté étonnamment peu convaincant. En terrain glissant sur les questions de la continuité entre les pratiques bibliques comme les sacrifices dans l’Ancien Testament et les traditions africaines, il a multiplié les approximations, refusant de répondre clairement sur des sujets aussi cruciaux que les congrégations ou les contradictions historiques du christianisme. En face, Chocolat a su faire parler la Bible dans une langue claire, en résonance avec l’histoire africaine, dévoilant les angles morts d’un christianisme colonial souvent imposé par la force, comme le rappelait déjà Engelbert Mveng.

Le journaliste, dans son rôle de médiateur, a su rester d’une grande neutralité, ce qui a permis à la confrontation d’atteindre son plein potentiel. Sa rigueur dans la formulation des questions, sa capacité à ne pas interrompre la pensée de chacun, et même sa chaleureuse poignée de main finale à Chocolat que certains ont perçue comme un clin d’œil complice ont renforcé la crédibilité de l’émission. Le débat, très suivi en ligne, a battu des records d’audience, preuve que la soif de vérité et de confrontation d’idées authentiques est encore vive au sein du public camerounais et africain. S’il est vrai que Chocolat des Filles a parfois été vif, voire tranchant, injurieux même,  ses attaques sont restées argumentées. À l’inverse, le Père Minkala, bien qu’ayant tenté de rester digne, a semblé à plusieurs reprises dépassé par la densité des arguments, manquant de ressources pour déconstruire les positions de son adversaire. Le débat n’a pas seulement révélé un déséquilibre intellectuel ; il a mis en lumière un déséquilibre de préparation. En somme, si la forme de Chocolat était parfois critiquable, le fond l’a emporté. Et dans un rendez-vous de cette importance, c’est bien la force des idées qui finit toujours par l’emporter.

 

Ayant vécu au Gabon, je peux témoigner que ce que certains perçoivent chez Chocolat des Filles comme de l’impertinence ou de la prétention n’a, dans ce contexte culturel, rien d’offensant. Là-bas, la liberté de parole est inculquée dès le plus jeune âge. L’enfant y est encouragé à s’exprimer sans retenue, même face à un aîné, sans que cela ne soit interprété comme un manque de respect. Il ne s’agit pas d’insolence, mais d’un rapport à la parole plus direct, plus fluide, semblable à celui que l’on retrouve dans les sociétés occidentales. En cela, le Gabon se démarque de certaines normes camerounaises, encore fortement attachées à un droit d’aînesse parfois rigide et dépassé. C’est cette différence d’éducation qui explique aisément la liberté avec laquelle le jeune homme s’exprime, quitte à heurter, involontairement, une sensibilité moins habituée à cette franchise.

 

Tout compte fait, dans ce face-à-face captivant, force est de reconnaître que Chocolat des Filles a brillé par la clarté de sa pensée, la richesse de ses références et la force tranquille de son ancrage intellectuel. Il ne s’est pas contenté d’aligner des idées : il a construit un discours articulé, nourri à la fois par l’histoire, la géopolitique, l’expérience personnelle et la mémoire collective. Sa mention de la Chine, du Cameroun sous colonisation allemande, ou encore de l’hospitalité africaine, témoigne d’une maîtrise à la fois érudite et incarnée des sujets abordés. Loin d’une posture polémique, il a illustré ses propos par des exemples concrets, vivants, tirés du quotidien  à l’image de sa comparaison entre la structure protocolaire du pouvoir terrestre et celle du divin, analogue à celle qui sépare les fidèles de leur Dieu suprême. Face à lui, le prêtre semblait enfermé dans une rhétorique figée, répétitive, parfois presque automatique, comme si son discours n’était que l’écho d’un héritage doctrinal appris par cœur. Il manquait d’arguments face à un adversaire visiblement mieux préparé, et sa posture de supériorité morale a peu à peu laissé place à un silence gêné, à des rires nerveux qui trahissaient plus la gêne que la conviction.

Chocolat des Filles, quant à lui, n’a pas cédé à la censure intellectuelle : il a assumé le combat pour réhabiliter l’animisme, non pas comme folklore, mais comme une véritable tradition spirituelle, systématiquement disqualifiée par le prisme colonial du christianisme. Il n’a pas eu besoin de travestir les noms ni les faits : sa parole puisait dans une vérité historique que l’Église, notamment catholique, peine encore à reconnaître pleinement. Ce débat a donc souligné une réalité plus large : l’indigence argumentative de certains représentants religieux face à l’éveil de conscience africain. L’invitation d’un prêtre catholique à une discussion sur la spiritualité africaine fut, peut-être, une erreur de casting. Car lorsqu’il s’agit de parler des traditions africaines avec justesse et respect, il est périlleux d’opposer une doctrine venue d’ailleurs à une mémoire enfouie mais vivante. Le jeune orateur gabonais a su porter cette mémoire avec vigueur et dignité, rappelant au passage que l’Afrique n’a jamais eu besoin d’un vêtement étranger pour accéder au divin. Son discours n’était pas une attaque contre la foi, mais un plaidoyer pour la reconnaissance des spiritualités africaines, longtemps déformées, souvent piétinées, et toujours dignes d’être racontées.

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