Mag-Afriksurseine-Mars-2024

CAMEROUN : L’OPPOSITION EN ERRANCE OU LA FANFARONNADE POLITIQUE DEGUISEE EN ALTERNATIVE

Paradoxalement, depuis l’élection présidentielle de 2018, l’opposition camerounaise n’a pas vécu dans l’action. Elle a vécu dans l’attente. Une attente passive, désorganisée, parfois théâtrale, toujours éclatée. Une attente de 2025, comme si la politique se résumait à guetter un scrutin tous les sept ans, en oubliant entre-temps les peuples, les réalités rurales, les alliances, les réformes, et surtout la construction d’un projet alternatif crédible.

 

2018-2025 : sept années pour ne rien faire ?

Depuis la fin du scrutin présidentiel d’octobre 2018, le paysage politique camerounais semble figé. Les grandes figures de l’opposition, Maurice Kamto, Cabral Libii, Joshua Osih, Akere Muna, Madame Adamou, entre autres,  ont chacun repris leur route. Mais pas ensemble. Pas de coalition. Pas de programme commun. Pas de mobilisation nationale structurée. Au lieu de construire une opposition soudée, ces partis se sont enfermés dans des logiques individualistes et électoralistes, chacun rêvant encore, malgré les rapports de force écrasants, de conquérir seul l’État. Pendant cinq ans, ils ont surtout existé sur Facebook, Twitter, WhatsApp. Photos, slogans, vestes repassées et meetings à Yaoundé. Mais dans l’arrière-pays ? Rien. Ou si peu.

Une absence totale de fédération

La principale lacune ? L’absence de stratégie collective. En 2018 déjà, l’opposition s’est présentée en rang dispersé, refusant une candidature unique. En 2025, elle semble partie pour refaire la même erreur : chacun compte ses voix dans son fief, alors que Paul Biya comptera les siennes dans tout le pays. Cabral Libii comptera sur la Sanaga. Kamto sur l’Ouest. Akere Muna sur le Nord-Ouest. Osih sur quelques zones anglophones. Tchiroma bloquera le Nord au nom d’un clientélisme politique assumé. Madame Adamou raflera dans le Noun.  Et puis quoi ? Le pouvoir se frotte les mains.

 

Une opposition fragile dans sa pensée, faible dans ses moyens

Qu’a fait cette opposition entre 2018 et 2025 ? A-t-elle structuré un programme commun ? Non. A-t-elle conquis les zones rurales ? Non. A-t-elle dialogué entre partis ? Non. A-t-elle proposé une réforme électorale crédible et imposée au débat public ? Non. A-t-elle bâti une coalition solide, au moins sur un socle idéologique ? Toujours pas. Elle a préféré l’ego au projet, la posture au combat, la parole au terrain. Elle s’est perdue dans la mise en scène politique et le commentaire de l’actualité, oubliant que la politique est un travail d’enracinement, de patience, de pédagogie. Le mythe de l’homme providentiel : le cas Kamto Maurice Kamto incarne aux yeux de beaucoup l’espoir d’un changement. C’est un homme cultivé, courageux, et qui a affronté l’arbitraire sans plier. Cela mérite respect. Mais cela ne suffit pas. Être un bon juriste n’est pas être un bon stratégie. La compétence ne garantit pas la gouvernance. Le Cameroun a connu un président sans diplôme et une économie solide. Il vit aujourd’hui sous un président universitaire et un pays en régression. La vérité, c’est que le Cameroun n’a pas besoin d’un génie, il a besoin d’une équipe. D’un projet. D’un élan collectif. Et jusqu’ici, Kamto, comme les autres, n’a pas su rassembler une masse conquérante,  mais plutôt une masse émotionnelle.

Stratégies : entre erreurs et incompréhensions, Une opposition qui parle beaucoup, mais écoute peu.

Prenons le boycott des municipales et législatives de 2020. Certes, on peut comprendre la logique : dénoncer un système électoral truqué. Mais à quoi sert-il de se retirer totalement du jeu si l’adversaire, lui, s’en sert pour renforcer son pouvoir ? Le vide créé par le MRC a permis au régime d’étendre son contrôle local, sans contrepoids. Là encore : stratégie ou erreur ? Qu’importe. Ce qui compte, c’est que cela n’a pas fait avancer la démocratie.  L’opposition camerounaise est trop souvent dans l’incantation, dans les dénonciations sans plan, dans l’émotion sans stratégie. Elle ne descend pas assez dans les quartiers populaires, dans les villages, dans les plantations, chez les jeunes désabusés. Elle oublie que la politique se gagne dans la proximité, dans la constance, dans l’écoute du terrain.

2025 : même scénario. 

Le pire, c’est que le scénario semble déjà écrit. Le 12 octobre 2025, Paul Biya remportera encore une victoire électorale. Et comme en 2018, viendront les conférences de presse, les indignations internationales, les exils politiques, et les respirations en Occident. Et le peuple ? Il continuera d’attendre. De souffrir. Et on recommencera à parler de 2032, comme on parlait de 2025 en 2018. Une lueur d’espoir ? Il est encore temps. Il est encore possible que les partis d’opposition s’unissent, qu’ils bâtissent un programme commun, qu’ils investissent les territoires oubliés, qu’ils forment des milliers de militants, qu’ils organisent des campagnes civiques, qu’ils imposent une présence permanente sur le terrain. Mais cela exige de dépasser les égos, d’abandonner les calculs personnels, et de croire enfin que le changement ne se décrète pas, il se construit. ni haine, ni illusions Critiquer l’opposition n’est pas défendre le pouvoir. C’est dire avec lucidité qu’une opposition inefficace est le plus grand allié d’un régime autoritaire. Alors oui, certains veulent peut-être sincèrement changer les choses. Mais ils devront prouver qu’ils en ont les moyens, le courage, la méthode  et surtout, l’humilité. Car sans union, sans vision, ce ne sont pas des leaders, ce sont des fanfarons.

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