Cette jeune fille a contribué, match après match, à donner à l’équipe nationale du Cameroun une force, une identité et une véritable personnalité. Naomi Eto’o fait désormais partie de ces noms qu’il faut suivre de très près, car son talent, son caractère et sa progression méritent d’être observés au quotidien. Elle est l’une des stars de cette équipe qui se construit de jour en jour, rencontre après rencontre. Par son charisme, son tempérament de gagneuse, cette volonté permanente de jouer et surtout cette rage de vaincre qui se lit dans chacun de ses gestes, Naomi laisse déjà entrevoir quelque chose de rare, le Hemle, cette force intérieure, cette détermination presque viscérale à ne jamais renoncer, cette capacité à regarder l’adversaire dans les yeux et à lui dire que tant que le match n’est pas terminé, la victoire reste possible. Chez Naomi, cette énergie est évidente. Le jour de la finale, elle n’a pas simplement disputé un match. Elle a joué comme si elle s’était donné rendez-vous avec l’histoire. Comme si, quelque part au fond d’elle, elle avait dit au destin de la laisser seulement parvenir jusqu’à cette journée et qu’ensuite elle ferait le reste. C’est ce tempérament que l’on reconnaît chez les grands compétiteurs.

C’est aussi ce tempérament qui rappelle celui de Samuel Eto’o lorsqu’il a commencé à prendre une place majeure chez les Lions indomptables au début des années 2000. Naomi porte peut-être le même feu, cette même volonté de ne pas simplement participer, mais de laisser une trace. Au cours de cette finale, elle a parfois voulu aller trop vite vers la lumière. Elle manque notamment deux occasions où une passe aurait pu être la meilleure solution. Mais même dans ces moments, on comprend ce qui l’anime. C’est la volonté d’écrire son nom dans l’histoire de cette finale. Et peut-être faut-il aussi replacer ces gestes dans le contexte du match.

Lorsque le score est déjà largement favorable, la jeune joueuse peut se permettre de chercher son plaisir, de tenter, d’oser et de laisser parler son instinct. Mais le football lui rappelle une règle essentielle. Les grandes rencontres exigent du respect. Alors Naomi se recentre, reprend l’initiative, se met au service du collectif et délivre des passes décisives. Elle démontre ainsi qu’une grande joueuse ne se définit pas seulement par les buts qu’elle marque, mais aussi par les occasions qu’elle crée pour les autres. Et puis il y a ce but. Un geste technique individuel aussi spectaculaire que peu commun, même chez les hommes.

Une action qui demande de l’audace, de la maîtrise, de l’instinct et cette petite dose de folie que possèdent les joueuses capables de faire basculer un match en une seconde. Ce but n’est pas seulement une réalisation de plus. C’est peut-être un avertissement lancé au football. Naomi est là. Elle apprend, elle progresse, elle gagne et elle ose. Si elle continue avec cette même volonté, cette même discipline et cette faim, je ne serais absolument pas étonné que, dans quelques années, ce soit elle qui commence à prendre les choses en main. Pas forcément avec un brassard autour du bras.

Parce que dans toutes les grandes équipes nationales, il existe des joueuses et des joueurs qui pèsent sur le destin collectif sans avoir besoin d’être officiellement capitaine. Certaines personnes portent un brassard, d’autres portent une équipe entière dans leur personnalité. Naomi pourrait bien appartenir à cette seconde catégorie. Il y a d’ailleurs quelque chose de fascinant chez cette jeune fille. À peine la coupe terminée, la voilà déjà en train d’organiser un match de Ngala pour ses frères et ses amis du quartier. Comme si, pour elle, le football ne s’arrêtait jamais au coup de sifflet final. Elle impose même son nom à un carrefour qui, bientôt peut-être, portera officiellement cette empreinte. Elle écrit son histoire.

Et elle ne tarde pas non plus à « foirtoiter », à partager et à faire preuve de générosité. Parce que derrière la compétitrice, derrière la joueuse qui veut gagner, il y a aussi une jeune fille de cœur. C’est peut-être cela qui rend son histoire encore plus belle. Elle brise les cœurs par ses accélérations, elle fait battre les cœurs par ses exploits, mais elle séduit surtout par cette personnalité qui semble déjà plus grande que son âge. Alors oui, je vais prendre rendez-vous avec l’avenir. Je vous le dis aujourd’hui, si Naomi Eto’o conserve cette volonté, cette rage de progresser et cette obsession de gagner, il faudra surveiller attentivement son parcours.

Car il existe des carrières qui commencent dans le bruit et puis il existe celles qui commencent presque discrètement, avant que le talent, le caractère et les victoires ne finissent par imposer un nom. Naomi Eto’o est en train d’écrire le sien. Le brassard de capitaine peut attendre. Car demain, peut-être, ce ne sera plus seulement une capitaine que nous verrons en elle. Ce sera une commandante, une générale, une de ces femmes qui entrent sur un terrain avec la conviction intime que leur équipe peut conquérir quelque chose de grand. Et ce jour-là, souvenez-vous simplement qu’après une finale, une jeune fille avait déjà commencé à nous prévenir. Elle s’appelait Naomi Eto’o. Et elle avait déjà le Hemle.
