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Il y a près d’un mois naissait, presque spontanément, cette initiative de découverte du Cameroun, sans grands discours ni protocole pesant, et sans que, dans les premiers jours de cette aventure, le public camerounais et celui d’ailleurs puissent véritablement mesurer l’ampleur qu’elle allait prendre ni l’extraordinaire engouement qu’elle finirait par susciter. Puis, chemin faisant, l’idée grandit, les images circulent, les populations se reconnaissent, les paysages jusque-là méconnus apparaissent sur les écrans et ce qui ressemblait au départ à une aventure entre créateurs de contenus devient progressivement une véritable opération de promotion culturelle et touristique. C’est sous cet angle qu’il faut regarder l’aventure entreprise par Steve Fah et l’Ivoirien Camille Makosso.

Depuis plusieurs semaines, les deux hommes parcourent le Cameroun, rencontrent les populations, découvrent des paysages, traversent des villes, s’arrêtent dans des villages, présentent des traditions, des cuisines, des histoires et des sites dont certains Camerounais eux-mêmes ignoraient parfois la beauté ou l’existence. Il faut reconnaître la valeur de ce travail. On peut aimer ou ne pas aimer les personnalités, discuter certaines déclarations, désapprouver un mot ou une manière de s’exprimer, mais cela ne doit pas empêcher de reconnaître ce qui, dans cette initiative, sert objectivement la connaissance du Cameroun. Le Challenge Découverte Cameroun a justement été conçu pour parcourir les dix régions et mettre en lumière les richesses touristiques, culturelles, patrimoniales, économiques et humaines du pays. Les images déjà diffusées ont conduit le public vers les gorges de Kola, les collines de Rhumsiki, Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Kribi, Douala, les chutes d’Ekom-Nkam et d’autres espaces qui rappellent l’extraordinaire diversité géographique camerounaise.

Cette démarche prend encore davantage de sens à l’heure où les réseaux sociaux sont devenus d’immenses vitrines capables de faire découvrir une destination à des millions de personnes en quelques heures. Steve Fah et Camille Makosso ont compris quelque chose d’essentiel, le tourisme contemporain commence aussi par une image qui donne envie de partir, une vidéo qui provoque la curiosité, un récit qui transforme un lieu inconnu en destination désirée. Le ministère camerounais du Tourisme et des Loisirs lui-même s’intéresse à cette nouvelle manière de promouvoir le pays puisque Steve Fah et des membres du Challenge Découverte ont été reçus à Yaoundé pour échanger autour de la contribution des créateurs de contenus et des plateformes numériques à la valorisation des destinations camerounaises. Voilà pourquoi il serait regrettable que les polémiques finissent par ensevelir l’essentiel.

Une parole malheureuse peut être corrigée, une incompréhension peut être dissipée, une personne qui se sent offensée mérite des explications et, lorsque cela est nécessaire, des excuses peuvent être présentées. Mais une controverse ne devrait pas nécessairement entraîner la disparition d’un projet dont l’ambition dépasse désormais les personnes qui l’ont lancé. Il faut également reconnaître une chose à Steve Fah. Une initiative personnelle ne crée pas automatiquement une obligation de financement ou de soutien pour les élites, les responsables publics, les opérateurs économiques ou les personnalités sollicitées. Chacun possède des engagements, des priorités et des moyens différents. Demander un accompagnement est légitime, regretter une absence de soutien peut également se comprendre, mais transformer cette déception en reproche général risque de détourner le débat de l’objectif principal. Le meilleur argument en faveur du Challenge restera toujours la qualité du travail accompli. Plus les images seront belles, plus les régions seront équitablement représentées, plus les populations locales auront la parole, plus le projet gagnera naturellement le respect et le soutien recherchés. Camille Makosso, de son côté, apporte au projet une dimension particulière. Le regard d’un Ivoirien découvrant le Cameroun permet de voir le pays autrement. Le Camerounais habitué à un paysage peut ne plus en percevoir l’exceptionnelle beauté.

Le visiteur, lui, s’arrête, s’étonne, interroge et s’émerveille. C’est précisément là que le regard extérieur devient intéressant. Lorsqu’un Africain venu d’un autre pays présente avec enthousiasme les richesses du Cameroun à une audience internationale, il participe à une forme de diplomatie culturelle populaire. Il dit indirectement aux Ivoiriens, aux Sénégalais, aux Gabonais, aux Congolais, aux Guinéens, aux Européens, aux Américains et à tous ceux qui suivent ces contenus que le Cameroun mérite également le voyage. Il faut cependant que la parole demeure à la hauteur de cette mission. Plus l’audience devient importante, plus la responsabilité augmente. La spontanéité qui fait le charme des réseaux sociaux ne doit pas devenir une permission permanente de blesser. Les querelles personnelles, les attaques contre des individus, les généralisations visant des communautés et les provocations inutiles peuvent rapidement détourner l’attention des paysages, des cultures et des populations que le projet prétend justement célébrer. La meilleure réponse aux critiques ne sera donc pas une nouvelle querelle. Elle sera une nouvelle destination. À une polémique, montrons une montagne. À une injure, répondons par un village magnifique. À une controverse, faisons découvrir une chute d’eau. À ceux qui cherchent les divisions, présentons la diversité culturelle d’un pays qui rassemble dans les mêmes frontières une extraordinaire mosaïque de peuples, de langues, de cuisines, de rythmes, de climats et de paysages. C’est ainsi que le projet retrouvera constamment la hauteur nécessaire. Steve Fah doit continuer.

Camille Makosso doit continuer. L’équipe doit continuer. Non pas contre quelqu’un, non pas contre une région, non pas contre une communauté, mais pour la découverte du Cameroun. Les régions qui n’ont pas encore bénéficié de la même exposition doivent attendre leur tour avec l’assurance que le voyage ira jusqu’au bout. Le projet prendra véritablement toute sa dimension lorsqu’un habitant de Maroua découvrira Limbé, lorsqu’un jeune de Douala regardera autrement les paysages de l’Adamaoua, lorsqu’un Camerounais de l’Ouest découvrira certaines richesses de l’Est, lorsqu’un habitant du Sud admirera les traditions du Nord et lorsqu’un étranger, quelque part dans le monde, regardera une vidéo avant de se dire qu’un jour il faudra aller voir le Cameroun de près. C’est cela, construire une culture touristique. Le premier touriste d’un pays devrait aussi être celui qui apprend à regarder le territoire national avec curiosité. Le tourisme ne consiste pas seulement à attendre l’étranger à l’aéroport. Il commence lorsque les citoyens connaissent les richesses du territoire, voyagent à l’intérieur du pays, visitent les sites, achètent les produits locaux, fréquentent les restaurants, découvrent les traditions et racontent à leur tour ce qu’ils ont vu.

Le Challenge peut donc produire quelque chose de plus profond qu’une succession de vidéos. Il peut participer à l’émergence d’une nouvelle curiosité nationale. Il peut donner envie à une génération de voyager autrement à travers le Cameroun. Il peut également rappeler aux collectivités locales, aux opérateurs économiques et aux pouvoirs publics que posséder un beau site ne suffit pas. Encore faut-il aménager les routes, assurer la sécurité, former les guides, préserver les espaces naturels, développer l’hébergement, améliorer l’accueil, installer une signalétique et rendre l’information accessible. Une vidéo peut faire connaître une destination, mais seule une véritable politique touristique peut transformer durablement cette visibilité en visiteurs, en emplois et en développement local. C’est pourquoi cette aventure mérite de dépasser la simple personnalité de Steve Fah ou celle de Camille Makosso. Elle peut devenir un laboratoire. Demain, d’autres créateurs camerounais pourraient reprendre le principe et raconter des villages, des chefferies, des musées, des montagnes, des plages, des réserves naturelles, des cuisines, des danses, des architectures et des histoires locales. Des jeunes pourraient découvrir que créer du contenu ne signifie pas seulement commenter les polémiques quotidiennes, mais aussi documenter un patrimoine et participer à la transmission culturelle. Voilà peut-être l’un des plus beaux enseignements de cette aventure. Les réseaux sociaux, souvent accusés de fabriquer du bruit, peuvent également produire de la connaissance, de la curiosité et de la fierté culturelle.

Il faut donc protéger l’idée sans interdire la critique. Soutenir un projet ne signifie pas approuver chacune des paroles prononcées par les initiateurs. On peut féliciter Steve Fah pour la démarche touristique et lui demander davantage de retenue lorsqu’une déception apparaît. On peut reconnaître l’extraordinaire capacité de communication de Camille Makosso et souhaiter que cette puissance verbale soit constamment mise au service de la découverte plutôt que de la confrontation. La grandeur d’une initiative se mesure aussi à la capacité de ceux qui la portent à entendre les critiques utiles sans abandonner la route. Les menaces, les insultes, les procès d’intention et les lectures tribalistes ne doivent cependant pas devenir la boussole du voyage. Le Cameroun présenté dans ces images appartient à toutes les composantes de la nation. Une montagne n’a pas de parti, une chute d’eau ne demande pas l’origine ethnique du visiteur, une plage n’interroge pas les opinions avant de recevoir un voyageur et le patrimoine culturel n’a de véritable grandeur que lorsqu’il peut être montré, partagé et transmis.

C’est ce Cameroun-là qu’il faut continuer à raconter. Au bout de plusieurs semaines de voyage, quelque chose a déjà été démontré. Le pays possède une matière touristique considérable et les outils numériques permettent aujourd’hui de la présenter autrement. Il serait dommage que cette énergie s’arrête à cause de quelques jours de controverse. Que les paroles excessives soient corrigées, que les susceptibilités légitimes soient respectées, que chacun apprenne de l’expérience, puis que la route reprenne. Il reste encore des paysages à montrer, des populations à rencontrer, des histoires à raconter, des cuisines à goûter, des traditions à comprendre et des régions à faire découvrir. Steve Fah et Camille Makosso ont ouvert une fenêtre. Il faut maintenant éviter de la refermer. Que le Challenge Découverte poursuive la route et, surtout, qu’il survive à ceux qui l’ont créé en devenant une véritable invitation à découvrir le Cameroun. Car au-delà des hommes, des polémiques et des réseaux sociaux, il reste une idée simple et puissante, montrer le Cameroun aux Camerounais, montrer le Cameroun à l’Afrique et montrer le Cameroun au monde.

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