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Dans un affrontement où se mêlaient rivalité sportive, fierté nationale et fraternité entre deux peuples voisins, le Camerounais Kola Sucré et le Centrafricain Kévin Dasso ont offert au public un rendez-vous singulier. Au-delà de la victoire du boxeur centrafricain, cette rencontre nous interpelle. Suffit-il d’avoir le courage de monter sur un ring pour prétendre aux honneurs de la boxe professionnelle ? La République centrafricaine a vécu, ce dimanche 1er novembre 2026, un moment sportif particulièrement animé, à l’occasion d’un combat de boxe opposant le Camerounais Kola Sucré au Centrafricain Kévin Dasso. Dans une enceinte présentée comme pleine à craquer, les spectateurs ont assisté à un affrontement où l’enthousiasme populaire avait parfois pris  le dessus sur les exigences techniques de ce noble art. Ce rendez-vous, largement relayé sur les réseaux sociaux, a suscité des réactions passionnées, notamment au Cameroun, où la prestation de Kola Sucré continue d’alimenter les conversations.

Chose promise, chose due. Kévin Dasso avait annoncé qu’il conserverait la victoire à domicile. Il a tenu parole. Face à un adversaire camerounais aventurier dans le  noble art, le boxeur centrafricain a su tirer profit de son environnement, de l’encouragement de ses compatriotes et des circonstances d’un combat qui lui était  favorable. La victoire est donc restée en terre centrafricaine, au grand bonheur d’un public venu soutenir son champion. Mais derrière l’effervescence de cette confrontation se cache une réalité qu’il serait malhonnête de dissimuler. La boxe ne se résume ni à la force des bras ni à l’agitation des poings. Elle est avant tout une science du mouvement, une intelligence de l’anticipation, un art de la défense et une discipline dans laquelle chaque geste doit être mesuré. Or, à observer les prestations des deux protagonistes, il apparaît que beaucoup de travail reste à accomplir pour atteindre les standards d’une véritable compétition internationale. Les déplacements, la précision des frappes, la gestion de la distance et la maîtrise tactique constituent autant d’exigences auxquelles un boxeur ambitieux ne peut se soustraire.

Kola Sucré, personnage déjà connu du public camerounais pour ses activités dans l’univers du spectacle et de la comédie, poursuit ainsi une aventure singulière dans les sports de combat. Il faut lui reconnaître une qualité que beaucoup de ses détracteurs ne possèdent peut-être pas, celle d’oser. Car il faut du courage pour franchir les cordes d’un ring, se présenter devant des milliers de spectateurs et accepter le risque de recevoir des coups. Toutefois, le courage ne remplace pas la préparation. La volonté ne suffit pas à fabriquer un champion, pas plus que la popularité ne saurait tenir lieu de palmarès. Ce qui manque à Kola Sucré c’est l’élégance. Ce boxeur est un véritable pantin, même avoir une tenue décente e la boxe  il est incapable de l’acheter, alors qu’il a assez navigué dans ce sport.

Le Camerounais a décidé de faire  de la boxe une nouvelle scène sur laquelle il entend conquérir une reconnaissance sportive. Malheureusement, ses apparitions donnent encore davantage l’image d’un aventurier passionné que celle d’un pugiliste véritablement aguerri. Il monte sur le ring avec une assurance parfois déconcertante, mais ses ambitions paraissent dépasser les moyens techniques dont il dispose actuellement. À force de vouloir défier des adversaires sans disposer d’une préparation suffisamment aboutie, il risque de transformer chaque combat en une nouvelle épreuve pour sa réputation.

Il serait néanmoins injuste de réduire Kola Sucré à ses défaites. L’histoire du sport nous enseigne que certains athlètes ont davantage marqué les mémoires par leur persévérance, leur personnalité ou leur capacité à mobiliser les foules que par leurs résultats. Le Cameroun a connu, dans le cyclisme, le célèbre Soya, dont les arrivées en dernière position étaient devenues presque aussi populaires que les victoires des meilleurs coureurs. Soya avait fini par conquérir une place particulière dans l’imaginaire collectif. Kola Sucré pourrait bien devenir, à sa manière, le Soya de la boxe camerounaise, cet homme dont les revers font parler autant que les succès des autres. Il existe d’ailleurs dans le sport une étrange contradiction. Le vainqueur remporte le combat, mais le vaincu peut parfois emporter la popularité, l’attention médiatique et même les retombées économiques de l’événement. Les grandes confrontations de Francis Ngannou dans l’univers de la boxe ont montré combien la notoriété d’un combattant pouvait dépasser le seul résultat inscrit sur les feuilles des juges. Encore faut-il distinguer les performances d’un athlète de haut niveau, préparé aux exigences internationales, de celles d’un amateur dont l’ambition demeure en construction.

Dans cette rencontre, Kola Sucré ne représentait officiellement ni la fédération camerounaise de boxe ni nécessairement l’ensemble du mouvement sportif national. Il portait avant tout ses propres ambitions, celles de son entourage et de ses admirateurs. Il convient donc de ne pas transformer une défaite individuelle en humiliation nationale. Le Cameroun possède une longue tradition pugilistique et des champions qui ont honoré ses couleurs sur les rings du monde entier. La déconvenue d’un homme ne saurait effacer cet héritage. Quant à la République centrafricaine, cette manifestation mérite d’être saluée pour sa capacité à rassembler les populations autour d’une discipline sportive qui demande encore à être davantage structurée et valorisée. Il serait toutefois excessif de présenter ce résultat comme la première victoire internationale de la boxe centrafricaine sans disposer d’un bilan historique rigoureusement établi. La portée symbolique de l’événement est réelle, mais elle ne doit pas être confondue avec une consécration sportive de niveau mondial.

La présence du président de la République centrafricaine, le professeur Faustin-Archange Touadéra, a donné à cette soirée une dimension institutionnelle remarquable. Le chef de l’État a personnellement remis à Kévin Dasso le trophée de « Champion d’Afrique RCA – 2e édition », au terme des six rounds disputés au stade omnisports de Bangui. La rencontre était organisée conjointement par la Fédération centrafricaine de boxe, la société Al Madina et la Maison russe.  Cette présence présidentielle mérite une réflexion particulière. Lorsqu’un chef d’État assiste à une compétition sportive, il ne vient pas seulement applaudir un vainqueur. Il contribue également à donner de la visibilité à une discipline, à encourager la jeunesse et à rappeler que le sport constitue un puissant instrument de rassemblement national. Pour la Centrafrique, dont la jeunesse aspire à davantage d’opportunités, cette manifestation représente une occasion de promouvoir les talents et de susciter de nouvelles vocations.

Il reste cependant une interrogation que les amoureux de la boxe ne manqueront pas de soulever. Dans un combat disputé devant un public presque entièrement acquis à la cause du représentant local, comment garantir la sérénité de l’arbitrage et l’indépendance du jugement ? En boxe, la victoire peut être obtenue par KO, par arrêt de l’arbitre ou par décision des juges. Un combattant qui souhaite éviter toute discussion sur le verdict doit donc chercher à imposer une supériorité suffisamment nette pour convaincre. Cela ne signifie pas qu’une victoire aux points serait moins légitime, ni que les juges auraient favorisé Kévin Dasso. Aucun élément vérifié ne permet de soutenir une telle accusation.

Kola Sucré aurait certainement aimé faire taire ses détracteurs en remportant une victoire éclatante devant le président Touadéra et les milliers de spectateurs centrafricains. Quelle revanche sur le destin cela aurait été ! Quel formidable retournement pour cet homme dont les aventures sportives provoquent régulièrement autant de sourires que de commentaires ! Mais une fois encore, le rendez-vous avec la gloire s’est transformé en une nouvelle leçon d’humilité.

Il faut également regretter que cette manifestation n’ait pas bénéficié, notamment au Cameroun, d’une couverture médiatique à la hauteur de l’intérêt qu’elle pouvait susciter. Beaucoup d’internautes semblent avoir découvert l’ampleur de l’événement à travers les images et les commentaires diffusés sur les réseaux sociaux. Pourtant, lorsqu’une compétition réunit deux pays voisins, mobilise une importante assistance et bénéficie de la présence d’un chef d’État, elle mérite une véritable attention journalistique. Le sport africain ne doit pas attendre qu’une vidéo devienne virale pour obtenir la reconnaissance médiatique qu’il mérite.

Au-delà des coups échangés, cette soirée aura surtout rappelé la profondeur des relations humaines entre le Cameroun et la République centrafricaine. Deux peuples voisins, liés par la géographie, les échanges commerciaux, les migrations et une histoire régionale commune, se sont retrouvés autour d’un ring. Pendant quelques rounds, ils étaient adversaires. Mais lorsque les gants sont retirés, ils redeviennent des frères. La victoire de Kévin Dasso ne doit donc pas être vécue comme une humiliation camerounaise, mais comme une réussite sportive centrafricaine que nous pouvons saluer avec fraternité. À Kola Sucré, nous dirons simplement que la défaite n’est pas une condamnation définitive. Elle devient une humiliation seulement lorsqu’on refuse d’en tirer les enseignements. Pour gagner, il faut parfois apprendre à perdre, mais surtout comprendre pourquoi l’on perd. Le travail, la discipline, l’encadrement technique et la préparation physique demeurent les véritables chemins de la progression. S’il veut poursuivre son aventure pugilistique, notre compatriote devra désormais privilégier une formation rigoureuse plutôt que la multiplication des défis médiatiques.

Car la boxe est un sport exigeant, parfois impitoyable, dans lequel les conséquences d’une mauvaise préparation peuvent dépasser largement la simple déception d’une défaite. On ne monte pas sur un ring uniquement pour amuser la galerie ou satisfaire sa popularité. On y monte avec la conscience des risques, le respect de son adversaire et la responsabilité de préserver sa propre santé. Finalement, Kévin Dasso repart avec le trophée, Kola Sucré avec une nouvelle expérience et les spectateurs avec des souvenirs. Mais il est possible que le Camerounais, malgré sa défaite, ait gagné quelque chose que les juges ne distribuent jamais, une nouvelle visibilité auprès du grand public. Ainsi va le sport, où l’on peut perdre un combat sans perdre nécessairement sa place dans le cœur des spectateurs. Kola Sucré est peut-être encore loin des sommets de la boxe, mais il aura réussi à faire parler de lui au-delà des frontières camerounaises. Reste à savoir s’il saura transformer cette notoriété en véritable progression sportive. Félicitations à Kévin Dasso pour sa victoire. Courage à Kola Sucré pour la suite de son parcours. Et surtout, que cette rencontre demeure un symbole de fraternité entre deux nations que l’histoire et la géographie ont condamnées, non pas à se combattre, mais à vivre ensemble. Cameroun et Centrafrique, deux peuples, deux drapeaux, mais une même fraternité africaine.

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